Saran : un mois de commémoration pour les 50 ans de mai 68

« Que reste-t-il de mai 68 ? » C’est avec cette question que la commune de Saran (45) commémore les événements qui ont bouleversé la France il y a 50 ans. Au programme durant le mois de mai : expositions, concert et rencontres, dont une conférence qui s’est tenue le mercredi 2 mai à la salle des fêtes.

 

« Mai, fait ou défait ». Il s’agit d’un dicton agricole, soulignant l’importance du mois de mai sur la qualité des cultures. Ce dicton paraît pourtant étonnamment approprié quand on évoque mai 68, tant ce mois a laissé un impact sur la culture française. Mais 50 ans plus tard, « que reste-t-il de mai 68 ? » Une question qui est au cœur des commémorations qui ont lieu dans la commune de Saran (45), en banlieue d’Orléans. Pendant le mois de mai, la ville communiste propose en effet plusieurs événements pour se remémorer le mouvement de contestation qui secoua la France il y a un demi-siècle, alors que le pays connaît à nouveau une vague de mouvements sociaux.

Des événements sur tout le mois

“Mai à la une” à la fenêtre de la mairie

Les curieux pourront ainsi découvrir trois expositions en plein air autour de la mairie de Saran, de la médiathèque, ainsi que sur les grilles de l’école du Chêne Maillard et dans le foyer pour seniors Georges-Brassens. Trois expositions pour trois thématiques : « l’image contestataire », montrant les affiches réalisées par les ateliers des Beaux-Arts et des Arts décoratifs ; « mai à la une » sur les unes de presse durant mai 68 ; et « le tract en révolte » expliquant comment les tracts ont joué un rôle durant les événements de mai et juin 1968. Outre les expositions, une rencontre littéraire sera organisée le 15 mai à la Médiathèque avec Julien Luchini, éditeur du livre “Mai 68 par celles et ceux qui l’ont vécu”, ainsi qu’un concert, prévu le lundi 28 mai à 20 h 30 au théâtre municipal.

S’est également déjà déroulée une conférence de Gilbert Garrel, président de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT. Celle-ci a eu lieu le mercredi 2 mai à la salle des fêtes de Saran. Le syndicaliste commence la conférence en remettant en contexte mai 68. Il dresse ainsi le portrait d’une France aux « inégalités fortes ». Le président De Gaulle exerce un pouvoir fort et gouverne par ordonnance. Il incarne une France autoritariste, en incompréhension avec une autre frange de la population. Une frange incarnée entre autre par la jeunesse. Les années 60 sont marquées par le baby-boom : une personne sur trois a moins de 20 ans et le nombre d’étudiants a doublé entre 1962 et 1968.

Des contestations de toutes parts

Si c’est à cette jeunesse, et aux révoltes étudiantes en particulier, qu’on associe le plus souvent mai 68, Gilbert Garrel tenait également à rappeler l’importance des mouvements ouvriers, en particulier en amont. « Les ouvriers incarnaient en effet la moitié des salariés de France, et l’exode rural était particulièrement fort. Depuis 1963, les grèves et les manifestations se multiplient, et les syndicats signent un accord afin d’unifier leurs actions dès 1966. »

Gilbert Garrel souligne aussi les réclamations des travailleurs immigrés, de plus en plus nombreux, qui demandent les mêmes droits que les autres salariés. Le syndicaliste rappelle que 3 millions d’immigrés sont mal payés et mal logés, vivant notamment dans les bidonvilles qui s’installent en périphérie des grandes villes.

Enfin, bien que les femmes puissent travailler sans l’accord de leur père ou mari depuis 1965, et que la contraception soit légalisée par la loi Neuwirth en 1967, la France reste très patriarcale et machiste. « Un carcan que de nombreuses femmes contestent et souhaitent rompre ». C’est dans ce contexte très particulier que « l’explosion » mai 68 a pu prendre forme.

Une société idéologiquement fermée

Si la suite de la conférence revient sur le déroulement de mai 68, un moment est également consacré à un échange avec des membres du public. Certains évoquent leur souvenir des événements, dont un homme, qui était alors en terminale au lycée Pothier d’Orléans : « Je me rappelle surtout d’une société idéologiquement fermée, très pesante et pudibonde. Il n’y avait pas de syndicat au lycée. A l’époque, il fallait militer en cachette ».

Une dame, qui n’avait que 8 ans en 1968, se souvient surtout d’un mois de mai sans école, mais aussi des pénuries dans les magasins. « Il n’y avait pas de lait, pas de sucre. Mes parents avaient peur de ce qu’ils entendaient dans les médias. Ce n’est que 10 ans plus tard, avec mon premier emploi à l’usine, que j’ai compris l’importance de mai 68 dans l’histoire des luttes et des acquis ».

Vers un mai 2018 ?

Michel Guérin et Gilbert Garrel

Michel Guérin, cheminot retraité et ancien maire PCF de Saran, évoque mai 68 dans le Loiret, et son implication d’alors en tant que secrétaire général de la CGT cheminots d’Orléans. « On allait dans les usines du coin et on expliquait aux travailleurs qu’ils avaient des droits et qu’ils étaient exploités. Au final, ce sont 17 entreprises qui ont fait grève. J’ai été convoqué par Jacques Juillet, le préfet du Loiret de l’époque. Il m’a dit que je ne ressemblais pas à un bandit de grand chemin, que je n’avais pas l’air dangereux. Je lui ai répondu que je n’étais pas plus dangereux qu’un préfet. Que son rôle, c’était de défendre les riches, et le mien de défendre les travailleurs. »

Suite à ce témoignage, un cheminot, qui n’était pas né en 1968, insiste sur l’héritage de mai 68 et l’avenir des luttes : « on dit qu’il faut refaire mai 1968. Mais on ne refera pas mai 68, pas plus qu’on refera 1936 ou 1995. Faisons plutôt 2018 ». Si mai 68 a certainement autant fait que défait, mai 2018, reste pour sa part à faire.

NPVS

Commentaires

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  1. Que reste-t-il de mai 68 ?
    J’avais 16 ans, je me souviens d’un “joli” bordel, de grandes vacances, d’avancées sociales et sociétales, un Général énigmatique “qui fait son show”, une dissolution de l’Assemblée Nationale et une déroute de la gauche communiste et socialiste (seulement 1/4 de députés à l’assemblée) !
    Le parti Gaulliste rafle une majorité absolue, à quoi il faut rajouter les autres partis de droite et du centre droit.
    Savoir qu’il y avait de l’argent dans les caisses de l’Etat et un chômage quasiment inexistant (2 %), c’était le bon temps !
    Que reste-t-il de mai 68 ?
    Quelques municipalités communistes qui commémorent un mai/juin 68 qui est l’un des plus beaux échecs politiques, de ceux qui pensaient prendre le pouvoir en faisant la révolution ?
    NB : les communistes n’étaient pas les plus ridicules, je me souviens d’un François Mitterrand (FGDS) qui tente un coup d’état, RI DI CU LE !

  2. le mouvement de mai 68 est caractérisé par une vaste révolte spontanée anti-autoritaire (« ici et maintenant »), de nature à la fois culturelle, sociale et politique, dirigée contre le capitalisme, le consumérisme, l’impérialisme américain.
    C’est sans doute pour cette raison que la municipalité de Saranaise peut être fière après la création de Cap Saran qui est entrain de faire mourir le centre ville d’ Orléans et son agglomération. Les temps changent le PCF qui était partie prenante contre le consumérisme à tourné sa veste et la grenouille veut se faire aussi grosse que le bœuf

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