Ceux qui m’aiment prendront le train… en marche

Il y a vingt ans, dans un film testament, Patrice Chéreau incitait ceux qui l’aimaient à prendre le train pour assister à son enterrement, cinématographique s’entend, à Limoges. Aujourd’hui, il faudrait sans doute programmer la cérémonie un jour de non grève et anticiper les jours de fermeture de la ligne POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse) pour travaux, tant celle-ci a été laissée à l’abandon trop longtemps.

                                                                                       Par Pierre Allorant

 

La bataille du rail

Au lendemain de l’Occupation, la SNCF bénéficiait du prestige de la participation de nombreux cheminots à la Résistance et au rôle conféré aux services publics par le programme du Conseil National de la Résistance. Le film emblématique de René Clément venait exalter l’épopée des héros de la Bataille du rail, en laissant sous silence la collaboration des chemins de fer français tant au pillage des ressources françaises par l’occupant  qu’à la déportation des Juifs de France.
L’actuel bras de fer entre le gouvernement et les organisations syndicales cheminotes apparaît d’une nature évidemment très différente, même si des questions de fond, voire idéologiques, sont en jeu. Quel avenir pour le transport ferroviaire, à l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi de la libéralisation européenne ?

Le cimetière des grands projets déraillés et des trains ratés : une région enclavée et désarticulée

En région Centre-Val de Loire, ce chantier revêt une importance considérable. En effet, alors que les vagues précédentes de décentralisation industrielle ont bénéficié au territoire régional grâce à sa proximité avec la capitale, son enclavement est désormais un obstacle majeur, au moment où de nombreuses métropoles (Bordeaux, Rennes) bénéficient de liaisons rapides et de qualité avec Paris.

Pire, les villes moyennes sont très mal reliées entre elles (comment aller de Bourges à Châteauroux ? De Chartres à Blois ?), et peu connectées à la capitale régionale, elle-même coupée des aéroports internationaux et des liaisons européennes à grande vitesse. Globalement, les missions de l’aéroport de Châteauroux, de l’aérodrome de Saint-Denis-de-l’Hôtel et des projets de Châteaudun, devraient être étudiées. La priorité donnée dorénavant aux lignes de proximité n’est pas contestable, mais elle n’est pas exclusive d’une modernisation du POLT et d’une étude d’un scénario utile du POCL grâce à un véritable trajet “médian”, à savoir au Coeur de la région, apte à desservir directement non seulement Orleans et Bourges, et par ricochet Blois et Châteauroux. A défaut de relier les villes, les femmes et les hommes, comment prétendre “faire région”?

Vous avez dit intermodalité ? Un métro loire nommé désir ou de la dette au SRADDET

Au moment où la région adopte son SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Egalité des Territoires),  porter une rapide réouverture des lignes d’Orleans à Chateauneuf-sur-Loire et Chartres doit être complémentaire d’un véritable cadencement de la liaison interloire du pôle métropolitain Orleans-Blois-Tours. Il y a près d’un demi-siècle, le projet de “Métropole jardin” ambitionnait d’établir un “métroloire” le long du fleuve royal au devenir de technopole. Il est plus que temps de le réaliser.

Deux gares valent-elles mieux qu’une tu l’auras ?

A une autre échelle, celle du “Grand Orléans”, de l’aire urbaine de la capitale régionale, le temps du SCOT (Schéma de cohérence territoriale) unique s’approche, l’inter-SCOT entre la métropole et les territoires de sa proche périphérie marque un progrès. Problème de concordance des temps, le SCOT travaille sur les deux gares existantes depuis le XIXe s., alors que le président de la Métropole estime, à juste titre, utile de réfléchir à nouveau, à terme, à la perspective d’une gare unique, cette “idée neuve” portée à la Libération par la municipalité issue de la Résistance. À brève échéance, la question se pose inévitablement de la pertinence de la construction d’un téléphérique au lieu d’un “retournement” de la gare vers la rue de Joie, en cohérence avec la réussite du projet Interrives. Quitte à évoquer la pertinence de la localisation des gares pour les services attendus, le SCOT gagnerait à réinterpréter la place de la gare de Saint-Cyr-en-Val, dont un déplacement pourrait – enfin – répondre aux besoins de desserte directe et rapide des 17 000 habitants de La Source, de ses futurs 15 000 étudiants, du Grand campus scientifique, voire du Stade de l’USO? A quand la gare “Orléans- Cité universitaire” prévue dès 1960 ? La nécessité prochaine d’articuler ce campus avec celui de Porte-Madeleine, et avec les sites déconcentrés dans le Berry, renforce encore cette ardente obligation.

Mobilité, accessibilité, attractivité : le ferroviaire est bien au coeur de l’avenir de notre région. Après tant de trains ratés, depuis l’Aérotrain jusqu’à l'”Y renversé”, il est vraiment temps de prendre le bon wagon. Ceux qui aiment la Loire à vélo prendront aussi le train…en marche. Ou alors, la région du Berry et du Val de Loire sera surtout enclavée au centre de la trop fameuse diagonale du vide. Et les usagers resteront à quai, ou sur la grève, battant le pavé bien loin de la plage.

Pierre Allorant

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