Adélaïde Hautval: le courage de “l’amie des Juifs”

Le Cercil consacre dans sa salle pédagogique une exposition à Adélaïde Hautval, femme déportée à Auschwitz pour le soutien qu’elle apporta à des Juifs internés à la prison de Bourges. Née Heidi Haas en Alsace (alors allemande) en 1906, fille d’un pasteur, Adélaïde Hautval francise son nom et entreprend des études de médecine qu’elle poursuit en se spécialisant en psychiatrie.

Au moment de l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne nazie en 1940, elle exerce à l’hôpital de Lannemezan mais c’est en voulant franchir la ligne de démarcation qu’elle est arrêtée et emprisonnée à Bourges où elle prend la défense d’une famille juive maltraitée par des soldats allemands qu’elle interpelle en allemand. Son destin va alors basculer en application du principe “vous les défendez alors vous partagerez leur sort !”: elle est envoyée avec une étoile jaune et l’inscription “Amie des Juifs” cousus sur ses vêtements, au camp de Pithiviers puis de Beaune la Rolande quelques jours après la rafle du Vel d’hiv. Elle assiste là, horrifiée, à la séparation des mères d’avec leurs enfants avant leur déportation et tente comme médecin d’apporter quelques secours à tant de détresse. Elle racontera cette ignominie dans une lettre à sa sœur qu’elle jettera par une fente du wagon qui l’emmène vers Auschwitz: par miracle ce témoignage tragique arrivera à sa destinataire, il est exposé  faisant partie des documents de cette émouvante présentation.

L’évocation du destin de cette femme, peu connue, est une leçon de courage exceptionnelle: arrivée à Auschwitz en janvier 1943, elle sera rapidement versée au sinistre block 10 où sévit le Dr Mengele à qui elle refusera, en tant que médecin de participer aux expérimentations atroces de stérilisation sur des femmes et des hommes.
En tant que psychiatre, elle constate que tenir tête aux officiers Allemands les surprend mais son refus conduira jusqu’à risquer sa propre vie. Elle sera finalement transférée au camp de Ravensbruck dont elle sera une des dernières internées à revenir en juin 1945, après avoir soigné beaucoup de femmes épuisées par les camps.

Elle témoignera en 1964 contre un médecin anglais ayant accepté de pratiquer des opérations à Auschwitz et écrira ses souvenirs dans un livre “Médecine et crimes contre l’humanité”, qui ne sera édité qu’en 1991 par Actes Sud.

Cette exposition, illustrée d’un court film de lectures de textes et de témoignages, produit par l’association Cent Soleils, est, dans la simplicité des documents présentés, une immense leçon de courage et d’humanité dans un hommage qu’il n’est que justice de rendre à cette femme dont l’exemple est plus que nécessaire en ces temps de retour de la bête immonde…

GP

“Adélaïde Hautval, l’amie des Juifs”
Exposition au CERCIL-Musée Mémorial des Enfants du Veld’Hiv
45 rue du Bourdon-Blanc 45000 Orléans – Tél. 02 38 42 03 91

jusqu’au 1° avril

Jeudi 8 mars 2018 à 15h Visite commentée de l’exposition par Dimitri Landré, médiateur pédagogique au Cercil.
Organisée ans le cadre de la Journée internationale des femmes. 

 

 

Commentaires

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  1. Au delà du courage et de l’Admirable, voilà que les tortionnaires, pensant l’avilir, lui ont donné un titre, un sceau, une gloire inexpugnable.
    Justifiée, la voici devenue une proche du Seigneur.
    Sa voisine.

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