À la Maison Blanche, l’inénarrable Donald Trump

Vu de la France, de ce que nous en disent les médias du monde entier, de ce que nous montrent ses déclarations tonitruantes, l’actuel président des Etats Unis d’Amérique est pour le moins émotionnellement imprévisible. Propos hallucinants, gaffes à répétitions,  sale gosse bien souvent,  Donald Trump nous apparait comme un avatar à la Maison Blanche.

Michael Wolff, écrivain et journaliste  américain qui collabore régulièrement à USA Today, au Guardian, à Vanity Fair a consacré à cet étrange président et à son équipe en perpétuelle  recomposition un brulot « Le Feu et la Fureur » dont Trump a essayé, en vain,  d’empêcher la publication.  Il faut dire que Wolff n’y va pas avec le dos de la cuillère.  Selon lui « le président américain est totalement inapte à exercer la fonction. Il ne traite pas les informations de manière conventionnelle. Il ne les traite pas du tout ».

Wolff qui est de passage à Paris où son livre connait le même succès qu’à New-York,  affirme qu’il parle en connaissance de cause. Il a eu accès à la Maison Blanche avec l’accord de Trump qui appréciait un article qu’il lui avait consacré en juin 2016 dans  le Hollywood Reporter, autorisation que nie Trump depuis qu’il a pris connaissance de l’ouvrage.

En 2016 Wolff a interviewé l’équipe de campagne, puis  en  2017, admis au cœur du pouvoir, dans l’aile ouest de la Maison Blanche il fut un observateur discret mais minutieux. Il dit avoir mené plus de 200 entretiens avec Trump et ses collaborateurs les plus proches. Il dit aussi « être parvenu à une version des faits que je crois vraie ». « Le Feu et la Fureur », titre choisi par l’auteur en référence à des propos tenus par Trump sur la Corée du Nord dépeint un président passant ses soirées enfermé dans sa chambre devant la télévision, obsédé par la façon dont les journalistes parlent de lui, ignorant tout de la Constitution américaine, incapable de se concentrer plus de deux minutes et donc de lire un rapport. Selon Wolff, comme tout le monde dans  son équipe de la  campagne, cet « égocentrique »,  pensait qu’il ne gagnerait pas. Comme sa femme Mélania, il semble qu’il ait mal vécu sa victoire.

Wolff raconte : constats alarmants

Michael Wolff raconte : « Sa journée de travail est plutôt courte, entre la fin de matinée et la fin d’après-midi. La plupart du temps, cela consiste à faire des réunions qui sont organisées par ses équipes, avec des groupes de partisans qui viennent dans le Bureau ovale et qui le complimentent, l’adulent et puis, il leur rend leurs compliments. Donc c’est un cercle de flatteries. En réalité, tout ça  est un peu gênant. »

Lire un extrait

A propos de son équipe et  des gens qui sont les plus proches de lui, «  des  gens professionnels, bons et raisonnables qui ont commencé en étant sûrs de leur projet avant de passer à la perplexité, puis à la confusion et ensuite à  la désillusion et finalement à l’incrédulité. Littéralement, 100% des membres haut placés ont fini par douter de ses capacités à assurer son poste. (…) La plupart des gens qui sont arrivés à la Maison Blanche avec lui sont déjà partis. D’ailleurs, l’exode depuis la Maison Blanche est aussi important que l’exode qui a normalement lieu à la fin du premier mandat. Dans un sens, la situation continue d’empirer, c’est très difficile pour cette Maison Blanche-là d’embaucher de nouvelles personnes parce que tout le monde a peur de venir travailler pour Donald Trump. »

Le cas Steve Bannon

Un chapitre entier est consacré à Steve Bannon, invité ce dimanche à Lille au congrès du FN. Il «fut le premier conseiller de haut rang à pénétrer dans la Maison Blanche après la prestation de serment de Trump… Pas un gentil avec tempérament furieux, anticonformiste et catholique, il va tout simplement là où est l’argent, tentant d’en prendre le plus possible aux plus naïfs ».

Le 13 novembre 2016, le président élu Donald Trump  le  désigne  « Haut conseiller et chef de la stratégie » de la Maison Blanche autrement dit conseiller du président. Le 28 janvier 2017, il  le nomme au Conseil de la sécurité nationale. Cette décision provoque de fortes critiques  du Parti républicain et du Parti démocrate. Le 5 avril 2017, la Maison-Blanche annonce que Bannon ne fait plus partie du Conseil de sécurité nationale.

En mai-juin 2017, Bannon plaide avec succès auprès du président pour que les États-Unis quittent l’accord de Paris sur le climat. Il appartient à l’aile nationale-populiste du cabinet présidentiel, « qui se méfie d’un interventionnisme excessif » à l’étranger et pour qui « l’essentiel est de défendre les intérêts de l’Amérique, sans céder aux logiques contraignantes des organisations internationales .

Le 18 août 2017, la porte-parole de la Maison-Blanche annonce que « le secrétaire général de la Maison-Blanche John Kelly et Steve Bannon se sont mis d’accord sur le fait qu’aujourd’hui serait le dernier jour de Steve ». L’organisation de défense des droits civiques NAACP publie alors une déclaration qui décrit Bannon comme un « symbole du nationalisme blanc  qui  stimule ce sentiment » grâce à son poste actuel à la Maison-Blanche. Etrange invitation pour un Rassemblement national qui veut se dédialoliser.

Bannon déclarera plus tard n’avoir pas été limogé mais avoir au contraire soumis sa démission dès le 4 août,  car il avait rejoint la campagne présidentielle le 14 août 2016, et dès alors avoir prévu de rester un an. « Je quitte la Maison-Blanche et je pars au combat pour Trump et contre ses opposants, au Capitole, dans les médias et dans le monde des affaires », conclut-il.

F.C.

« Le Feu et la Fureur », trump à la Maison Blanche, Michael Wolff
Robert Laffont, 372 pages, 20 euros

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