Roméo Elvis, le renouveau du rap à l’Astrolabe

Samedi soir dernier, la grande salle de l’Astrolabe était pleine à craquer. Annoncé comme complet depuis décembre, le concert de Roméo Elvis était l’occasion de découvrir l’univers de ce jeune rappeur belge (il vit à Bruxelles) qui explose sur les réseaux sociaux. Disque d’or en France avec la réédition de son album Morale 2 Luxe, conçu avec son acolyte Le Motel, il apporte un vent d’air frais dans le milieu du rap et se révèle pleinement sur scène.

« Je ne vais pas vous mentir, on vient d’enchaîner les concerts, et ce soir, on est un peu fatigué. Alors il va falloir nous donner de l’énergie, Orléans ! ». Il est des artistes qui se nourrissent de ce qu’on appelle l’énergie du public et qui semblent se régénérer sur scène grâce à cela. Roméo Elvis est clairement de ceux-là. Arrivé sur scène plutôt calmement, casquette et gros sweat noir, il finit une heure et demie plus tard en nage, torse nu et les cheveux mi-long détachés, à l’image d’un Iggy Pop du rap. Exceptionnellement, Le Motel, son producteur et compositeur n’est pas avec lui ce soir, mais pas de problème, Roméo Elvis fait le show.

Il était déjà venu à l’Astrolabe l’an dernier, dans la petite salle. « La prochaine fois que je reviens, ce sera dans la grande salle » s’était-il promis, sans trop se prendre au sérieux. Il aurait dû, car un an plus tard, lors de sa tournée pour la réédition de son album, c’est chose faite. Mais Roméo Elvis se prend rarement au sérieux, et c’est ce qui fait d’ailleurs son succès. Loin des clichés qu’on attribue inconsciemment aux rappeurs, ce jeune artiste fait dans l’auto-dérision et l’ironie, jouant avec ces fameux clichés pour les pousser jusqu’à l’absurde. Et c’est sur scène que c’est le plus frappant. Une critique de Télérama le comparait à un personnage de cartoon. Très grand, mince, avec des yeux exorbités, il se compose sur scène un sourire un peu idiot et force des mouvements de danse mécaniques. La salle est subjuguée par le personnage, qui se moque de tout, de lui-même et aussi, gentiment, de son public. « Vous sortez tous vos téléphones, vous préférez filmer mon concert plutôt que de le vivre » lance-t-il à la fin d’une de ses chansons

. Les spectateurs, qui ont entre 14 et 30 ans, rient et la plupart range leur portable. C’est que Roméo Elvis, en ayant toujours l’air de rigoler, vise souvent juste. Il enchaîne d’ailleurs avec le titre qui l’a fait connaître, Drôle de question, fausse chanson d’amour qui parodie le genre du rappeur dragueur : « Quand je t’embrasse, c’est comme une sorte de dauphin sophistiqué ». Le public reprend la chanson avec lui.

Sa voix grave et posée lui permet d’aborder un rap presque chanté, fluide. Et c’est sur des chansons plus personnelles, lorsqu’il aborde certains aspects de sa vie, qu’on découvre une autre facette de l’artiste, touchante et torturée. C’est le cas du morceau Ma tête, où il raconte que son problème d’acouphène le torture et le rend fou. Mais même là, l’humour n’est jamais loin : « J’espère arriver à percer avant mon tympan ».

Alors après une heure trente d’un concert électrique, après avoir été pris dans un tourbillon de pogo, de punchlines et de chansons complètement hallucinantes (écoutez donc Bébé aime la drogue), une affirmation s’impose à nous : le renouveau du rap passe par Roméo Elvis. N’en déplaise à ceux qui disent que c’était mieux avant, et que seul le rap des années 90 vaut la peine d’être écouté. Le rap est aujourd’hui plus diversifié et plus vivant que jamais. Il va falloir désormais compter sur Roméo Elvis, qui est bien parti pour rester. Bruxelles arrive.

VM

https://www.lastrolabe.org/

https://www.youtube.com/watch?v=-sq5aXx8m6U : lien youtube avec le clip Ma tête de Roméo Elvis

https://www.youtube.com/results?search_query=rom%C3%A9o+elvis+bruxelles+arrive : lien youtube avec la chanson Bruxelles arrive, de Roméo Elvis.

Commentaires

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  1. On peut l’écouter en le regardant sur Youtube, mais franchement pour moi, c’est bof !

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