50 ans plus tard, quel regard portent les étudiants d’Orléans sur Mai 68 ?

Alors que la France a commencé à célébrer les cinquante ans de Mai 68, les étudiants Orléanais étaient appelés aux urnes le 27 mars pour élire leurs représentants dans les conseils et commissions de l’université. Une élection qui n’aurait pas existé sans ce mouvement contestataire, qui commença justement avec la mobilisation des étudiants de l’époque. Que pensent les étudiants d’aujourd’hui à propos de ces événements qui ont changé la société ? Nous avons rencontré différents syndicats étudiants pour en discuter.

Le 22 mars 2018, le premier débat entre les différents candidats aux élections des étudiants était retransmis sur les ondes de Radio Campus. Coïncidence, cinquante ans plus tôt, un autre débat avait lieu à l’université de Nanterre, où un certain Daniel Cohn-Bendit, accompagné de près de cent cinquante étudiants, demandait la libération d’un militant contre la guerre du Viêtnam et la libre circulation des filles et des garçons dans les résidences universitaires. C’est ce mouvement du 22 mars qui est aujourd’hui considéré comme le début des événements qui allaient mener à Mai 68.

Plus de justice, plus d’égalité…

Unef Orléans

Sur le campus d’Orléans, cinquante ans plus tard, les syndicats et fédérations candidats aux élections ont tous eux aussi des idées, des revendications, et des envies de changements. Ces revendications sont-elles les mêmes qu’en 68 ? Pour l’Unef (Union des étudiants de France), si les préoccupations quotidiennes ont un peu changé, le fond reste le même et l’université a encore des progrès à faire : « Bien sûr, en mai 68, les étudiants n’auraient pas évoqué le WIFI ou le manque de prise en amphithéâtre dans leurs préoccupations. Mais cette volonté de plus de justice, de plus d’égalité, de plus de prise en compte de leur opinion demeure encore d’actualité. » Le syndicat explique lutter encore aujourd’hui contre une certaine forme de mépris à l’égard des étudiants, notamment de la part de certains enseignants se posant toujours comme maître absolu du savoir. Le rejet de ce paternalisme et l’idée que les pensées des plus jeunes ont de la valeur, voilà en effet une revendication qu’on pourrait qualifier de « soixante-huitarde ».

L’UNI éloignée des envies de 68

A l’inverse, l’UNI (Union nationale inter-universitaire) se positionne contre Mai 68, en rappelant que ce syndicat est justement né en réaction au mouvement contestataire.  « L’UNI prône des valeurs républicaines profondément emprunte du gaullisme, précise Pascal Lefebvre, le responsable de la branche orléanaise. Nous avons d’ailleurs l’honneur d’avoir pour président honoraire l’Amiral Philippe de Gaulle, fils du Général éponyme ».

Le syndicat compare l’avant et l’après Mai 68, en notant qu’au final, le capitalisme et le chômage ont beaucoup progressé. Amer, Pascal Lefebvre critique les décisions qui ont été prises après Mai 68, notamment sur les dépenses sociales : « De là à dire que la génération 68 a tapé dans la caisse sur le dos de ses enfants… ». Le combat de l’UNI aujourd’hui, à savoir la professionnalisation des études et la lutte contre les blocages à l’université, est donc tout naturellement éloigné des envies de 68.

Solidaires: on peut faire plier un gouvernement

Pour la fédération Ô Campus, née il y a cinq mois, la prudence est de mise lorsqu’on les questionne sur ce cinquantième anniversaire et son héritage à l’université : « Nous n’étions pas là à l’époque, donc nous ne pouvons que nous baser sur des faits qu’on nous a relaté. Nous ne pouvons pas répondre objectivement ». La fédération ajoute quand même être plutôt contre ce type de mobilisation. « Certes, cela permet de faire passer un message, mais n’avançons-nous pas mieux en discutant directement du problème ? La négociation a toujours permis d’avancer plus loin que la mobilisation du type blocage ». Pour Ô Campus, les choses ont également changé en cinquante ans et les demandes des étudiants ne sont plus les mêmes.

C’est peut-être Solidaires étudiant-e-s, un syndicat se réclamant de Mai 68, qui résume le plus simplement ce que le mouvement populaire a laissé comme héritage dans l’imaginaire universitaire et collectif : « Ce qui nous reste à nous, les travailleuses, travailleurs, étudiantes et étudiants, c’est de savoir qu’en unissant nos forces et en se battant, on peut faire plier un gouvernement qui n’agit pas pour le bien de toutes et de tous ».

En attendant le fameux mois de mai 2018, force est de constater que Mai 68 et la mythologie qui l’entoure divise toujours autant. Quant aux étudiants orléanais, ils découvriront leurs nouveaux représentants d’ici vendredi au plus tard.

Valentine Martin

 

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