Orléans : les femmes des “quartiers” à l’honneur

Pour la journée internationale des droits des femmes, le préfet du Loiret et de région Jean-Marc Falcone est allé à la rencontre le 8 mars des femmes des quartiers prioritaires de la ville d’Orléans. Première étape, dans le quartier des Blossières. 

Elles étaient une vingtaine à s’être déplacées ce jeudi 8 mars à la maison de la réussite des Blossières. Certaines viennent de ce quartier, mais aussi de La Source ou de l’Argonne, d’autres du centre-ville ou des communes alentour. D’origines et de professions diverses, elles sont toutes venues raconter leur histoire, apporter leur témoignage au préfet du Loiret et de région Jean-Marc Falcone dans le cadre du Rallye Femmes Pluri’Elles, organisé pour la journée internationale des droits des femmes.

La première étape du rallye du préfet est organisée par l’ALIF (Association de liaison interculturelle et familiale) qui milite pour le lien social et veut favoriser la place des femmes dans le quartier des Blossières depuis 2012. Objectif de l’événement selon le préfet : « mettre à l’honneur les femmes des quartiers prioritaires de la ville », dans lesquels les inégalités entre les femmes et les hommes persistent davantage que dans le reste de la société.

Femmes avec des origines “une double punition”

Un constat que partage également Naïma Bouraki, médecin dans le quartier de l’Argonne et présente dans l’assemblée : « c’est pas facile d’être une femme, mais ça peut être une double punition d’être une femme avec des origines, à cause des préjugés ou des amalgames. Dès qu’on a des idées et qu’on se bat pour elles qu’on nous considère non plus pour notre tête mais pour ce qu’on a à l’intérieur. » L’idée pour laquelle elle s’est battue pendant des années, la maison de santé l’Argonne, ouverte en 2015.

Mayemouna Sow, 34 ans, a également dû se battre. Aujourd’hui cheffe d’entreprise, l’accès à l’emploi a pourtant été difficile. Quand elle cherchait un emploi dans la banque, elle ne recevait aucune réponse. Un jour, elle a changé de nom et d’adresse sur ses CV, elle a eu un entretien. Elle comprend qu’elle est victime de discrimination. C’est en allant à un forum pour l’emploi qu’elle a pu être embauchée « le jour même » par une banque. « Fallait démontrer sur le terrain ses compétences, mais CV et lettre de motivation ne marchaient pas », explique Mayamouna. Face à ces difficultés, elle a monté l’association, Pass’Emploi Service, pour aider les jeunes du quartier de l’Argonne à intégrer le monde de l’entreprise. L’association compte aujourd’hui plus de 200 membres. Mais les difficultés ne viennent pas que du monde professionnel: également mère de deux enfants, on la critique, quand elle ouvre son cabinet au Sénégal, « de vouloir conjuguer vie professionnelle et familiale ».

Victimes de discrimination

Pour Fatima Diam, c’est à son père qu’elle a dû s’opposer. Artiste dans l’âme, elle est poussée par celui-ci à faire des études de droit, un parcours « qu’elle ne regrette pas ». Elle souhaite pourtant partir. Elle ira à Chicago, en tant que jeune fille au pair, un voyage qui « lui ouvre l’esprit ». Loin de ses parents, Fatima reprend ses dessins. Quand elle annonce à sa famille qu’elle veut faire des études aux États-Unis pour être fashion designer, son père ne comprend pas, pour qui « la mode est une passion et non un emploi ». Après avoir fini ses études à Miami, elle est de retour en France, et vient de fonder la marque qui porte son nom : Tima.

Un problème de mentalité

La famille de Pascaline Rollet n’a pas non plus compris quand lycéenne elle leur annonce qu’elle veut être pompière professionnelle. Jugée, elle l’a été non seulement par les « hommes de la famille » mais aussi par son conseiller d’orientation qui l’encourage à « mettre son plan B avant son plan A ». Quand elle a finalement intégré la caserne, elle se retrouve « confrontée aux hommes » et avec, aux harcèlements et aux critiques. C’était il y a 10 ans. Mais d’après elle, les choses n’ont pas changé. « Quand en tant que femme, vous faites un métier d’hommes, vous êtes une salope, vous êtes là pour intérêt », explique Pascaline. « On vit avec parce qu’on n’a pas le choix, mais il y a un vrai problème de mentalité ».

“Pourquoi pas moi ?”

Des mentalités dans la tête des hommes, mais parfois aussi dans la tête des femmes. Rana Bayhan travaille à Etude Plus Orléans, association proposant aux jeunes soutien scolaire et activités culturelles. Quand elle est nommée directrice, elle a des doutes. « Peut-être que le directeur devrait-être un homme, plus efficace pour diriger », pense-t-elle. C’est en rencontrant les directeurs, mais surtout les directrices des autres centres Etude Plus de France, qu’elle reprend confiance en elle. « Si elles ont réussi, pourquoi pas moi », note Rana. Elle insiste sur l’importance « d’y croire, mais aussi de montrer et d’échanger ».

Le préfet Jean-Marc Falcone et les femmes du quartiers des Blossières

Un message que retient Nathalie Kerrien, maire adjointe à la culture d’Orléans, et également présente au rassemblement, « très admirative devant ces femmes qui ont la volonté et le courage de la faire vivre ». Ancienne journaliste, aujourd’hui élue, elle note « qu’en 2018, ça reste toujours plus difficile pour les femmes, qui doivent continuer de faire les preuves de ces compétences ».

Jean-Marc Falcone voit dans ces femmes et leurs témoignages « des symboles pour les autres femmes. Vous affirmez le sillon pour celles qui veulent suivre votre chemin ». Le préfet a continué son rallye à Saint-Jean de Braye et à la maison de la réussite de La Source, afin d’écouter les femmes des autres quartiers.

NPVS

Les chiffres des inégalités dans les quartiers prioritaires du Centre-Val de Loire

– 35 % des mères élèvent seules leur(s) enfant(s) dans les quartiers prioritaires de la région, deux fois que dans le reste de la région.

– 25 % des femmes des quartiers sont diplômées d’un bac +2 ou plus (contre 39 % des femmes hors quartiers. 20 % des hommes des quartiers disposent d’un bac +2 ou plus (27 % hors quartier). Pourtant, bien que les femmes soient plus diplômées que les hommes, elles accèdent plus difficilement aux postes de cadre : parmi les diplômés disposant d’un bac +2 minimum, 23 % des hommes sont cadres contre 14 % des femmes.

– Dans la région, 6 femmes sur 10 sont actives (en emploi ou au chômage) contre 7 femmes sur 10 hors quartiers et 7 hommes sur 10 dans les quartiers.

« Des chiffres qui n’ont pas changé depuis 10 ans » note Nadia Bensrhayar, directrice régionale aux Droits des femmes et à l’égalité à la préfecture de région Centre-Val de Loire.

Source : Villes au carré, Le centre d’observation et de mesure des politiques d’actions sociales

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