A la rencontre d’humbles et souriants virtuoses

Journal Concours OCI #8

C’est en partenariat avec la Scène Nationale d’Orléans qu’Orléans  Concours International a proposé, ce vendredi après-midi, des ateliers de découverte de la musique contemporaine en direction de  soixante-dix élèves du Lycée Jean-Zay,  du collège Jeanne d’Arc et de l’école Musique et Equilibre. Sur la scène de la salle Jean-Louis Barrault du Théâtre, quatre semi-finalistes du concours, Jahye Euh, Roberta Pandolfi, Franco Venturini et Fabian Coomans,  sont ainsi venu partager, exemples à la clé, leur passion pour la musique contemporaine. Cette rencontre était animée par Isabella Vasilotta, directrice artistique  et musicologue qui aura même été , pour l’occasion,   une souriante tourneuse de pages.

Jahye Eu et sa tourneuse de pages, Isabella Vasilotta. JDB.

Sculpter la matière brute sonore

“J’ai très tôt ressenti le besoin de faire de la musique; j’ai très tôt gribouillé; aujourd’hui, je retrouve mes brouillons d’alors et je trouve très émouvant ces premiers essais; pour moi, composition et interprétation vont main dans la main” explique Franco Venturini qui s’est déjà présenté au Concours il y a dix ans. 

“Ce qui me séduit le plus dans cette musique, qui peut légitimement nous paraître parfois légitimement  étrange, c’est que l’interprète n’y est pas obsédé par la note, qu’il va bien au-delà et  exprime sa propre émotion en se montrant ouvert au sentiment et à l’écoute” avance Jihaye Euh.

“Il ne faut pas faire un catalogue de gestes mais raconter, essayer de faire sonner quelque chose autrement, donner de la lumière; nous ne malmenons ni ne violentons le piano, il est un outil ,notre instrument  que l’on respecte parce qu’il est beau en lui-même; c’est grâce à vous que cette musique va continuer” reprend Franco Venturini après avoir expliqué les stratagèmes techniques qui peuvent métamorphoser la sonorité de l’instrument.

Franco Venturini à la rencontre des élèves. JDB

“La composition, j’y suis venu très tôt, entre douze et quinze ans “ explique quant à lui Fabian Coomans. “Au début, j’étais très attiré par les arts plastiques, puis j’ai voulu sculpter la matière brute sonore” poursuit-il.

Spectacle vivant et singulier

Lors de cette rencontre  entre virtuoses et élèves,  où le silence fut aussi évoqué tel un instant de perception et de dramaturgie, des œuvre de Ravel, de Messiaen dont “Le Loriot” soliste du “Catalogue d’oiseaux”  si joliment décrit et interprété par Fabian Coomans , “Ruinas” de D. Comitini pour bande et piano,  “Naturas viva  con glissandi IV”, de Franco  Venturini  ont été notamment interprétés , joyeuses et généreuses explications  à l’appui. Derniers mots de Fabian Coomans qui a véritablement illuminé le concours par son talent et son enthousiasme: “Il ne faut pas se limiter à jouer,  il faut croire à ce que l’on joue pour l’offrir au public”.

Fabian Coomans fait chanter “Le Loriot”. JDB.

D’autres mots sont enfin ceux de Serge Ceccaldi, musicien, compositeur et directeur de l’école Musique et équilibre présent ce vendredi dans la salle: “Je trouve extraordinaire ce parti pris de s’intéresser à la musique d’aujourd’hui ,  de la faire vivre et de plébisciter,  même d’imposer d’une si belle manière,  la création. Il s’agit là d’un geste d’une absolue nécessité. Tout cela nous montre qu’il existe bel et bien,  à Orléans,  un vivier de créativité et d’imagination que l’on retrouve côté jazz, musique émergente,  rock,  classique,  Tricollectif et  folle poésie du festival RAMI. Tout cela révèle que le creuset municipal est puissant. Orléans est selon moi une ville de passage, une ville de traversée qui a une capacité de partage et d’invention de parcours. En vérité, tout s’entrechoque et crée une explosion d’innovations, celle qui n’est pas toujours à télécharger  mais qui relève du spectacle vivant et singulier”.

Hommage à Debussy

Tanguy de Williencourt en récital Debussy. JDB

« La musique, disait Debussy, est faite pour l’inexprimable : le mystère que la musique nous transmet n’est pas l’inexprimable stérilisant de la mort, mais l’inexprimable fécond de la vie, de la liberté, de l’amour. » Chacun le sait, le 13ème Concours International de Piano est dédié au grand compositeur Claude Debussy (1862-1918) pour le centenaire de sa disparition. Les candidats étaient ainsi tous invités à insérer dans leur programme une ou plusieurs œuvres extraites des Etudes, Préludes ou Images. En toute cohérence, le concours a clôturé,  ce  vendredi soir, son grand séjour à l’Institut par un récital de Tanguy de Williencourt interprétant entre autres “Estampes” et “Page d’album”,  “Le Balcon”. C’est sur un Nocturne de Bartok,  donné en rappel,  que s’est éteinte cette douce soirée, nouveau bel instant musical proposé avant la grande finale de ce dimanche.

Yoichi Sugiyama, l’humble maître de musique

Yoichi Sugiyama, compositeur et chef d’orchestre. JDB

Chef d’orchestre et compositeur japonais dont les œuvres sont interprétées dans le cadre de festivals prestigieux et qui est notamment l’auteur de “Last interview from Africa”, œuvre dédiée au poète Ken Saro-Wiwa et à la mémoire des effets de la catastrophe japonaise de 2011 à Fukushima, dirige, lors de cette finale, le  mdi ensemble qui donnera avec chaque candidat, “Arpège”, de Donatoni. 

Depuis ce vendredi, Yoichi Sugiyama répéte cette pièce avec chaque concurrent. Avec une souriante disponibilité et beaucoup d’enthousiasme , il nous parle ce samedi de cette participation: “C’est pour moi la première fois que  que je participe à ce genre de rendez-vous. D’habitude,   il ne s’agit pour nous que de jouer le mieux possible,  mais ici tout est différent car, tout en essayant de jouer de manière idéale,  nous devons essayer d’incorporer le candidat pour qu’il se trouve dans une position on ne peut plus confortable. Avant de commencer de répéter avec les interprètes, j’étais à la fois très curieux et inquiet des résultats. A présent je suis, tout comme l’ensemble,  tout à fait rassuré et heureux de pouvoir accompagner le caractère, la beauté, la  vision de chaque pianiste portée sur une œuvre de Donatoni emplie de joie et de félicité. “

Jean-Dominique Burtin.

Programme
Dimanche à 15 heures, Théâtre d’Orléans, salle Jean-Louis Barrault.
Grande finale avec trois candidats en lice: Maroussia Gentet (France), Hyeonjun Jo (Corée du Sud), Miharu Ogura (Japon).
Les pianistes interprètent au choix une œuvre de Granados (Goyescas) Chostakovitch (24e Prélude et fugue),  Dukas (Troisième mouvement de la Sonate mi bémol mineur).
Œuvres imposées: Arpège , de Donatoni avec accompagnement de mdi ensemble dirigé par Yoici Sugiyama et “Au cœur de l’oblique”, d’Hector Parra, commande du concours
Tarifs: 25€ (20€ tarif réduit). Tel.: 02.38.62.75.30.
En savoir plus: www.oci-piano.com
 

 

 

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