Les expositions parisiennes du printemps

par Bénédicte de Valicourt

Mai 68 à l’affiche 

Toujours compliqué de ne pas tomber dans les clichés rebattus à chaque commémoration décennale de mai 68.  Les 50 ans -et oui quand même !- de ce qui fut la plus grande grève générale de l’histoire française, ne tombent pas dans ce travers, grâce à deux expositions interrogeant avec acuité la mémoire visuelle de ce moment d’histoire contemporaine. A la Bibliothèque nationale de France (BnF), les commissaires ont choisi de se demander pourquoi certaines images, comme celle de Cohn-Bendit par Gilles Caron, sont devenues des icônes alors que tant d’autres sont retombées dans la poussière de l’oubli. On suit leurs parcours sinueux jusqu’aux feux de la rampe, à la une des magazines les plus prestigieux, parfois des années plus tard. Aux Beaux-arts de Paris, c’est le rapport entre l’art, la politique et les luttes sociales, intimement liés, selon les commissaires, qui est mis en lumière… Avec, couvrant de haut en bas les murs du hall d’entrée de l’auguste maison, les affiches créés et imprimées la nuit au sein de l’atelier populaire de l’institution.

Fondation Gilles Caron ©Gilles Caron

Etudiants, professeurs et artistes, s’y retrouvaient de mi-mai à fin juin, avant d’en être délogés par la police. Certaines, comme le célèbre « la chienlit c’est lui », montrant une silhouette de de Gaulle, ont été placardés sur les murs de la capitale avant de franchir les rampes de la notoriété. D’autres, qui n’avaient pas été adoubées par le comité politique sont restées dans les tiroirs et c’est l’occasion ou jamais de les découvrir. Comme ces tableaux, affiches et photos sur les luttes politiques et sociales postérieures de l’extrême gauche française jusqu’en 1974, exposés dans les autres salles. On passe ainsi d’un tableau de fédayins de Rancillac à un film de Chris Marker sur Lip ou à une composition d’Annette Messager, intitulé « les Tortures volontaires », qui interroge l’impératif esthétique assigné aux femmes. Le tout donne un panorama de l’ambiance dans laquelle baignait l’extrême gauche française. Et si certains thèmes nous paraissent aujourd’hui désuets ceux sur les prisons, le droit des femmes, des immigrés ou l’environnement raisonnent étrangement avec notre époque. 

En savoir + : « Images en lutte », jusqu’au 20 mai Beaux-Arts de Paris www.beauxartsparis.fr  et « Icônes de Mai 68, Les images ont une histoire ». BnF de Paris jusqu’au 26 aout : www.bnf.fr

« Dancing in the Street », Peter Knapp et la mode (1960-1970)

C’est avec une certaine ivresse de la liberté que Peter Knapp, amoureux de la photographie, mais aussi plasticien, dessinateur, graphiste, réalisateur, et scénographe, a collaboré dans les années 60-70 au magazine Elle. Né en 1931 en Suisse, il se forme dans une école d’art de Munich et aux Beaux-arts à Paris avant d’entrer à 28 ans chez Elle où il porte la double casquette de photographe et de directeur artistique. Il collabore ensuite avec Stern, Vogue et le Sunday Times magazine, cherchant toujours à sortir des studios et à capturer l’ambiance de la rue. Il fait rire, chanter, danser ses modèles, tout en conservant une grande rigueur graphique, héritage du Bauhaus, rendant ainsi avec force l’ère d’indépendance et de liberté à laquelle les femmes accèdent peu à peu. 
A voir à la Cité de la Mode et du Design (Paris 13e), jusqu’au 10 juin, à la
Cité de la mode et du design. www.citemodedesign.fr

« Les 7 Vies d’un cinéaste »

Pour entrer de plein pied dans l’univers complexe du cinéaste Chris Marker, le visiteur passe par un corridor tapissé de photographies du studio du XXe arrondissement, dans lequel il a vécu jusqu’à sa mort en juillet 2012, à l’âge de 91 ans.  L’alignement complexe de livres, VHS, DVD et machines (caméras, ordinateurs, lecteurs de cassettes ou de disques numériques) raconte le passage de l’analogique au numérique et parcourt l’œuvre immense de cet  artiste qui s’est confondu avec son siècle. Puis on chemine à travers la vaste œuvre de celui qui fut aussi écrivain photographe, plasticien, musicien. On va avec lui en Sibérie, en Guinée-Bissau, Aubervilliers, Tokyo et dans le bloc socialiste (URSS, Chine, Corée du Nord, Cuba…) avant que Marker ne se transforme en prophète et photographe de Mai 1968. Et on achève ce parcours foisonnant en se lovant pour 3 heures devant Le fond de l’air est rouge (1977)… « Les 7 vies d’un cinéastes », et rétrospective des films de Chris Marker. La cinémathèque française jusqu’au 29 juillet
www.cinematheque.fr

« La photographie française existe… je l’ai rencontrée »

Contrairement à ce que pensaient les Américains dans les années 70, la photographie française existe. Et elle s’expose en majesté à la MEP avec des artistes aussi différents que Bernard Plossu, Orlan, Sarah Moon, Bettina Rheims, Christine Spengler,  Pierre et Gilles, Raymond Depardon ou Françoise Huguier pour ne citer qu’eux. C’est Jean-Luc Montessoro qui a tenu à les rassembler à l’occasion de son départ de la MEP qu’il a fondé en 1978. Jusqu’au 20 mai à la MEP. www.mep-fr.org

“L’épopée du Canal de Suez, des pharaons au 21ème siècle”.

Le canal de Suez vu par le satellite Copernicus Sentinel-2A, 2017 @DR

Contrairement aux idées reçues, c’est le pharaon Sésostris III, qui a le premier relié le Nil à la mer rouge, 18 siècles avant notre ère. Un canal antique, largement ensablé par la suite, qui vit le jour bien avant la construction du canal de Suez, inauguré en grande pompe en 1869.

Affiche – Canal de suez

Avaient fait le déplacement des représentants de toutes les familles royales d’Europe, des envoyés du sultan, de l’empereur d’Autriche et même l’impératrice Eugénie, hôte d’honneur du Khédive Ismaïl, qui avait commandé à Verdi un opéra pour l’occasion. C’est dire l’importance de l’évènement, qui marqua l’époque et profita même au Caire qui se  rénove  au même moment, sur le modèle d’une ville européenne, marquant ainsi  la renaissance égyptienne. Une histoire passionnante, celle de l’une des plus grandes entreprises humaines, à découvrir à l’Institut du Monde arabe, jusqu’au 5 août. www.imarabe.org

Et aussi

Artistes et robots

Un robot peut-il se substituer à un peintre, à un sculpteur ou à un musicien ? Réponse au Grand Palais qui présente les tableaux, sculptures, installations immersives, et la musique générée par des logiciels d’ordinateurs et des robots conçus et programmés pour être des artistes. De quoi pousser l’humain dans ses retranchements…. Jusqu’au 9 juillet 2018. www.grandpalais.fr

Mode majeure

Martin Margiela, « L’homme invisible de la mode », est sur le devant de la scène avec deux expositions parisiennes majeures. De quoi lever le voile sur cet atypique styliste belge qui a fait de l’effacement de l’individualité, du construit déconstruit, des volumes oversize et du « blanc de Meudon » sa marque de fabrique. 

Margiela, les années Hermès », Arts déco (Paris 1er) jusqu’au 2 septembre www.madparis.fr

Margiela-Galliera, 1989-2009 », musée Galliera jusqu’au 15 juillet.  www.palaisgalliera.paris.fr

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.