En grève et dans la rue face à Macron

A l’appel de sept syndicats de fonctionnaires, ce jour 22 mars 2018, fonctionnaires et agents de la SNCF descendront dans la rue pour clamer haut et fort leur désaccord avec le gouvernement. Pouvoir d’achat et statut sont au cœur du conflit. A Paris deux cortèges se formeront, l’un à partir de Bercy, l’autre depuis la gare de l’est, pour se rejoindre place de la Bastille. Dans le pays au moins 150 cortèges sont annoncés comme à Orléans, Tours, Blois et Châteauroux.

Journée cruciale

Pour les syndicats comme pour le gouvernement la journée s’annonce cruciale. Les premiers parient sur une forte mobilisation, le second espère éviter la coagulation des récriminations qui s’amoncellent. Les sept syndicats représentatifs dans la fonction publique (CGT, FO, FSU, CFTC, Solidaires, FA-FP et CFE- CGC) ont demandé aux 5,4 millions de fonctionnaires de cesser le travail et de descendre dans la rue. La grogne est forte qui s’est renforcée de plusieurs strates successives : gel du point d’indice, rétablissement du jour de carence en cas d’arrêt maladie, simple compensation de la hausse de la CSG sans gain de pouvoir d’achat. A cette première salve est venue s’en ajouter une seconde le 1 février, recours accru aux contractuels, rémunération au mérite et plans de départs volontaires (Emmanuel Macron a promis pendant sa campagne la suppression de 120 000 postes dans la fonction publique).

A ces récriminations s’ajoutent celles des salariés d’Air France, celles des retraités  dont  depuis janvier une hausse de la CSG écorne leurs revenus, les employés des Epads, la ruralité et une réforme constitutionnelle  qui se profile et dont les parlementaires contestent certains aspects. Et en début de semaine, au détour d’un rapport parlementaire la révision du quotient familial augurant une refonte de la politique de la famille est venue s’immiscer dans un paysage déjà perturbé et perturbant.

Bien qu’inflexible sur la SNCF et la réforme de l’Etat, le gouvernement lâche du lest par petites touches. Le Premier ministre a annoncé une correction à la hausse de la CSG concernant 10 000 couples  de retraités.  Ne voulant pas reproduire l’erreur de son ancien mentor et prédécesseur à Matignon, Alain Juppé qui en 1995 s’était déclaré « droit dans ses bottes », Edouard Philippe dit et répète qu’il pratique « la concertation » avec les syndicats et réfute  « toute logique de bras de fer ». Tout en restant inexorablement fidèle à son programme, Emmanuel Macron ne s’interdit pas de menus modifications à la marge. Suffiront-elles pour enrayer le mouvement qui se lève demain et promet de durer ?

Unité de façade à gauche

Jean-Luc Mélenchon

Demain la gauche tout entière sera dans la rue à Paris mais les ténors de la gauche n’iront pas jusqu’à marcher bras dessus bras dessous. Pour soutenir la démarche syndicale, Olivier Besancenot, ancien candidat à la présidentielle en 2002 et 2007, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a appelé tous les acteurs de la gauche à une démarche unitaire. Il s’est démultiplié dans les media et çà a payé. D’Alternative Libertaire à Nouvelle Donne en passant par Europe-Ecologie les verts, le Parti Communiste français  et les députés de la France Insoumise, tous ont fait, lundi, « une déclaration unitaire » et annoncé leur participation au défilé.Jean-Luc Mélenchon sera-t-il dans la manif, lui qui estime « cette forme de mobilisation dépassée » ? Benoît Hamon s’est fait un plaisir de le tacler « Il y a unité syndicale, il doit y avoir unité politique à gauche. Ce qui est en jeu dépasse nos petites personnes ».

Olivier Faure (PS).

De son côté, Olivier Faure, futur premier secrétaire du PS, a annoncé qu’il participerait à la manifestation et avec lui la grande majorité des parlementaires socialiste. « Je serai derrière les usagers, les cheminots et leurs organisations syndicales pour que la mobilisation s’amplifie, il faut que nous soyons à leurs côtés, à notre place, sans se substituer aux organisations syndicales », a-t-il dit. Le nouveau leader socialiste pose ainsi un acte politique fort qui l’ancre dans l’opposition à Emmanuel Macron. A un an des européennes, une gauche émiettée et profondément désunie sera dans la rue  pour défendre les fonctionnaires, les cheminots et montrer son opposition à la politique du gouvernement. Chacun  va à la manif, mais avec sa propre stratégie afin d’afficher une unité qui n’est que de façade.

Françoise Cariès.

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