Concours international: effervescence pédagogique et musicale avant la Finale récital

Journal Concours OCI # 6

Au terme de six jours de compétition et à mi-parcours de l’épreuve, le jury de la treizième édition du Concours international de piano d’Orléans, de plus en plus fréquentée par le public, vient de désigner, dans la belle salle de l’Institut d’Orléans, les sept candidats qui se présenteront aujourd’hui à l’épreuve récital. Ce sont , dans l’ordre de passage: Julien Blanc (France), Maroussia Gentet (France), Jahyte Euh (Corée du Sud), Kirill Zvegintsov (Ukraine), Hyeonjun Jo (Corée du Sud), Miharu Ogura (Japon), Jackie Jackyung Yoo (Corée du Sud).

Hie-Yon Choi proclame le nom des finalistes “récital”. JDB.

A l’essence même de la musique

Bien entendu, tous le participants des demi-finales ont été salués par le jury, un jury présidé par la pianiste sud-coréenne Hie-Yon Choi qui, dès lundi matin, ne cachait pas son enthousiasme et son admiration pour de jeunes interprètes devant offrir « le maximum de la diversité de leur art dans un temps très court ». Spontanément , Hie-Yon Choi affirme par ailleurs que ce qui se passe ici contribue à “dissiper les préjugés sur la musique contemporaine” et qu’elle a souvent entendu, émue et touchée,  des interprétations  qui permettent  “d’atteindre l’essence même de la musique”. Et la présidente de célébrer la spécificité de ce concours,  à savoir,  selon elle,  “la belle collaboration entre l’interprète et le compositeur, collaboration qui renoue ainsi avec la tradition même de l’Histoire de la musique”. Quelques mots enfin à propos du travail collégiale du jury : « Chacun d’entre nous se respecte, et,  dès le début de nos travaux, nous avons convenu que notre collaboration serait le fruit de nos différences ».

Un intérêt allant crescendo

Aujourd’hui, les aficionados du concours qui suivent depuis le premier jour les épreuves, saluent la qualité chantante de nombre de programmes composés par les candidats, commencent à annoncer leurs préférences et se lancent dans de grandes discussions dans le  hall de l’Institut. L’heure des paris est là, tout se joue à mots feutrés ou sonores entre deux passages de candidats ou en fin de session. 

Six des sept finalistes récital, Kirill Zvegintsov, Hyeeonjun Jo, Julien Blanc, Maroussia Gentet, Jahyté Euh, Miharu Ogura. JDB

Par ailleurs, si l’un des concurrents de cette édition n’a pu, au dernier moment, se résoudre à monter sur scène tant la pression était grande, si l’une des candidates  s’est retrouvée quant à elle en larmes à son clavier en perdant un instant pied devant public et jury, le “trop c’est trop” joue aussi côté mélomanes. L’un d’entre eux avouera volontiers qu’après une bouleversante interprétation de la Sonate,  de Janacek, son émotion fut trop grande et qu’il jugea préférable de ne plus soumettre, ce jour là , son cœur à de nouveaux emballements. Denisov  Berg et Messiaen se seront ainsi trouvés privés de son oreille attentive.

Hector Parra et le  protolangage

Bien entendu, cette treizième édition conçue de main de maître par Isabella Vasilotta, directrice artistique accompagnée de toute son équipe sans cesse au contact des artistes et du public, brille par un souci constant d’animation qui , en marge des épreuves, fait sens pour chacun. C’est ainsi que le compositeur Hector Parra a été invité, ce mardi, en début de soirée,  pour présenter son travail et notamment sa création « Au cœur de l’oblique », œuvre imposée de la grande finale, commande d’OCI, écrite en collaboration avec le Frac Centre Val de Loire et la Biennale d’architecture.  Partitions , extraits musicaux et  dessins de l’architecte Claude Parent à l’appui,  le Catalan de Barcelone, jonglant entre langue française et anglaise,  a captivé l’auditoire. “Le pianiste est un sculpteur de temps” déclare-t-il, rendant ainsi hommage aux candidats venus l’écouter et l’interpréter. 

Hector Parra. JDB.

En fin de matinée, à l’entrée de l’Institut, très accessible, le compositeur parle déjà de sa pièce à un petit cercle de fidèles  du concours. Dès lors, le voici qui évoque le  rapport de la nature à l’humain qu’il a voulu instiller dans cette “Oblique”, son désir de détourner le rapport à la gravité. Il explicite également sa recherche du son géologique, son application à ce que l’interprète doive jouer et s’exprimer  à la fois sur la harpe des cordes  et sur le clavier de l’instrument.

“A l’écoute du tonnerre et du tremblement de terre” s’annonce ainsi cette œuvre conjuguant l’art savant  de la manipulation artificielle digitale,  et l’explosion de la nature, “le côté barbare de l’humain”. Place ici, au jeu entre culture et expression atavique. Hector Parra, évoquant le protolangage, parlant du temps ou musique et parole étaient liées,  tient à manifester, enfin, son intérêt pour l’ouvrage de Steven Mithen, « Singing Néanderthals ».

Un jury d’élèves à l’écoute

Bien entendu, la pédagogie est aussi au cœur de l’événement orléanais. C’est ainsi que depuis janvier, au conservatoire, Isabelle Rouard professeur de culture musicale, dans sa classe d’analyse musicale , et Emilie Legroux, dans ses cours de commentaire d’écoute et d’interprétation en direction des élèves de cycle spécialisé,  travaillent avec douze étudiants de l’école qui décerneront, lors de la grande finale du 18 mars au Théâtre, le Prix des élèves du Conservatoire.

Emilie Legroux : « Nous sommes allés au Frac pour comprendre l’univers d’Hector Parra mais nous avons aussi travaillé autour de Dukas, Chostakovith et Granados. Ecouter les premiers candidats était très intéressant car il n’y avait pas de consensus dans le jury. Certains voulaient rester positionné côté technique et d’autres, côté  musique.
Ce que je trouve aussi très intéressant, c’est que ces étudiants qui participent à ce jury,  à leur demande, ne sont pas seulement des pianistes mais aussi des flutistes, saxophonistes, tubistes, harpistes. Ce qui les anime est une démarche de curiosité, de découverte du répertoire. Ils sont très impressionnés par les performances, ont conscience de leur responsabilité et mesurent à nouveau que la musique de notre temps se mérite et qu’elle n’est pas fatalement un plaisir immédiat.
Par ailleurs , nous avons aussi travaillé sur l’œuvre de Donatoni , celle qui sera donnée en finale avec mdi ensemble, formation dirigée par Yoichi Sugiyama, ce qui nous permet de mesurer  comment la musique se partage ».

Une pression que l’on apprend à surmonter

 Daniel Benzakoun, pianiste et soliste de renom, professeur de piano, conseiller aux études musique au conservatoire parle,  lui aussi,  volontiers,  de ce concours : « Pour moi, c’est une excellente chose,  car nous avons à domicile la possibilité de découverte d’un très large panel de la musique contemporaine pour piano. C’est une richesse, une possibilité d’ouverture. Ce qui est très important, c’est que cet événement ne se résume pas qu’aux jours de concours proprement dits. L’année suivante, le lauréat revient, en effet,  pour une tournée en région Centre et nous pouvons ainsi profiter de sa masterclass . Avec ce concours, nous pouvons aussi faire passer le message à nos élèves qu’il faut avoir des clés , et que la première écoute d’une pièce n’est jamais une chose facile à gérer. Ici, je prends plaisir à découvrir bien des œuvres dont, notamment, la Sonate, de Benjamin,  interprétée par une candidate engagée et convaincante ».

Le juré Toros Can avec l’un des candidats.JDB.

Quant à la pression ressentie par les candidats : « Elle est réelle et due à bien des facteurs. Il y a la concurrence qui fait que l’on se déprécie toujours, que l’on a l’impression d’être moins bon que l‘autre. Malgré les précautions dont l’entourage fait preuve, lorsque l’on est en scène, on est finalement tout seul à se présenter devant un jury qui vous passe au crible. Certaines fois, et j’ai bien connu cela, on peut se mettre la pression tout seul. Avec le temps,  et un travail sur soi, on apprend à prendre du recul, à relativiser pour parvenir à donner le meilleur de soi-même. La prise en compte de cette préparation artistique et psychologique, ce que laisse entendre aussi ce concours , ne peut être que formateur pour nos élèves ».

Jean-Dominique Burtin.

Mercredi 14 mars, récitals et conférence à l’Institut

-Epreuve récital à partir de 10 heures, et partir de 19 h30.
Sept candidats en lice. Proclamation des résultats à 20 h 30.

-Rencontre avec François-Xavier Szymczak : Blanche Selva et le piano moderne. François Xavier Szymczak, musicologue et producteurs à France Musique, présente cette figure fondamentale pour le piano des XIX et XXe siècles.
Parmi les trois finalistes qui seront annoncés dans le courant de la soirée de mercredi se trouve le futur lauréat du Premier Prix « Blanche Selva » du concours.

A noter que le double CD « Blanche Selva, Les enregistrements Columbia 1929-1930 », label Fy et Du Solstice , est disponible à l’accueil de l’Institut. On y retrouve des interprétations d’œuvres de Bach, Franck, Déodat de Séverac, Garreta, Beethoven.

En savoir plus : www.oci-piano.com

 

 

 

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