Les Français trouvent le journalisme « utile », mais peu sont prêts à vouloir payer pour une information de qualité

Les résultats d’une enquête réalisée par ViaVoice montrent que les Français trouvent majoritairement le journalisme utile. Il permet de vérifier rumeurs, fake news et désinformation. Ils restent cependant peu enclins à payer pour une information de qualité.


Pourquoi acheter un journal, quand j’ai l’information gratuitement via un moteur de recherche sur mon smartphone ? L’information m’est-elle utile ? Utile à ma vie quotidienne, mes préoccupations, ma compréhension du monde ? Ce sont ququelques-unes des questions posées par l’enquête menée par l’institut ViaVoice et dont les résultats ont été commentés au cours des 11e Assises internationales du journalisme de Tours, du 14 au 17 mars. Le moins que l’on puisse dire c’est que les résultats montrent quelques curieux paradoxes.

Le journalisme : un métier “utile”

Près de neuf Français sur dix (92 %) considèrent le journalisme comme un « métier utile », contrastant avec la méfiance – voire la défiance – envers les médias et les journalistes depuis quelques années. 84 % des personnes interrogées pensent qu’il est utile pour la liberté d’expression et la démocratie, dont il est l’un des garants. 83 % pensent que le journalisme permet d’apprendre des choses, de se cultiver en « comprendre les enjeux internationaux » (86 %). 83 % des Français pensent qu’il est utile en matière « d’investigation », 67 % pour la « vérification des fausses informations et des rumeurs ».

Un journalisme qui deviendrait donc indispensable face à la prolifération des fake news, des rumeurs, de la désinformation de manière générale. De nombreux médias s’y sont d’ailleurs attelés ces dernières années : Décodeurs et Decodex du Monde ; Désintox de Libération ; Les Observateurs de France 24 (pour ne citer qu’eux, mais on pense aussi à Spicee). « Tout le monde s’y met désormais », analyse Cyril Petit, rédacteur en chef du JDD. « Mais force est de reconnaître que les fake news génèrent une certaine angoisse. Le point d’interrogation, aujourd’hui tout le monde le fait, le fact checking ne devrait d’ailleurs pas être une rubrique, ou alors c’est qu’on a merdé quelque part ». Thomas Sotto (France 2, Complément d’enquête) enfonce le clou : « Les Français nous demandent d’enquêter, de vérifier les infos et les fake news, en gros : de faire notre boulot. Le débat des fake news écrase un peu tout actuellement, or la vérification des infos c’est un pléonasme… ».

La loi sur les fake news va faire peur à qui ?

Reste que la plupart des Français se demandent s’ils en ont pour leur argent en achetant un journal, en quoi cela va leur être utile autrement que pour éplucher ensuite les légumes sur la table de la cuisine. « En plus des habituels cinq « w » (Who ? What ? Where ? When ? Why ?) les gens ajoutent aujourd’hui : and so what ? (et alors ?). Ce décryptage est un des enjeux de l’actualité, et c’est ce qui est réclamé » insiste Cyril Petit.

Que pourra donc apporter le projet de loi sur les fake news, annoncé par la ministre de la Culture Françoise Nyssen lors de ces Assises et qui sera présenté en conseil des ministres la semaine prochaine, si ce n’est une suspicion supplémentaire de vouloir « contrôler l’information » ? « Est-ce que c’est aux pouvoirs publics de légiférer sur les fake news ? » s’interrogent les participants au débat (1). Les quatre critères qui seront mis en œuvre par le juge des référés pour faire retirer d’une publication une fake news seront : qu’elle soit fausse ; massive ; artificielle ; générée par un robot. « Le tout en 48h… Ce qui parait bien long » regrette Thomas Sotto. « Cette dépublication en 48h, après débat contradictoire, ne va pas faire peur à grand monde » s’inquiète Cyril Petit. On imagine mal en effet le géant Google trembler devant un juge des référés français lui intimant l’ordre de retirer une fake news… 67 % des personnes interrogées dans l’enquête de ViaVoice estiment d’ailleurs que « les pouvoirs publics n’ont pas les moyens de dire si une information est une fake news » et 49 % pensent que cette loi « comporte un risque pour la liberté de la presse et la liberté d’expression ».

Pourquoi payer ?

Plus paradoxal encore : tout en réclamant une hausse de qualité de la part des journalistes, avec un vrai travail d’enquête, sourcé, vérifié, de terrain, ils ne sont « que » 40 % à penser « qu’une information de qualité se paie, qu’elle n’est pas gratuite ».

Enfin, les Français sont 83 % à plébisciter l’éducation aux médias et à l’information dans les programmes scolaires pour apprendre aux jeunes à faire preuve d’esprit critique envers la masse d’informations reçues chaque jour, la plupart du temps via leur smartphone et un moteur de recherche. Un rôle fondamental des enseignants, où les journalistes auraient toute leur part d’expertise et d’aide pédagogique. Françoise Nyssen a d’ailleurs annoncé un doublement de l’enveloppe consacrée à l’EMI (6 M€), et affiché sa volonté que les sociétés d’audiovisuel public crée une plateforme commune de décryptage. Une collaboration plus étroite entre enseignants et journalistes est souhaitable.

F.Sabourin.

(1) Thomas Sotto (France 2), Cyril Petit (JDD), Catherine Nayl (France Inter), Aurélien Preud’homme (ViaVoice), Tanguy Demange (la Correspondance de la Presse).

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