Artisan d’un jour, artisan toujours ?

Jusqu’au 23 mars, les Chambres des métiers et les unions professionnelles fêtent l’arrivée du printemps lors dewww.semaine-nationale-artisanat.fr, en célébrant « l’artisanat au cœur des territoires. Et en proposant à des personnalités de devenir « artisan » pour un jour, pour connaître les métiers qui composent « la première entreprise de France ».

Que proposer pour mettre en valeur les nombreux métiers liés aux chambres des Métiers et de l’artisanat ? Pour en faire apprécier tout autant la richesse et la diversité…que les spécificités et les contraintes de ceux qui, par milliers, ne comptent pas leurs heures pour gagner leur vie, et contribuer largement au bon fonctionnement de notre vie quotidienne. Cette année, tout simplement, les Chambres des métiers et de l’artisanat et U2P territoriales (Union des entreprises de proximité) propose une « opération, artisan d’un jour », lors de laquelle « …des personnalités du monde politique, économique, médiatique ou culturel découvriront le secteur de l’artisanat de manière concrète et originale !». Une sorte de plongée dans le quotidien d’une entreprise artisanale, lors de laquelle, affirment les initiateurs, « …en une journée, au fil de ses échanges avec l’artisan, les salariés ou les apprentis, cette personnalité va découvrir les attraits et les problématiques de l’artisanat… ».

Belle initiative, mais peut-être un peu succincte ? Cette manière annoncée « …de s’initier au métier, au savoir-faire de l’artisan et de prendre conscience de la richesse économique, humaine et du talent de ces professionnels… » peut-elle vraiment se faire en moins de 24 heures ? Apprendre ainsi qu’au-delà de l’exercice même du métier, que l‘on soit plombier, coiffeur, esthéticienne, ébéniste, charcutier, boulanger, artisan d’art, pour ne citer que ceux-là, il ne suffit pas de maitriser son art, mais aussi de jongler avec les contraintes administratives, avec la gestion du temps, avec une clientèle de plus en plus exigeante…tout en essayant d’avoir une vie de famille, voire une vie sociale.

L’artisanat concerne 1,3 millions d’entreprises

« … Qualité, proximité, conseil, convivialité… ruraux et citadins sont attachés à l’artisanat et au commerce de proximité. À quoi ressembleraient les territoires sans le tissu d’artisans et de commerçants qui les animent au quotidien ? Les entreprises artisanales luttent contre la détérioration du mode de vie dans les territoires et contribuent au maintien d’une vie sociale de proximité. De même, la revitalisation des quartiers sensibles passe par le maintien ou l’installation des entreprises artisanales… », rappellent les organisateurs, alors qu’un plan pour les villes moyennes, préparé par le gouvernement, est suspecté d’ignorer toute « …la mesure de l’impact territorial de l’artisanat… ». Au niveau national, ce secteur d’activité concerne ainsi 1,3 millions d’entreprises, 3,1 millions d’actifs et génère 300 milliards de chiffe d’affaire. Des chiffres importants, mais dont on ne se rend pas toujours compte, tant les activités concernées font partie de notre quotidien. Et qui deviennent plus réalistes quand on cherche à être dépanné d’urgence, quand on veut obtenir pour soi un objet unique « fait main », ou quand on cherche une embauche en apprentissage pour l’un de ses enfants. « … L’artisanat forme 35 % des apprentis, soient 140 000 jeunes chaque année ; 80 % d’entre eux trouvent un emploi pérenne dans les six mois suivants la sortie de leur formation… ».

On comprendra donc l’importance des journées portes-ouvertes organisées pendant toute cette semaine dans les CFA ou les lycées professionnels, tels ceux programmés dans le Loiret ce samedi 24 mars (1).

Et d’aucuns pourront même s’interroger, à cette occasion, sur la féminisation de certains métiers, traditionnellement dévolus aux hommes. Si l’esthétique, la coiffure, la mode ou la vente leurs sont généralement dévolus, beaucoup plus rares sont les jeunes filles qui trouvent des contrats d’apprentissage ou des emplois dans les métiers du bâtiment. Rares sont, par exemple, dans notre région, celles qui exercent les métiers de couvreur, de charpentier, de menuisier…ou même d’électricien.

Caroline, détentrice d’un CAP Electricité, employée chez Demeco.

Ainsi, raconte Caroline, actuellement employée comme électricienne chez Déméco, « …j’ai toujours voulu être électricienne. Mais voilà 20 ans, ce n’était pas évident. J’ai cherché longtemps avant d’avoir un patron qui accepte de me signer un contrat d’apprentissage. Et celui qui l’a fait n’avait pas trop le choix…puisqu’il n’avait que deux filles pour reprendre son entreprise… ». Une remarque pertinente, toujours d’actualité, qui soulève aussi le problème de la reprise ou des successions dans les entreprises artisanales, souvent familiales.

Voilà quelques remarques certainement déjà formulées par les « artisans d’un jour » de notre région, telle Fabienne Colboc (députée d’Indre-et-Loire), devenue « artisan d´un jour » dans une entreprise artisanale de marqueterie d’art à Richelieu, à l’invitation de la CMA d’Indre-et-Loire, Laure de la Raudière (députée d’Eure-et-Loir) « artisan d´un jour » dans le salon de coiffure de Claude Rasori à St Georges sur Eure, à l’invitation de l’U2P du Centre Val-de-Loire, toutes deux le 16 mars, comme Guillaume Kasbarian, député d’Eure-et-Loir était « artisan d´un jour » dans la boulangerie Saint-Maurice de Laurent Jérôme à Chartres à l’invitation de l’U2P du Centre, le 19 mars, voire comme Michelle Bagou et Patrick Bagot (conseillers régionaux) étaient « artisan d´un jour » dans la boulangerie de Cédric Fontaine, à Boulleret, à l’invitation de l’U2P du Cher, ce 21 mars.

On attend avec impatience leurs retours sur cette expérience, tout comme ceux de deux députés d’Indre-et-Loire, tous deux invités par le CMA du département, Daniel Labaronne, « artisan d’un jour » dans une boulangerie-pâtisserie à Château-Renault, et Sophie Auconie, « artisan d’un jour » chez un charcutier-traiteur à Chambray-les-Tours. Tout comme les retours plus anonymes de ceux qui auront rencontrés quelques artisans du Loiret et des autres départements entre le 19 et le 22 mars.

Souhaitons que cette opération puisse contribuer à sensibiliser ces élus à l’exercice souvent compliqué de ces métiers, et pas toujours très rémunérateur au vu des heures passées, à l’heure ou la notion de rentabilité prime trop souvent au détriment de la nécessité sociale, notamment dans des zones rurales peu peuplées, comme on en connaît dans notre région.

J.L.B

(1) : Samedi 24 mars, Journées portes-ouvertes du CFA de la Mouillère (horticulture, fleuristerie) et du CFA Est du Loiret coiffure, mécanique, vente).

Plus d’infos : www.semaine-nationale-artisanat.fr .

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