Jules Verne, un écrivain dont la Loire a nourri le talent

Jules Verne est né il y a tout juste 190 ans à Nantes, le 8 février 1828, sur l’île Feydeau que la Loire entoure de ses deux bras. Il est l’aîné des cinq enfants d’un avoué. Famille bourgeoise, aisée mais stricte, comme on l’est alors, attachée à la ville de la duchesse Anne. De la fenêtre de sa chambre d’enfant Jules regarde couler la Loire et déjà se prend à rêver. Où va ce flot tumultueux, vers quels horizons conduit-il ? Son imagination s’enflamme.

Plus tard à propos du fleuve royal il  se rappellera, « Je revois cette Loire, dont une lieue de ponts relie les bras multiples, ses quais encombrés de cargaisons sous l’ombrage de grands ormes ».  Il a dix ans lorsque son père achète une propriété dans la campagne nantaise, à Chantenay.  Dans  ses « Souvenirs d’enfance et de jeunesse » évoquant les vacances  qu’il y passait, l’écrivain devenu célèbre  écrira « cette maison était située sur un coteau qui domine la rive droite de la Loire. De ma chambrette, je voyais le fleuve se dérouler sur une étendue de deux ou trois lieues, entre les prairies qu’il inonde de ses grandes crues pendant l’hiver. L’été, il est vrai, l’eau lui manque et de son lit émergent des bandes d’un beau sable jaune, tout un archipel d’îlots changeants ! Les navires ne suivent pas sans peine ses étroites passes bien qu’elles soient balisées de pylônes noirâtres que je vois encore. Ah ! La Loire ! ». Comme elle lui est douceur et singulière richesse !

A Nantes, La Loire aborde son estuaire, pour atteindre l’Océan il lui faut encore parcourir 50 km. L’enfant Jules Verne d’abord pensionnaire au petit séminaire de Saint-Donatien puis élève du lycée royal de Nantes où il obtient de bonnes notes attend avec impatience de voir la mer où il n’est pas encore allé et surtout les grands bateaux de Saint-Nazaire au départ vers des terres lointaines. Sans doute ne s’imagine-t-il pas encore écrivain mais il sait déjà que le droit ne l’intéresse guère et  que Nantes malgré son intérêt et ses avantages ne suffit pas à son besoin de grands espaces.

Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse

De voyage, de toutes sortes de voyages   l’auteur de « Cinq semaines en Ballon »,  de « Vingt-mille lieues sous les mers », « Du tour du monde en 80 jours » n’a cessé de rêver. Preuve en est fournie par le « Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse », écrit à 31 ans, resté inconnu dont le texte vient d’être découvert dans les manuscrits de Jules Verne achetés par la ville de Nantes et que les éditions du Cherche Midi publient pour la première fois à l’occasion du cent quatre-vingt dixième anniversaires de la naissance de l’auteur. D’où veulent partir les deux voyageurs qui s’embarquent ? De Nantes bien sûr. Ils visitent la ville où « le temps a la vie dure et ne se tue pas facilement ». Déjà le talent pointe, ton ironique, plein de malice, imagé, récit foisonnant de couleurs, de bruits, de senteurs. Ils montent à bord du bateau qui  va leur ouvrir le grand large, c’est la Loire qui y mène « majestueusement ». La curiosité affleure dès les premières lignes. Le texte déborde  de notations et de remarques qui sont autant de points de repère pour qui  découvre les us et coutumes de la vie à bord d’un navire et ceux de l’Angleterre victorienne. C’est précis, toujours judicieux et bien amené.  Quel guide !

Amoureux éconduit, mari pragmatique, père encombré

La vie de Jules Verne est loin d‘avoir été un long fleuve tranquille. Pendant de nombreuses années elle ne sera même qu’une  suite de  déceptions. Un beau livre, préfacé par son arrière-petit-fils, Jean Verne, remarquablement illustré, publié aux éditions Michel Lafon nous éclaire sur un parcours où les premiers succès littéraires ne parviennent pas à masquer bien des déconvenues amoureuses. Il veut se marier et  se voit refusé chaussure à son pied à Nantes. Il est terriblement blessé et s’écrie,  « il suffit que j’aime une femme pour qu’elle en épouse un autre ».

Aussi  mène-t-il  joyeuse vie à  Paris, est un pilier du « club des Onze sans femmes », devient l’ami d’Alexandre Dumas fils et en 1856 se rend à Amiens au mariage d’un ami. Honorine, la sœur de la mariée, une jeune veuve mère de deux fillettes plait à l’écrivain en herbe et sa famille autant qu’elle. Puisque se marier il faut,  il l’épouse et accepte de devenir agent de change pour gagner de l’argent. Mariage sans passion en 1857. Quatre ans plus tard il n’est pas là lorsque son fils Michel nait, fils avec lequel les relations ne seront pas simples. Pour Jules, ses seuls enfants sont ses livres. Michel qui en souffre terriblement n’est qu’une source de dérangement et d’ennui.Il n’empêche, c’est à lui que Jules lègue l’ensemble de ses manuscrits et sa bibliothèque.

Parallèlement à cette vie très officielle et considérée par lui comme « un accomplissement nécessaire », l’écrivain à la gloire planétaire, devenu un Amiénois à l’estomac douloureux entretient à Paris, pendant plus de vingt ans une liaison extra-conjugale qui ne cesse qu’au décès de la dame.

Pierre-Jules Hetzel, son éditeur

Jules Verne voyage en Angleterre, en Scandinavie, en Amérique, il se constitue une énorme bibliothèque. En 1862 il délaisse l’univers de la Bourse dans lequel il était entré par mariage pour se consacrer totalement à l’écriture et démarre son premier grand roman, « Cinq semaines en ballon ». Il a rencontré l’éditeur Pierre-Jules Hetzel qui publie Hugo, Stendhal, George Sand, Émile Zola et Edgar Poe. …

Leur entente est basée sur la croyance de l’un et de l’autre aux vertus fondamentales de l’enseignement et de la lecture, à la nécessité de correctement instruire les enfants pour en faire des citoyens. Avec cette rencontre commence l’écriture des Voyages Extraordinaires dont le tandem tirera le meilleur parti. Leur longue collaboration sera toujours mêlée d’affection et de respect. Verne met en scène avec une grande précision les inventions nouvelles, effectue un travail de recherche documentaire titanesque, Hetzel pense au commercial, à ce qui fait vendre. Le succès est international. Jules Verne qui s’était engagé à fournir deux romans par an en livre trois. La critique est unanime. Verne produit des « livres originaux où les qualité du conteur et du savant se combinent si heureusement ». Il est un auteur à part du moins c’est ce que pensent les Académiciens français qui ne lui accordent pas, par deux fois, un fauteuil dans leur docte assemblée parisienne. Il en sera très meurtri.

Le citoyen amiénois

A partir de 1872 Jules verne s’installe à Amiens, « ville sage policée d’humeur égale, la société y est cordiale et lettrée. On y est près de Paris, assez pour en avoir le reflet sans le bruit insupportable et l’agitation stérile ». Il veut travailler au calme. Dès son arrivée, il est élu à l’Académie des sciences, des lettres et des arts d’Amiens. Il est membres de nombreux clubs de cette ville et conseiller municipal. « Mon unique intention est de me rendre utile et de faire aboutir certaines réformes urbaines », déclare-t-il à ceux qui lui demandent de se justifier. Il est chargé des expositions et des spectacles. Il  parvient à faire construire un cirque en dur.

Atteint de diabète, devenu presque aveugle, il s’éteint le 24 mars 1905 dans sa maison du 44 boulevard Longueville devenu depuis le boulevard Jules Verne à Amiens.

Ces livres sont  une judicieuse introduction  à  l’œuvre colossale  de Jules Verne le visionnaire. Reste maintenant à la lire ou à la relire. Que de beaux voyages en perspective !

Françoise Cariès.

« Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse », Jules Verne
Editions du Cherche Midi, 250 pages 17 euros

«  Jules Verne : testament d’un excentrique »
Rémi Guérin, préface de Jean Verne, Michel Lafon
Collection beaux Livres 192 pages 34 euros

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