Présenter sa thèse en 180 secondes : mission accomplie pour cette chercheuse orléanaise

Chloé Felgerolle, doctorante à l’université d’Orléans, a gagné le premier prix de la finale régionale de Ma thèse en 180 secondes. Retour sur son parcours.

« C’est énorme. Une grosse surprise ». Quand le jury de la finale régionale du concours Ma Thèse en 180 secondes (MT180) annonce à deux reprises le nom de Chloé Felgerolle, elle n’en revient pas. Non seulement, elle vient de remporter le 1er prix du jury pour sa prestation, mais elle gagne également le prix du public, « le plus important pour moi, car c’est pour le public que je fais ce concours » explique la jeune doctorante.

Chloé Felgerolle comptait parmi les seize thésards de Centre-Val de Loire à avoir participé à la finale régionale de MT180, qui s’est tenue le 27 mars dernier à la Riche, à côté de Tours. L’objectif de ce concours : un doctorant a 3 minutes chrono pour expliquer le sujet de sa thèse à un public non spécialisé. Un exercice délicat de vulgarisation, alors que les travaux de thèse s’avèrent très pointus et s’étalent sur généralement trois années.

Une maladie génétique et des troubles de la vision

Chloé Felgerolle en est elle à sa seconde année de thèse, au laboratoire Immunologie et Neurogénétique Expérimentales et Moléculaires (INEM) à l’université d’Orléans. Son sujet s’intitule « étude de l’hypersensibilité sensorielle visuelle dans le cas du syndrome de l’X-Fragile ». Derrière ce titre un peu barbare, il y a une maladie génétique, le syndrome de l’X-Fragile, causée par une mutation d’un gène situé sur le chromosome X. Une maladie surtout présente chez les hommes.

Parmi les symptômes du syndrome de l’X-Fragile, on retrouve des déficiences mentales (caractérisées par un QI inférieur à la moyenne) ou des troubles autistiques (qui touchent la moitié des patients). Autrement-dit, des troubles neurologiques liés au développement. Mais les personnes atteintes de l’X-Fragile souffrent aussi de déficiences sensorielles : des troubles du toucher ou de l’audition, mais surtout des déficiences visuelles.

Or, qui dit vision dit œil. La question que se pose Chloé Felgerolle est donc de comprendre si ces problèmes de vision ont une origine neurologique (au même titre que les troubles mentaux ou autistiques induits par la maladie) ou alors une origine périphérique, située dans la rétine. Pour cela, la doctorante travaille avec des souris mâles également atteintes du syndrome de l’X-fragile. L’idée, faire en sorte que ces souris ne présentent aucun symptôme d’origine neurologique, ne laissant donc que les troubles de vision dû à un défaut de la rétine.

La prestation de Chloé Felgerolle à la finale régionale de MT180

« Un coup de cœur » pour le sujet

Un sujet de thèse pour lequel Chloé Felgerolle a eu un véritable « coup de cœur, car on partait de rien et tout était à faire ». Pour autant, faire une thèse en biologie n’allait pas de soit pour cette doctorante qui n’est ni allée à la fac, ni fait d’étude en biologie. Originaire de Nancy, c’est là que Chloé Felgerolle a fait une classe prépa scientifique, avant d’intégrer une école de chimie à Montpellier. C’est en partant en Erasmus à Florence, en Italie, qu’elle prend goût pour la biologie, au point de continuer en doctorat. « J’aime bien les études, j’ai toujours eu envie d’apprendre » raconte la thésarde. « En thèse, tu travailles tout en restant étudiant. C’est l’idéal ».

Une thèse qui l’a tout naturellement conduite à participer au concours MT180. « Je me suis toujours dit si je faisais un doctorat un jour, il fallait que je fasse Ma thèse en 180 secondes » reconnaît Chloé Felgerolle. Un défi qui selon elle n’est pas si différent de ce qu’elle pratique déjà : « au cours des repas de famille, pour expliquer au grand-père ma thèse entre la poire et le dessert, je fais des métaphores et de la vulgarisation ».

Encadre des lycéens et pratique le théâtre

Un exercice de vulgarisation qui compte pour la jeune chercheuse, qui s’investit également dans le parcours Edifice, mis en place par l’université d’Orléans. Un projet où des thésards encadrent, de leur première à leur troisième année de doctorat, des lycéens, de la seconde à la terminale. Chloé Felgerolle encadre cinq élèves en 1er du lycée Benjamin Franklin, à Orléans, les suivant cette année pour leur TPE (Travaux Personnels Encadrés, dont la note compte pour le Bac).

Pour celle qui se dit « angoissée », le concours MT180 était aussi une occasion de sortir de sa zone de confort « en se mettant en scène ». Une activité à laquelle elle s’exerce déjà dans son club de théâtre d’improvisation (la troupe Fabrika Pulsion, basée à Orléans). Un plus qui a su la distinguer des autres candidats. « Mes collègues m’ont dit que cela se voyait que je faisais du théâtre ».

« Du fun dans la thèse »

Mais cela a-t-il suffit pour les demi-finales nationales qui se sont déroulées à Paris du 5 au 7 avril ? Pour Chloé Felgerolle, c’était surtout l’occasion d’ouvrir son horizon. « J’appréhende mais j’ai hâte. On sera entre étudiants qui font plein de sujets différents. Ça sera hyper enrichissant ».

Finalement elle n’a pas été retenue pour accéder à la finale, qui aura lieu à Toulouse le 13 juin prochain. Mais cela importe peu pour la doctorante, qui elle a déjà atteint son objectif. « Le concours apporte une grosse visibilité sur le labo et nos travaux. Puis cela ouvre de nombreuses portes pour l’après thèse. Mais cela m’a surtout permis d’ajouter du fun à la thèse ».

Le concept de Ma Thèse en 180 secondes est né en Australie en 2008, tandis que la France en est à sa cinquième édition. Chloé Felgerolle et Sarah Thierrée, respectivement 1er et 2e prix du jury à la finale régionale du concours ont représenté la région Centre-Val de Loire lors de la demi-finale nationale qui s’est tenue du 5 au 7 avril. Parmi les 56 candidats présents, 16 ont été sélectionnés pour participer à la finale française qui aura lieu le 13 juin prochain à Toulouse.

NPVS

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