Jianwen et Salih: la calligraphie en partage

Invité par la ville d’Orléans à l’occasion du programme culturel du nouvel an chinois, Jianwen Jang, calligraphe venu de Shanghaï pour présenter une exposition de ses œuvres à l’hôtel Groslot (jusqu’au 24 février) était, ce vendredi matin, aimablement invité dans son atelier par Salih, calligraphe arabe orléanais.

Jianwen Jang et Salih devant la calligraphie du coq

Et malgré l’obstacle prégnant de la langue, ce fut aussitôt entre les deux artistes un dialogue au croisement de ces deux civilisations millénaires autour d’un art que chaque culture a développé et raffiné à l’extrême, culture de l’écriture qui restera toujours étrangère et mystérieuse pour notre civilisation occidentale. Il fut d’abord question d’aspects techniques tant sur les supports ancestraux que furent le parchemin fait de peau de mouton, comparé au papier dont les chinois furent les inventeurs probablement deux siècles avant JC, mais aussi des pinceaux et des plumes de bois qui sont les outils de base du calligraphe.

Le nom de Jiangwen en calligraphie arabe

Mais très vite la conversation porta sur le degrés d’abstraction de chacune des formes d’écritures entre des idéogrammes chinois dissociés de la prononciation et l’écriture cursive arabe qui retrouve des formes de représentation figurative grâce à la calligraphie. L’échange s’enrichit alors autour des formes comparées de ces calligraphies, la calligraphie arabe proposant des formes répétitives très inspirées par le souffle et le rythme, alors que le calligraphe chinois cherchera  à transposer et révéler la dimension philosophique de chaque idéogramme représenté.

L’idéogramme du coq restitue ainsi les cinq vertus attribués à cet animal par la tradition chinoise, et  lorsque Salih présente la calligraphie arabe du papillon, son homologue chinois, Jianwen, nous explique combien l’idéogramme du papillon s’inspire du célèbre  Rêve du papillon : le sage Zhuāngzǐ y rêve qu’il est un papillon, et se réveillant, se demande s’il n’est pas plutôt un papillon qui rêve qu’il est l’auteur du conte, de son vrai nom Zhuāng Zhōu (莊周/庄周), penseur chinois du IVe siècle av. J.-C. à qui l’on attribue la paternité d’un texte essentiel du taoïsme.): la question de la nature profonde de la réalité se trouve  ainsi posée au cœur de l’art de la calligraphie…

Une conversation amicale éminemment trop courte devant de telles richesses de civilisations comparées…

GP

Salih Calligraphe

http://www.orleans-metropole.fr/351-6985/fiche/orleans-fete-le-nouvel-an-chinois.htm

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