Difficultés de recrutement : mobilisation générale en région, oui, mais ?

Paradoxe bien franco-français : il y a officiellement 3,4 millions de chômeurs en France (plus de 5 millions toutes catégories confondues) mais 200.000 offres d’emplois qui sont tombées dans le vide en 2017, dont la moitié faute de formations adaptées. Le préfet réunissait mardi 6 mars les autres préfets de la région Centre-Val de Loire, les sous-préfets(tes), les secrétaires généraux de préfectures, Pôle Emploi et la Direccte pour une “mobilisation générale”. Une de plus…

(de g. à d.) V. Coppens-Ménager (Pôle Emploi) ; J-M. Falcone (préfet) ; P. Greliche (Direccte), M. Ben Mezian (France Stratégie).

“Changer de paradigme”, disent en choeur le préfet de Région Jean-Marc Falcone, le directeur général de la Direccte (1) Patrice Greliche, la directrice régionale de Pôle Emploi Virginie Coppens-Ménager. Selon une récente enquête, 43 % des entreprises estiment anticiper les difficultés de recrutement, à l’heure ou la “reprise” se confirme.

Recruter au dernier moment : risque de difficultés

Changer de paradigme, mais ça n’est pas la première fois qu’on entend cela : s’intéresser aux “compétences” plutôt qu’au CV et à la sacro-sainte expérience ou les capacités d’adaptation des candidats à l’emploi. “Approche par compétences, mieux connaître les besoins des entreprises et des demandeurs d’emplois qui possèderaient les compétences requises, travailler par simulation”… L’arsenal d’éléments de langage est de sortie, à l’heure où le Gouvernement d’Édouard Philippe vient de présenter son plan pour la formation professionnelle avec la ministre du Travail Muriel Pénicaud. “À peine 15 % des entreprises anticipent ce besoin en compétences, et en formation” explique Morad Ben Mezian (de l’institution France Stratégie, rattaché au Premier ministre) lors d’une présentation presse de la grande réunion à l’invitation du préfet Falcone. “Les entreprises attendent généralement le dernier moment pour recruter, travaillent dans l’urgence, utilisant des critères basiques tels que l’expérience ou la capacité d’adaptation d’un candidat, rares sur le marché du travail” ajoute-t-il.

Au plus près des besoins des entreprises, et des territoires

Pôle Emploi s’auto-satisfait que “156.000 demandeurs d’emploi sont retournés à l’emploi en 2017. 160 conseillers sont entièrement dédiés aux entreprises dans la recherche de leurs besoins. Nous travaillons beaucoup plus sur les compétences que sur les CV” indique Virginie Coppens-Ménager, directrice régionale. “Nous faisons des recrutements par des mises en situations virtuelles, avec un casque où la personne est immergée dans l’activité, par exemple employé de libre-service ; et des recrutements à l’aveugle”.

“On change de paradigme, et nous partons au plus près des besoins d’un territoire”, chantent en chœur les acteurs de ce grand raout de l’emploi en région, conscients que la grosse machinerie administrative est bien lourde pour l’exercice de souplesse qui est désormais requise et poussée par la Macronie… Sera-ce suffisant ? Jean-Marc Falcone prévient : “Je ne vais pas vous dire que tout va se résoudre en deux jours, mais ce changement de paradigme est important et devrait donner des résultats en s’approchant au plus près des bassins d’emplois”. Pour l’évaluation de toutes ces politiques publiques, il faudra là aussi changer de “paradigme”… 

F.Sabourin

(1) Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.

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