Opéra Mundi

Opéra Mundi n’est pas un livre. C’est une partition de couleurs orgiaques, une symphonie synthétique. Une joyeuse tristesse. Un monde onirique qui transforme la photographie en toile, le dessin en chair.

Plus d’une centaine de clichés réalisés entre 2009 et 2015 sont rassemblés dans ce volume de 30/30cm, édité sur papier épais.La parution a été possible grâce à un appel à contributeurs. Un financement participatif : 14000€ étaient nécessaires, le double a été obtenu.

Le Turk, l’auteur, est un jeune artiste solognot, qui revient dans son Loir-et-Cher après la vie parisienne et des fins de mois difficiles à Leipzig.

« Je fais de la photo fantastique, mes couleurs sont criardes, j’en suis gourmand. Mes personnages ont des allures de cartoon, mes décors de mauvaise série B sont en carton-pâte. Cette humanité est changeante, aussi clownesque que sublime ».

Sébastien Salamand dit Le Turk met en scène des filles de l’Est sans joie, charnues ou déjantées, pas complètement rhabillées. Elles posent sans illusion en mimant leurs besognes quotidiennes. Dans ce parc d’attraction, elles soulagent les clowns tristes qui habitent les nuits sans lune. Abandonnées, elles assistent à la chute des empires, oubliées sur le radeau des sirènes.

Et pourtant, au fil des pages, des anges apparaissent, sortis d’un évangile ou d’une légende teutonique. Ils annoncent l’arrivée du fils de dieu dans un déluge de feu. Et le Turk se sauve en jouant du piano bastringue sur un Titanic démoniaque. Ouf !

Sa démarche est purement esthétique et mystique. « Pour moi, le beau c’est l’inverse du vide ! » Jean-Sébastien Bach l’inspire. La passion selon St Jean a provoqué sur lui une véritable commotion. Depuis, sa foi est quête du beau. Elle nourrit son travail.

Photographe, il l’est. Dessinateur, musicien, scénariste, décorateur aussi.

Après avoir suivi sa scolarité primaire et secondaire à Romorantin, sa ville natale, il intègre l’université de musicologie à Tours. Il s’intéresse alors à la composition de musique de film qui ne le nourrit pas. Il s’engage ensuite dans la gestion et l’administration de spectacles et rencontre la photographie.

A partir de 2010, premières expositions parisiennes. Puis c’est la découverte d’une Allemagne réunifiée et la réalisation de ses projets personnels, une aventure qui se concrétise avec la publication d’Opera Mundi.

Depuis quelques mois, c’est une nouvelle vie qui s’annonce, près de Cheverny, ses vignes et son château. Il a installé son atelier dans sa grange, déposé avec précaution ses anciennes maquettes et prépare déjà les nouvelles.

Ses tableaux sont d’abord conçus sur la feuille, encre et aquarelle. Il fabrique ensuite les objets à sa démesure: polystyrène, carton, papier, aluminium, tissu. Colle, clous, agrafes, vis. Marteau, perceuse, serre-joints. Pinceaux, rouleaux.

L’homme est alors dans son univers, jouisseur devant l’œuvre qu’il devine.

Il rêve : Nina Hagen dans un décors de Jules Verne.

Dans le monde de la photographie d’art, il est l’un des rares à concevoir et fabriquer seul ses tableaux. Des connaisseurs investissent dans ses photos comme d’autres dans la peinture.
« Je suis de la génération Facebook. C’est tellement plus simple de présenter son travail. La tribune est partout. Un réseau se forme, mes photos circulent » dit-il.

On trouve aujourd’hui ses œuvres cotées sur le marché de l’art. Des grandes marques de mode lui passent commande. Actuellement, elles sont en Chine pour une exposition temporaire.

Après 10 années de photographies, Le Turk part explorer d’autres univers créatifs. Les vidéos musicales, les courts métrages. Des scénarios sont déjà écrits pour raconter… la comédie de la vie.

Philippe Voisin

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