À Orléans, Jeanne est comme le soleil : au zénith de la popularité

Les 589e Fêtes de Jeanne d’Arc se sont déroulées sans ombre ni nuages au tableau. Du moins en ce qui concerne la ferveur populaire. Même si le temps estival, les vacances scolaires et les ponts des jours fériés ont dû éloigner certains Orléanais, la foule était là pour Mathilde, et pour « leur » Jeanne.


« La première fois, j’ai eu grand peur. Je ne savais ni monter à cheval ni faire la guerre », a dit Jeanne d’Arc dans les premiers moments de son procès, à Rouen. C’est Édouard Philippe, Premier ministre mais on pourrait presque écrite « le prince Édouard Philippe Ier » qui s’est plu à rappeler à la foule, massée place Sainte-Croix, rue Jeanne-d’Arc, rue Royale et place du Martroi pour écouter le discours (très) officiel du président de la journée du 8 mai, les Minutes du procès de Jeanne d’Arc. Une époque «  d’un roi sans autorité, d’un royaume en proie aux luttes intestines (…), d’une armée découragée, et celle d’un peuple qui doute » a-t-il poursuivi, en ajoutant non sans une certaine dose de perfidie : « toute ressemblance avec d’autres époques plus contemporaines serait fortuite ».

“Je ne crains pas le soleil, je passe mes vacances en Corse !”

Ceux qui ne doutent pas, ce sont les gens. La foule – nombreuse, même si peut-être moins que les autres années, quand les vacances scolaires conjuguées à une semaine remplie de jours fériés et au soleil estival ne viennent pas troubler l’ordre établit – est venue célébrer Jeanne, « leur » Jeanne. Celle qui « a quand même libéré notre ville », comme le dit Geneviève, alias « Ginou », retraitée parisienne venue à Orléans il y a longtemps à cause de son asthme car « ici, on respire mieux ». Craignait-elle le soleil qui frappait fort en ce 8 mai étonnamment estival ? « Je passe mes vacances en Corse, alors le soleil je ne le crains pas » dit-elle arborant fièrement un chapeau de paille agrémenté d’un ruban imprimé d’un « Corsica » à faire rougir les indépendantistes… Venait-elle pour Jeanne, ou aussi un peu pour Édouard Philippe, la guest-star du jour ? « On ne peut pas dissocier les deux ! » s’est-elle exclamé sans hésiter. Le soleil tapait drôlement fort quand même…

“C’est lui l’maire d’Orléans ?”

« Elle parlait bougre bien » disait un des compagnons d’arme de la Pucelle. Le peuple venu célébrer les fêtes de Jeanne d’Arc aussi. Vox populi… Après avoir entendu le Premier ministre citer Gambetta, Jaurès, Michelet, Malraux et même un certain Emmanuel Macron, ce dernier s’est offert un beau bain de foule, à peine troublé par quelques « ouh ! » réprobateurs mais qui les a vraiment entendus ? Pas Jean et Christiane, qui ne rateraient pour rien au monde les fêtes. « Vous avez entendu des huées vous ? » nous demande-t-il, alors que c’est quand même à nous de poser les questions… « Non ? Bon alors, ça prouve bien qu’il est populaire ! » souffle Jean, en chemisette et casquette. « On n’est pas d’accord avec tout ce qu’il dit et ce qu’il fait, mais ce qu’on veut c’est qu’il fasse le travail » ajoute-t-il. Approbation de Christiane qui dit « ça oui, on n’est pas d’accord sur tout ! ». Cette fichue CSG qui ne passe toujours pas…À moins que ça ne soit les APL ? « Ils disent bonjour et puis après ça ira manifester ! » se gaussent Félicien et Nick, la petite trentaine décomplexée, en tongs. « C’est lui l’maire d’Orléans ? » demande cette quadragénaire en voyant Olivier Geffroy entouré des drôles de dames du conseil municipal, ceintes de leurs écharpes d’élues. « Non Madame, lui c’est un adjoint au maire… ». Pour l’instant.

Les adjoints et conseillers municipaux, sous le soleil, exactement. Juste en dessous.

Place du Martroi, la statue équestre de Jeanne – qui en a vu d’autres et pas des moindres – regarde placidement passer le défiler. Sous les arcades de la rue Royale qui débouche sur la place, le grand Édouard Philippe – qui toise tout le monde d’une bonne tête voire plus – salut une petite fille sur les épaules de son papa : « Salut mademoiselle ! Tu es magnifique avec tes lunettes de soleil ! » lui lance-t-il, sans vergogne. Évidemment, si Édouard Philippe se met à faire du Jean Lassalle, pas étonnant qu’il soit populaire. Il ne lui manque plus que l’accent et un béret. D’ailleurs ce 8 mai à Orléans, ça lui aurait peut-être évité de prendre un coup de soleil.

F.Sabourin

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