Grève SNCF, ambiance en gare : jour 1

Mardi 3 avril, premier jour d’une grève SNCF qui s’annonce particulièrement suivie, y compris en région Centre-Val de Loire. 1 TER sur 5 ; aucun Interloire : pas simple pour les usagers/voyageurs/clients (rayez les mentions inutiles) de se déplacer pour rejoindre leur travail pour la plupart. Ambiance en gare de Blois, étrangement calme.


Un peu avant 8h, mardi 3 avril, gare de Blois. Premier effet de la baisse de trafic sur la ligne Tours-Blois-Orléans : on entend les oiseaux chanter sur les quais. Ils sont bien les seuls à être heureux. Le calme apparent de la gare laisse penser une certaine résignation chez les usagers qui poirotent tranquillement en attendant le « 8h18 », annoncé avec 30 minutes de retard. Premier enseignement de ce premier jour de grève : ou certains en ont profité pour faire la grasse matinée, ou ils ont pris leurs voitures pour se rendre au boulot. « Ou ils ont pris le 5h42, seul train avec celui-là à rouler ce matin… » siffle François, entre deux gorgées de café. « D’habitude je prends le train de 7h42. Là ce matin j’essaie pour voir ce que ça donne avec celui-là, mais vu le retard annoncé, si c’est comme ça tous les jours, ça m’étonnerait que mon patron tolère jusqu’au 28 juin ! ».

« Je prends le train tous les jours entre Blois et Orléans. Je travail à la cité administrative. Ce soir, je vais revenir plus tard, le seul train correct l’après-midi est à 19h42. Indirectement, ce que les gens doivent savoir et les cheminots aussi, c’est que cette grève va nuire au service public : il y aura des absences, des retards… Ça ne va pas améliorer les choses » explique Pierre.

“On a le droit de revendiquer, mais pas de prendre les gens en étau”

Devant un panneau d’informations des grèves, en gare de Blois le 3 avril au matin.

Devant le panneau d’affichage, les têtes se penchent, les cous se tordent pour tenter d’y voir clair dans les trains qui circulent, et ceux qui ne circulent pas. Pierrette et Marie – qui ne se connaissaient pas 5 minutes avant – échangent des tuyaux à coups de sites Internet. « C’est compliqué, il y en a 4 ou 5, et tous ne disent pas la même chose. Certains trains roulent, mais en gare ils disent que non. Dans tous les cas il faut une appli pour smartphone, moi je n’en ai pas, j’ai un vieux truc, alors je fais comment ? » déplore Marie. Comptent-elles, si la grève dure et se durcie, prendre la voiture pour rejoindre son travail à Orléans ? « Je paie déjà un abonnement parking plus train, je ne vais pas en plus payer l’autoroute et l’essence ! » grogne Pierrette. Et le covoiturage ? « Si ça se durcit pourquoi pas, mais là aussi c’est payant, et il faut que ça soit compatible avec les horaires de dépose des enfants à l’école. C’est chaud ! » lance Marie. « Celui de 18h15, il est noté sur le site Oui SNCF » poursuit-elle. « Ce n’est pas du tout ce que vient de me dire la fille de la gare » répond Pierrette. Pas sûr qu’elles rentrent chez elles ce soir…

Stéphane et Louis travaillent tous les deux « dans des entreprises publiques » mais n’en diront pas plus. « Oui, je comprends la grève. Si vous faites une grève qui ne gêne personne à quoi ça sert ? C’est le seul élément d’opposition qui nous reste face à ce gouvernement » soupire Louis, qui pense en outre que « les employeurs vont être conciliants ». Stéphane pense lui que ça peut s’enflammer, « comme il y a 50 ans, surtout si les étudiants et les routiers s’y mettent ».

Philippe travaille à la Fnac d’Orléans, tous les jours il fait la navette depuis Blois, vélo sous le bras. « Si ça reste sous cette amplitude, ça ne va pas trop m’impacter, je prenais ce train-là de toute façon. C’est le soir que ça va être plus compliqué » explique-t-il en attendant que le « 8h18 » arrive. Salarié du secteur privé, comprend-il les cheminots grévistes ? « Oui et non. On a le droit de revendiquer, pas de prendre les usagers en étau. S’ils bloquaient une semaine seulement ça aurait peut-être plus d’impact rapidement. Si tout le monde se met à faire des grèves comme ça on n’en sortirait pas. Les gens vont rouler plus, ça n’est pas très écologique. Trois mois c’est trop long. Imaginez si EDF faisait des grèves comme ça, deux jours tous les cinq jours ? ».

“Ça va être raide”

Un TER sur cinq en circulation, forcément cela impacte aussi les élus… régionaux. Charles Fournier, conseiller régional EELV délégué à la Transition écologique et citoyenne pense que cette grève est « légitime. On a tout fait pour dégrader le service ferroviaire en France depuis des décennies. Je comprends la grève, mais la bataille est plus large que sur les seuls trains : le réseau est déplorable, il n’y a pas de vrai modèle économique pour le train, des lignes manquent d’arrêts ou de cadencements corrects. On n’est plus en capacité d’améliorer. Prendre le train aujourd’hui pour une majorité de gens c’est une galère, du coup ça se reporte sur la voiture » explique-t-il doctement. Certes mais les usagers vont-ils soutenir le mouvement dans la durée ? « La colère serait pire si les trains continuaient à se dégrader ». Le gouvernement a l’air décider à ne pas lâcher prise pourtant : « la barre est haute en effet ; le gouvernement lâchera peut-être sur certains aspects mais ça va être très raide. On a tellement déshabitué les usagers à prendre le train. Il faut éduquer au ferroviaire ».

Un premier jour plutôt calme donc, mais la grève ne fait que commencer. Et le “8h18” est arrivé avec… 40 minutes de retard. La routine.

F.Sabourin

En gare d’Orléans : calme, très très calme…

Les tableaux d’affichage d’arrivées et départs des trains l’après-midi du 3 avril à Orléans parlent d’eux-mêmes : la Métropole est (presque) inaccessible…

 

 

 

 






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