Orléans : le regard d’un Anglais sur les fêtes johanniques

Un Anglais aux fêtes johanniques, cela paraît pour le moins incongru, et même assez ironique. Pourtant, cette année Alex F., étudiant de 25 ans à Manchester, a eu envie de voir à quoi ressemblaient ces célébrations autour de Jeanne d’Arc, la jeune femme qui s’était donné pour mission de bouter les Anglais hors de France. Alors, après ces quelques jours de fête, quel regard porte-t-il sur ces festivités ?

(c) Marie-Line Bonneau

Cette année, la faute à une petite amie orléanaise, Alex a décidé de participer aux fêtes johanniques et d’aller voir d’un peu plus près les célébrations autour de celle qu’il appelle « Joan of Arc ». Au menu : visite du village médiéval à la Source, shopping au marché du Campo Santo, admiration devant le son et lumière de la cathédrale et applaudissement au défilé du 8 mai. Cela ne commence pas très bien, à peine arrivé en France, il goûte à une autre de nos spécialités locales : la grève. Pas beaucoup de trains et des problèmes également avec Air France ; Alex va devoir repartir plus tôt et ne pourra pas assister au défilé du 8 mai . Déception pour cet Anglais, qui a par ailleurs un peu peur de n’être pas forcément le bienvenu à ces fêtes, notamment à cause de la mort de Jeanne que l’on doit à ses lointains ancêtres.

L’inutile polémique d’une Jeanne d’Arc métisse

C’est donc assez surpris qu’il découvre que les Orléanais ne tiquent pas lorsqu’ils parlent anglais et sont même dans l’ensemble plutôt sympas, n’en déplaise au cliché qui nous colle à la peau. Pour son premier jour, direction la Clairière à la Source, pour visiter le village médiéval et voir le spectacle de fauconnerie. En ce samedi aux températures estivales – que l’Anglais, habitué à la pluie, n’apprécie que modérément -, il est aussi prévu d’apercevoir Mathilde, Jeanne d’Arc 2018, attendue au village pour 17h. L’ambiance du village, avec tous les costumes, les tentes, et les armes, intéresse fortement Alex. Mais c’est avec le spectacle de fauconnerie, notamment avec le vautour nommé Scarface, que l’adhésion est complète. Vient ensuite l’arrivée de Mathilde sur son cheval, avec ses compagnons d’armes et ses pages. Alex prend une rafale de photo. Il ne comprend pas bien la polémique qui a eu lieu lors de la nomination de Mathilde et ne voit pas en quoi une Jeanne d’Arc métisse est choquant. « Si vous aviez une nouvelle Jeanne d’Arc aujourd’hui, elle ne serait pas forcément blanche ! Il y a beaucoup de diversité maintenant dans la société française, et c’est une bonne chose », explique-t-il.

Pour lui, Orléans a su préserver son Histoire

Dimanche, l’ambiance médiévale est à son comble au Campo Santo , et Alex, curieux, observe les costumes médiévaux vendus dans les différentes échoppes. « Vous avez vraiment reconstitué un marché du Moyen-âge, c’est super ! Ce qui est bien avec Orléans, c’est que vous avez réussi à préserver votre Histoire, et que tout le monde semble intéressé et touché par ce qui s’est passé, dit-il. Je viens du nord de l’Angleterre, et là, à cause de l’industrialisation accélérée du XIXe, on a perdu beaucoup de notre Histoire et de nos traditions. Les usines ont remplacé la plupart des rues médiévales, et nous n’avons plus beaucoup de bâtiments de cette époque » regrette Alex. Pour l’heure, il a décidé de goûter à l’hydromel avant de se laisser tenter par la fameuse bière « La Pucelle d’Orléans ». Seul petit bémol concernant le marché médiéval : pour lui, la plupart des échoppes proposent des produits qu’il pourrait facilement retrouver en Angleterre.

Le moment qu’il attend le plus est le son et lumière sur la cathédrale . Alors lundi soir, à 22h, il fait partie du public rassemblé dans la rue Jeanne d’Arc. La cérémonie de la remise de l’étendard commence, avec l’orchestre. Et Alex reconnaît, surpris et décontenancé, le son des cornemuses. Que viennent-elles donc faire là ? Il faut alors expliquer que les Écossais nous ont prêté main forte à l’époque contre l’invasion anglaise. Les relations entre l’Écosse et l’Angleterre ont toujours été un peu tendues, et Alex marmonne quelques mots en anglais à ce sujet, que nous décidons de ne pas traduire dans cet article.

« Ça y est, c’est le moment où Jeanne d’Arc est brûlée ? »

Après les longs discours en français, le son et lumière commence. Et là, pas besoin de traduction, les images qui s’affichent sont universelles. Alex apprécie beaucoup le show, reconnaît Napoléon et la bataille de Waterloo. Les dernières images, avec l’Europe en gros plan, le font soupirer, lui qui tient à dire qu’il était contre le Brexit.

Les tours de la cathédrale s’embrasent, de la fumée blanche s’élève dans le ciel. « Ça y est, c’est le moment où Jeanne d’Arc est brûlée ? » demande Alex. Ah. Petit malentendu, rapidement dissipé : Jeanne d’Arc a été brûlée à Rouen et il est hors de question de brûler ici celle qui a délivré Orléans. Alex semble déçu mais comprend. Le son et lumière terminé, il est déjà temps de rentrer faire ses bagages car le séjour touche à sa fin.

Alors, que retient Alex des fêtes johanniques ? « J’ai trouvé ça vraiment intéressant. Et ce que j’ai le plus aimé, c’est le son et lumière. C’était vraiment magnifique, je m’en souviendrai longtemps ! J’ai aussi été touché par une phrase du discours, qui disait « nos ennemis d’hier sont nos amis d’aujourd’hui ». C’est vrai, nous avons un lourd passé en commun, mais aujourd’hui nos pays sont amis. Je n’aurais pas pu être là ce soir sinon ! ». Il promet de revenir l’an prochain pour de nouvelles fêtes johanniques, et va d’ailleurs recommander à ses amis d’aller aussi y faire un tour. Il termine en plaisantant : « Par contre pour l’orchestre, vous étiez vraiment obligé d’inviter les cornemuses ? »

Valentine Martin

Commentaires

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  1. Alex F. existe-t-il, où dit-il ce que pense l’auteur de l’article ? Comme nous sommes dans un média d’information, on peut penser qu’il existe.
    Et là, c’est ce qui est détestable dans la presse de 2018 (radio et télé largement comprises): on fait parler quelqu’un dont on cache le nom (à la télé, on floute à tire- larigot).
    De deux choses l’une: soit ce témoignage est intéressant, et on cite son auteur, soit on s’abstient. Et si la personne ne veut pas apparaître clairement, eh bien, en bon journaliste, on prend son courage à deux mains, et on cherche un autre interlocuteur !

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