Pour entretenir sa mémoire, « il est important de stimuler notre cerveau »

Du 12 au 18 mars, partout en France, c’est la semaine du cerveau. L’occasion d’en apprendre plus sur ce qu’il se passe dans notre tête auprès des chercheurs et chercheuses de la région Centre-Val de Loire.

« Le vieillissement est essentiellement une opération de mémoire. Or c’est la mémoire qui fait toute la profondeur de l’homme » a un jour écrit l’auteur orléanais Charles Péguy. Mais si la mémoire est propre à l’Homme, comment fonctionne-t-elle ? Et comment s’adapte-t-elle au vieillissement ?

Voici les questions que se posent les chercheurs de l’équipe « Vieillissement & Mémoire » du CERCA (Centre de Recherches sur la Cognition et l’Apprentissage), située à Tours. Leur objectif, étudier comment les capacités de mémoire sont modifiées avec l’âge et comprendre les mécanismes d’évolution sous-jacentes. 

De nouvelles stratégies avec l’âge

Pour cela, ils étudient en particulier ce que les psychologues appellent les fonctions exécutives. Ces fonctions agissent comme des chefs d’orchestre, organisant l’ensemble des processus de cognition, comme par exemple la logique, la résolution de problèmes et bien sûr la mémoire. Autrement-dit, ce sont les fonctions exécutives qui mettent en place les stratégies de mémoire. Or, comme l’explique Lucie Angel, chercheuse au CERCA et maître de conférence en psychologie à l’université François-Rabelais de Tours, « le vieillissement induit un déficit au niveau des fonctions exécutives. Les stratégies de mémoire vont alors évoluer avec l’âge ».

Par exemple, supposons qu’on vous donne une liste de mots à mémoriser. Une stratégie qui fonctionne bien chez les jeunes personnes consiste à se créer une image mentale des différents mots à retenir. Mais parce que l’opération d’image mentale est gourmande en ressources cognitives, une personne âgée privilégiera spontanément d’autres stratégies de mémorisation, comme la répétition, « moins efficace, mais nécessitant moins d’énergie mentale » souligne Lucie Angel.

Le cerveau compense les déficits

Pour autant, si les fonctions exécutives et les stratégies de mémoire associées sont exposées au déclin avec l’âge, cela ne veut pas dire que le cerveau n’est pas capable de s’adapter. En effet, les chercheurs du CERCA ont voulu observer quelles régions du cerveau étaient sollicitées lors d’un processus de mémorisation. Comment ? En pratiquant une électroencéphalographie, une méthode qui permet de mesurer l’activité cérébrale à partir d’électrodes posées sur le cuir chevelu.

Les chercheurs ont découvert qu’à compétence de mémoire égale, une personne jeune n’aura tendance qu’à utiliser un seul hémisphère, tandis qu’une personne âgée utilisera les deux parties de son cerveau. « Cela leur permet de compenser les déficits d’un des hémisphères par leur second » précise Dr Angel. Une adaptation permise grâce à la plasticité du cerveau, c’est-à-dire sa capacité de créer et de réorganiser des nouvelles connexions entre ses neurones, y compris chez les adultes. 

Régions du cerveau utilisées lors d’un processus de mémorisation
en haut :
chez les jeunes – en bas : chez des personnes âgées
en rouge : région fortement sollicitée – en vert : région peu sollicitée

Une bonne mémoire pour un meilleur bien-être

Néanmoins la capacité que possède le cerveau de s’adapter et de résister aux effets du vieillissement dépend de sa réserve cognitive. Celle-ci dépend de l’expérience de chacun, et se construit tout au long de la vie. Avoir un travail stimulant ou une vie sociale riche, faire de la musique ou encore pratiquer la méditation constituent des exemples d’activités qui permettent de maintenir une bonne réserve cognitive, et donc ses capacités de mémoire. « Il est important d’entraîner et de stimuler notre cerveau, car une bonne mémoire quand on est âgé apporte un meilleur bien-être » soutient Lucie Angel.

NPVS

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