Olivier Geffroy à Yves Bodard sur la sécurité : “à qui le dites-vous !”

Dans une récente tribune en deux parties publiée par Magcentre,  notre chroniqueur Yves Bodard mettait en cause les chiffres de la délinquance relayés par la municipalité devant la presse. Puis politique de lutte contre le trafic de stupéfiant qui empoisonne la vie de la  métropole et pas seulement dans certains quartiers. Maire adjoint d’Orléans pour la sécurité et la tranquillité publique, Olivier Geffroy répond ici point par point aux arguments d’Yves Bodard.

Olivier Geffroy, maire-adjoint d’Orléans.

“Bonjour M. Bodard,

Je suis, pour reprendre vos mots peu amènes, l’« élu local, usurpateur, manipulateur, statisticien de la délinquance locale » qui présente chaque année en conseil municipal, comme mon prédécesseur, l’état de la délinquance à Orléans.

Je me suis donc senti -un peu- interpellé par votre adresse caricaturale, voire insultante. Permettez donc que j’y apporte réponse.

Vous ne croyez pas aux chiffres de la délinquance. A qui le dites-vous !

Je n’ai pas la religion des chiffres. Les statistiques police donnent une indication, parmi d’autres, d’une réalité complexe à appréhender. L’existence d’un thermomètre permet toutefois de mesurer la fièvre du malade. Il permet des comparaisons dans le temps qui font sens. Voilà tout. J’en connais aussi les limites. Vous évoquez par exemple les violences physiques aux personnes : il est bien évident qu’il faut distinguer en leur sein les violences intrafamiliales des violences crapuleuses, qui sont de natures très différentes.

Mais je comprends que la baisse très importante constatée depuis 2001 à Orléans dérange votre raisonnement : pensez-vous sérieusement que la division par trois des faits de délinquance de proximité (8 659 en 2001 contre 2 245 en 2017) ne traduise pas une réelle et durable amélioration de la sécurité des Orléanais ? En répondant non, vous auriez la mémoire sacrément courte.

Des chiffres, il en faut. Ce sont ceux fournis chaque mois par l’État au maire d’Orléans, comme à tous les maires de France (oui, les chiffres sont donnés par commune, ce que manifestement vous ignorez). Je n’ai pas créé le thermomètre et ce n’est pas moi qui mesure la fièvre. Alors, le délire sur la manipulation des chiffres, vous repasserez !

Des chiffres, j’en ai ajouté. J’ai voulu compléter les statistiques de la police nationale par des indicateurs d’activité de la police municipale, afin d’améliorer le thermomètre et de mieux appréhender le rendu compte de la réalité. Complexe, vous dis-je.

Des chiffres, vous en donnez vous-même. Ceux des interruptions temporaires de travail. Je ne savais pas qu’elles faisaient partie des indicateurs de la délinquance du ministère de l’Intérieur. Cela ne me pose aucun problème que vous les demandiez à l’État. Pour ma part, je peux vous donner d’autres chiffres, ceux par exemple des policiers municipaux d’Orléans agressés en service : 29 en 2002 contre 36 en 2017.

Ce qui a fondamentalement changé, ce n’est pas à mon sens la judiciarisation à outrance, contrairement à ce que vous prétendez. Ce qui a changé, c’est la volonté d’apporter des réponses opérationnelles fondées en droit à des problématiques de sécurité que rencontrent les Orléanais dans leur vie quotidienne : rassemblements, squats, trafic de stupéfiants,…

Pour tout vous dire, j’ai essayé de comprendre le sens profond de votre billet qui arrive trois mois après ma communication en conseil municipal. J’ai essayé, vraiment…et puis j’ai renoncé. Je n’ai pas non plus compris pourquoi vous stigmatisiez les jeunes. A vous lire, ils seraient les premiers responsables –coupables ?- d’actes de délinquance. Curieux.

La théorie de la déconstruction chère à Laurent Mucchielli, dont les ouvrages semblent ne pas quitter votre chevet, n’a rien de nouveau. Elle tente de démontrer depuis 15 ans l’inefficacité des politiques de sécurité, de dénoncer les mensonges des élus,…et j’en passe et des meilleures.

Les chercheurs ont raison de chercher : c’est ce que j’ai dit à Laurent Mucchielli sur RMC il y a quelques jours dans un débat sur la vidéo-protection (qui est pour lui un « bluff » !). Moi, je suis un élu local, je dois non seulement chercher mais aussi trouver.  Voilà la grande différence.

Plutôt que vos fantasmes sur les « peurs » et vos insultes -« usurpateurs » ou « manipulateurs »-, j’aurais aimé vous lire sur vos solutions pour faire baisser la délinquance, renforcer le sentiment de sécurité, lutter contre les rodéos, les squats d’immeubles, les trafics de stupéfiants, etc…

J’attends donc vos propositions avec intérêt. Chiffres à l’appui, bien sûr.”

O.G

Commentaires

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  1. C’est bien,un petit éduc de peu qui fait réagir un élu en place..Merci de votre réponse mais à quand un débat les yeux dans les yeux…C’est quand vous voulez! Bientôt la suite de mon argumentation….A vous relire! Respectueusement mais sans langue de bois.

  2. Bien vu Olivier. Une fois de plus, tu as le verbe qui fait mouche ! Les faits sont là, n’en déplaise à Yves BODARD !!! L’insécurité a fortement diminué sur Orléans grâce à une politique de fer qui a porté ses fruits : nous avons allié prévention et répression, et les résultats sont là et bien là ! Florent a fait beaucoup, Olivier continue de main de maître ! Vous ne voulez pas le voir Yves BODARD, tant pis pour vous ! Les Orléanais dont je suis l’ont d’ores et déjà fait pour vous. La plus belle preuve de cela sont la victoire en 2008 au second tour après que nous ayons frisé la réélection dès le 1er tour (198 voix sur de mémoire plus 46000 votants nous ont manqué pour repasser immédiatement) et celle de 2014… DÈS LE 1ER TOUR !!! Et pas simplement avec 50,xx % des voix. NON ! Avec 54,35 % des suffrages et 2 élus de bonus (44 donc au total contre 42 si nous avions fait 50,xx %). Cela ne vous suffit toujours pas ? J’ose espérer que si.

    Signé d’un Orléanais sans langue de bois ni politiquement correct qui aime bien les faits, tous les faits, rien que les faits. Et là, ils sont plus qu’implacables !!!

    • Cher Thomas,prenez au moins toutes les informations. Des propositions,j’en fais quasi caque jour et elles sont construites!.Mensonges et mépris,tout le côté sombre des politiqies..A suivre ma réponse à Monsieur Geffroy

  3. Il y a des sujets sensibles qu’ils vaut mieux taire ou solutionner d’une façon buvable pour faire prendre la potion à une population malade de subir une réalité qui s’aggrave depuis déjà bien longtemps.

  4. Monsieur l’élu,votre mauvaise foi ne vous honore pas puisque j’ai remis à tous les élus-es de la région,du département et de la Métropole, notamment à Monsieur Carré, maire d’Orléans un certain nombre de propositions notamment pour agir en amont et un projet sur la prévention de la radicalisation qui avait été présenté par Monsieur Sueur rapporteur de la loi au Sénat. Ces propositions sont passées entre vos mains.Monsieur Carré s’est aussi emparé du projet TAPAJ que je lui présenté et qu’il souhaite porter au niveau de la métropole.En 2007,dans mon bouquin “Banlieues,de l’émeute à l’espoir” préfacé par Jean-Pierre Rosenczveig ou encore “Vies cabossées et miettes d’espoir” en 2011 préfacé par Stéphane Hessel dont il est difficile de remettre l’intégrité en cause,j’avais démontré que la surenchère du tout sécuritaire était voué à l’échec. Enfin,en 2013,dans mon petit manifeste “Ose” paru lors des élections municipales et préfacé par Alex Vagner dont l’action continue et déterminée de terrain sur l’emploi et l’emploi des jeunes vaut légitimité et caution de mon action,j’avais décliné 18 propositions qui avaient été relayées par les médias locaux! Je sais que l’amnésie est la maladie la plus cultivée par les politiques mais là,vous poussez le bouchon un peu trop loin. Je conteste et j’assume mes positions mais j’ai toujours des propositions à faire vivre.Convenez-en!Débattons et co-construisons si vous êtes capable de me rencontrer sur le terrain des réalités que j’arpente depuis plus de 30 ans.Ne méprisez pas les gens de terrain du haut de votre perchoir. Serge Grouard qui avait le même mépris à mon endroit en est tombé….Bientôt votre tour??

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