Saint Valentin politique

Au moment où la salutaire et si nécessaire libération de la parole des femmes harcelées a connu d’inévitables détours insinuants du côté de la rumeur, du « trait empoisonné », il est sans doute temps de s’interroger sur le sens du couple en politique, et également sur le poids de la parole publique, et des maux distillés par des propos privés.

Par Pierre Allorant

De Pénélope aux « Brigitte »
L’irruption du couple en politique 

Rappelons-nous la campagne présidentielle de 2017, si marquée par cet angle, avec le naufrage du couple mauriacien et chabrolien Fillon, uni par les liens de l’argent, communiant sous les deux espèces du château et de l’emploi fictif, et pour résultat le don de veste électorale taillée sur mesure. Tout à l’inverse, chacun a pu assister à l’avènement du couple glamour de « Brigitte et Emmanuel », tant porté aux nues par les médias, y compris par sa différence d’âge à rebours de la pratique « trumpiste » –l’homme de pouvoir âgé et la mannequin contemporaine de sa fille – comme symbole accompli du couple moderne, au-dessus des conventions bourgeoises.

L’invention de la « Première dame » à la française

D‘autres couples ont, à l’arrière-plan, marqué la séquence politique : la démission forcée du duo Bayrou-de Sarnez, l’émergence médiatique des enfants terribles du mélenchonisme, Garrido et Corbière, et, très différent dans sa nature, le couple « je t’aime, moi non plus », des dernières décennies de la droite française post-chiraquienne : Juppé, l’homme d’état éternel incompris, Sarkozy l’hyper Président qui n’a pas réussi à incarner la fonction. Précisément, ce quinquennat « people » a marqué l’avènement sur la scène publique, l’importation made in USA des « premières dames » à la française, de Cécilia l’omniprésente conseillère place Beauvau qui passe le relais au lendemain de la prestation de serment à Carla, le filet de voix de « quelqu’un m’a dit », bien après le trop fameux « Papa m’a dit ».

L’Elysée « normal » ou l’amour en solitaire

Quant à François Hollande, en paradoxal « Président normal », sans sombrer dans le graveleux ou le ridicule, tendance Félix Faure, il n’a jamais su trancher entre le père d’une famille recomposée, période Trierweiler, « l’amour en solitaire » et en scooter, et le fait d’assumer devant les Français l’indifférence de la fonction vis-à-vis de ses choix privés.

Le pire étant atteint, en matière de maladresse de communication, voire de goujaterie, avec la répudiation en directe de la favorite, télescopage des usages de cour à Versailles et de l’ère du tweet. Un fatal retour du refoulé pour l’ancien locataire de la rue de Solférino, regardant en 2007 la mère de ses enfants briguer l’Elysée « à sa place » ?

Familles recomposées

Charisme, charme, quoi de plus subjectif ? Mais dénier ses qualités aux autres comme vient de le faire l’ambitieux président de la deuxième région de France manque singulièrement de classe. Pour en revenir aux couples improbables, le remariage politique avorté entre la chancelière Angela Merkel et l’ancien président du Parlement européen témoigne de la crise profonde des deux familles politiques qui ont bâti l’Europe, la social-démocratie et la démocratie chrétienne. Face au risque de blocage du plus puissant Etat européen et à la montée d’une extrême droite qui n’a dit son dernier mot ni en Allemagne, ni en Italie, le choix des militants du SPD s’avère crucial. Mais après tout, qu’est-ce qu’une famille, sinon une « grande coalition » forgée dans la durée au nom de l’intérêt général de ses membres ?

De Raspoutine à « Trumpoutine »

Sans remonter à la dynastie Roosevelt ou à celle des Kennedy, d’autres familles ont marqué la vie politique, et récemment encore le couple Clinton, avec l’échec d’Hillary dans sa quête de la Maison blanche, et les grandes zones d’ombre d’une campagne marquée par la grossiéreté assumée de son adversaire et ses connivences dangereuses avec la Place rouge, malaise redoublé par l’omniprésence dans son entourage de sa fille et de son gendre. Si le couple Trump-Poutine n’est pas le plus glamour, ce mariage d’intérêts, réduit aux acquêts mal acquis, est le plus explosif de la deuxième décennie du XXIe siècle, même si l’impeachment n’est pas – pas encore ? – l’hypothèse aujourd’hui la plus plausible.

Ecole de management et école de la vie

A un moment où l’on met au premier rang des attendus des formations l’apprentissage des savoirs être, à côté des savoirs faire, on découvre avec stupeur que le parcours méritocratique des concours républicains (Normale Sup, Agrégation d’histoire) ne suffit pas à inculquer la politesse, l’élégance de la pensée, voire le simple respect d’autrui et des institutions que l’on sert.

Etant donné le coût élevé de bien des écoles de management, à la charge des parents, on reste pantois : pour supporter une telle leçon de « bullshit », ne vaudrait-il pas mieux rester chez soi, quitte à allumer son poste de télévision ?  Pour beaucoup moins cher, et un profit personnel bien plus durable, les universités continuent de dispenser des enseignements directement adossés aux dernières avancées de la recherche, fournissant les outils pour distinguer le bon grain de l’ivraie des fake news, à Lyon, qui fut la capitale de la Résistance, comme ailleurs. Au passage, quand on sait le lien de dépendance financière entre l’enseignement supérieur et les collectivités territoriales, l’emploi du président de région par une Ecole privée ne soulève-t-il aucun problème éthique ? Décidément, mentor du jeune Wauquiez en politique, le tolérant et ouvert Jacques Barrot doit à nouveau se retourner dans sa tombe. Qui imagine le général de Gaulle, Georges Pompidou, ou François Mitterrand, au verbe toujours haut et ciselé, distiller des ragots de comptoir à une promotion d’étudiants ? On peine à concevoir les futurs sujets d’examen…

Aveux volés. La chair, la tristesse, et les livres encore à lire.

Décidément, dans le trouble jeu de certains politiques, rien ne va plus, rien ne Wauquiez. Mais rien ne vaut la vie, les mots et les preuves d’amour. Plutôt que d’écouter cette bien triste et pauvre ritournelle, vieille rengaine du populisme rance, lisons l’inédit de Michel Foucault : Les aveux de la chair. Et pour ces aveux, nul besoin d’enregistrement sauvage, ou alors ce serait le délicieux Baisers volés, sorti il y a 50 ans. Comme pourrait conclure le très sulfureux conseiller de notre Trump tricolore,  encore un adepte de l’enregistrement non-autorisé, Patrick Buisson : la chair, elle, ne ment pas.

 

Commentaires

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  1. “… la chair ne ment pas.”
    Alors que comprendre du couple Macron qui s’est fondé sur un détournement de mineur par une enseignante (personne dont le statut génère une relation dominante dans ses rapports avec les élèves et à qui la loi interdit de détourner un-e mineur-e parce qu’elle peut user de son autorité pour manipuler)?
    Lorsqu’un-e adolescente-e est autorisé-e par un-e adulte à transgresser un interdit sexuel que se passe -t-il dans sa tête? Une conséquence possible est que la jeune personne qui est en train de se confronter aux limites du possible se croit autorisé-e à agir au delà des limites transgressant les interdits en particulier moraux .
    Il arrive que devenu-e adulte elle développe un sentiment de toute puissance qui fait qu’elle se croit au dessus de toute contrainte, estimant qu’elle est seule à détenir l’autorité et si elle occupe une fonction de direction -par exemple président- les risques sont importants qu’elle manipule pour se prouver à elle-même qu’elle est au dessus des autres.
    Mais heureusement il y a, pour le couple Macron, prescription.

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