A Tours, une thésarde propose une thérapie pour enfants traumatisés par la guerre

Sarah Thierrée, doctorante à l’université de Tours, a mis en place un protocole thérapeutique afin de venir en aide aux traumatisés de guerre. Un dispositif actuellement testé chez des enfants dans un centre de soutien psychologique en Syrie qu’elle a elle-même fondé. Elle a présenté ses recherches à la demi-finale nationale de Ma thèse en 180 secondes qui s’est tenue du 5 au 7 avril dernier.

Pourquoi faire une thèse ? Qu’est-ce qui peut motiver quelqu’un à entamer ce marathon intellectuel ? Peut-être est-ce par curiosité, par besoin de comprendre le monde autour de nous. Ou alors est-ce pour la démarche, pour l’amour du raisonnement et de la méthode scientifique ? Quand Sarah Thierrée a commencé sa thèse à Tours en début d’année, elle cherchait avant tout à « aider les gens ». Pour elle, la recherche est aussi un moyen de « proposer les meilleures choses à celles et ceux qui en ont besoin ».

Une thésarde engagée

Sarah Thierrée est doctorante en neuroscience à Tours, au sein de l’unité de recherche Imagerie & Cerveau (Université de Tours/Inserm). Elle a également fondé en 2017 une association No lost generation, afin de venir en aide aux victimes du conflit syrien. L’association a ainsi mis en place au nord du pays, dans le camp de réfugié Sejjo, proche de la frontière turque, un centre de soutien psychologique. Objectif de celui-ci : prendre en charge les traumatisées de guerre qui souffrent de troubles de stress post-traumatiques.

« J’ai toujours été dans l’associatif » raconte Sarah Thierrée, qui s’investit dès le lycée au sein de diverses associations. C’est plus tard, alors étudiante en psychologie à l’université, qu’elle tombe sur un reportage sur Alep, « un véritable élément déclencheur ». Elle décide alors de s’engager en tant que bénévole dans une association pour la Syrie.

Un engagement qui s’est par la suite prolongé lorsqu’elle a monté sa propre association, mais aussi également dans sa thèse. Son sujet : l’étude d’une méthode thérapeutique afin de soigner le stress post-traumatique chez les enfants. Un symptôme causé par « un traumatisme qu’on n’arrive pas à mettre à distance » explique Sarah Thierrée. « Un problème majeur où on est envahi par un sentiment de peur et d’insécurité permanentes, par des cauchemars et des flashbacks. Cela peut causer troubles anxieux, dépression, addictions en tout genre et dans le pire des cas suicide. »

Une thérapie pour soigner le stress post-traumatique

La thérapie que propose Sarah Thierrée dure une semaine. L’enfant prend dans un premier temps un médicament, le propranolol, qui a l’avantage d’être « pas cher et facilement disponible » selon la thésarde. Au bout de 90 minutes, l’enfant est ensuite exposé au récit traumatique auquel il a été confronté, au moment où le médicament commence à faire effet. Le propranolol est sensé détacher la charge émotionnelle du souvenir traumatique auquel il est associé.

Ce protocole, appelé « thérapie de potentialisation », a déjà été testé auprès de 121 enfants, dans le centre de soutien qu’a monté la jeune thésarde en Syrie. Les premiers résultats sont optimistes : elle a observé un moyenne chez ces enfants une diminution de 40 % des troubles post-traumatiques. « Il faut maintenant voir si cela va tenir sur la durée. Si c’est le cas, j’espère que cette méthode pourra être reprise par les ONG, pas uniquement dans les pays en guerre, mais aussi dans les situations de catastrophes naturelles ».

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’a amenée à participer au concours Ma Thèse en 180 secondes. « Ce qui manque dans ce que je fais, c’est la communication. Non seulement afin de sensibiliser, toucher les gens à ce qui se passe. Mais aussi afin que d’autres professionnels sachent que les méthodes existent et qu’elles fonctionnent ; que l’exigence de la recherche est compatible avec le milieu associatif et humanitaire ».

Sarah Thierrée présente sa thèse en 180 secondes

Sa performance à la finale régionale du concours Centre-Val de Loire, qui a eu lieu le 27 mars dernier, lui a permis de remporter le 2nd prix du jury (Chloé Felgerolle a gagné le 1er prix lors de la même soirée). « Une grande surprise » pour la chercheuse, émue d’avoir pu « toucher le jury sur la cause syrienne » et d’avoir pu trouver sa place dans le concours avec « un sujet difficile, qui ne prête pas à sourire. ».

Si sa prestation lui a ouvert les portes de la demi-finale nationale qui s’est tenue du 5 au 7 avril, elle n’a pas été retenue pour la finale, qui aura lieu en juin à Toulouse. Mais cela n’a que peu d’importance pour Sarah Thierrée, pour qui le concours constituait surtout « une opportunité de parler de cette cause qui [lui] tient à cœur ».

« Avec cet exercice, j’ai pu emmener les personnes avec moi, dans mon quotidien. La communication orale, c’est fantastique pour passer ce qu’on est à travers ce qu’on fait  » conclut la thésarde, qui compte ouvrir en juin un nouveau centre de soutien, cette fois-ci en Turquie.

Le concept de Ma Thèse en 180 secondes est né en Australie en 2008, tandis que la France en est à sa cinquième édition. Chloé Felgerolle et Sarah Thierrée, respectivement 1er et 2e prix du jury à la finale régionale du concours ont représenté la région Centre-Val de Loire lors de la demi-finale nationale qui s’est tenue du 5 au 7 avril. Parmi les 56 candidats présents, 16 ont été sélectionnés pour participer à la finale française qui aura lieu le 13 juin prochain à Toulouse.

NPVS

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