Orléans : Sylvain Tesson, « Homère, notre père »

L’auteur d’Un été avec Homère, son dernier ouvrage paru, était de passage à la Librairie Nouvelle d’Orléans, mardi 15 mai. Une bonne centaine de lecteurs – et surtout lectrices – étaient venu écouter l’écrivain bourlingueur distiller « les mots ailés », comme aurait dit Homère…


Il n’a pas signé un seul livre, pris par le temps – trop court – dont il disposait pour cette rencontre à la Librairie Nouvelle d’Orléans, mardi 15 mai à l’heure de l’happy hour. Il n’a pas signé un seul livre, mais la centaine de fans ont littéralement bu ses paroles, grisés par le soleil, le vent, les odeurs des Cyclades, comme il a dû lui-même l’être lors de cet Été avec Homère qu’il passa à rédiger ce livre de chroniques radiophoniques dans un pigeonnier vénitien du XIVe siècle. Il est comme ça Sylvain Tesson, ce besoin viscéral de se mettre dans l’ambiance, comme lorsqu’il passa six mois dans une cabane au bord du Lac Baïkal en 2010 pour en tirer Dans les forêts de Sibérie. Il a fallu choisir entre la conversation à bâton rompu avec le maître et repartir avec des livres signés sous le bras. Les lecteurs ont choisi : ce sera la conversation avec Tesson.

Certains dans l’assistance ont loué « la fluidité d’un discours », lui qui pourtant souffre d’une paralysie faciale de la moitié du visage depuis sa chute en août 2014 du toit de la maison de son ami Jean-Christophe Rufin dans les Alpes qui le laissa comme mort après 8 mètres de vide. Lui parle de « jouissance de l’écriture », dans « une forme d’enfermement qui consiste à croire qu’on ne sera pas lu, comme la jeune fille rédige son journal intime qu’elle ferme avec un cadenas ». « Qui était Homère ? » demande timidement une lectrice. L’auteur de Bérézina ou de Sur les chemins noirs n’a que quelques minutes pour répondre. « C’est finalement une question très annexe. Était-il un génie qui a tout écrit lui-même ? Un homme qui a collecté plusieurs écrits ? Il y a aujourd’hui une peopolisation qui consiste à considérer la biographie d’un auteur plus importante que l’oeuvre elle-même… ». Qu’il résume aussi dans une de ses formules ciselées : « Homère, notre père » (1).

Une autre lectrice – décidément que de femmes admirent l’écrivain / homme des bois ! – le lance sur cet art consommé de l’aphorisme. Cette forme littéraire de dire en un minimum de mots une image, et une morale en même temps. Erik Satie, grand pourvoyeur d’aphorisme, ne disait-il pas ; « En matière de modestie, je n’ai de leçon à recevoir de personne ? ». Ou Kundera : « Être dans le vent est une ambition de feuille morte » ? Winston Churchill aussi s’adonnait à cet art que peu savent vraiment maîtriser : « De Gaulle, on dirait une femelle lama qui sort du bain ». Tesson cite Vialatte : « L’homme n’est que poussière. C’est dire l’importance du plumeau ! ».

Mais c’est encore lui, le wanderer (le « vagabond »), la figure du voyageur qui partait dans la campagne pour faire disparaître une certaine mélancolie intérieure, qui se définit le mieux lui-même, dans Une très légère oscillation (journal 2014-2017) : « Fuir dans la montagne, dormir dans les bois, lire peut-être ? ». Homère, le premier wanderer le questionne-t-on ? « Non, Ulysse, il veut rentrer chez lui… ! ». Et nous on sort dans les bois avec les livres de Sylvain Tesson, pour « sucer la moelle secrète de la vie », comme écrivait Walt Whitman dans les Feuilles d’herbe.

F.Sabourin

(1) Une très légère oscillation. Journal 2014-2017. Éd. Équateurs 2017.

Sylvain Tesson : Un été avec Homère. Éditions Équateurs (coll. Parallèles). 

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