Orléans – tourisme chinois : tout est affaire de bouilloire

Un label « Accueil touristes chinois » est remis par la mairie d’Orléans Métropole et Val de Loire Tourisme à 35 commerçants, restaurateurs, hôteliers, magasins, compagnies de transport etc. Ce référentiel coécrit avec Yangzhou, en Chine, se veut précurseur en la matière et Orléans vise la reconnaissance nationale voire international de ce label. Et comme souvent, tout commence par des petits détails insoupçonnés.

L’historien médiéviste Jacques Le Goff écrivait, au sujet des croisades, que « la meilleure chose qu’on en ait finalement rapporté, c’est l’abricot ». Avec Yangzhou, ville chinoise jumelée avec Orléans, on écrira peut-être : « la meilleure chose qu’on en ait rapporté c’est une bouilloire ». Les influenceurs auraient-ils par hasard inventé l’eau chaude ? Non, assurément mais ils ont rapporté dans leurs bagages l’idée des bouilloires, à mettre à disposition dans les chambres d’hôtels ou chambres d’hôtes pour les touristes chinois. Car le touriste asiatique aime l’eau chaude, voyez-vous, c’est comme ça. Pour se faire du thé (vert, de préférence) et des nouilles, à n’importe quelle heure de la journée. Une marque d’attention qu’ils apprécient, un peu comme un Français bien de chez nous aime bien retrouver du pain frais avec du beurre le matin au petit déjeuner, et une petite anisette avec des glaçons à partir de 19h…

100 avions chinois atterrissent à Roissy chaque semaine

L’idée n’est pas nouvelle, Pascal Delage, dirigeant du Novotel de La Source y avait déjà pensé, et en plus de ces bouilloires d’accueil, il propose aussi “des petits chaussons”, car les touristes chinois n’aime pas trop non plus promener leurs petits petons sur des moquettes douteuses… Bouteilles d’eau dans les transports, kit d’hygiène de base, adapter le rythme des visites de lieux patrimoniaux aux habitudes chinoises (plus rapides que les Français qui « aiment bien prendre le temps ») bref il faut mettre les petits bols de riz dans les grands pour dérouler le tapis rouge aux quelques centaines de touristes chinois et peut-être – c’est l’espoir du maire d’Orléans Olivier Carré et de son adjointe au tourisme Martine Grivot – les milliers dans quelques temps. Actuellement, 100 avions chinois atterrissent à Roissy chaque semaine, et les prévisions indiquent que 30 millions de chinois prennent l’ascenseur social chaque année, autant de voyageurs potentiels.

Bientôt une “application” pour compter le nombre de touristes étrangers sur le sol orléanais

Des bouilloires, du thé vert, des nouilles chinoises, et… un label d’accueil touristique.

Depuis 2016 donc, les villes d’Orléans et de Yangzhou travaillent sur ce label « Accueil touristes chinois », en créant un « guide des prestataires labellisés » à destination des voyageurs chinois et des Tours opérateurs, proposant des offres locales spécifiques liées aux transports sur place, aux loisirs, à la gastronomie, à l’hébergement et au shopping. « Il existait des protocoles d’accords, mais privés. Les Chinois souhaitaient quelque chose de public. Orléans a travaillé avec l’AFNOR, la Chine avec l’équivalent, le SAC. Cinq référentiels ont été dégagés : transport, hébergement, gastronomie, loisirs, shopping », soulignent Olivier Carré et Bertrand Lyonnet, directeur tourisme/événementiels à la mairie. Pour les aider à y voir clair, Shen Lin, responsable du bureau Chine à l’office de tourisme d’Orléans, chinois vivant en France depuis cinq ans, leur permet de décoder les – nombreuses – subtilités asiatiques et inversement, il fait l’intermédiaire entre la France et la Chine.

35 commerçants se sont donc vu remettre ce label matérialisé par un logo qu’ils apposeront sur leurs façade ou vitrines. Combien de touristes étrangers, et notamment chinois, foulent le territoire orléanais actuellement ? Pas de statistiques officielles encore, mais une « application » est en cours d’élaboration pour le savoir. À mi chemin entre Paris et les châteaux du Val de Loire, Orléans, sans véritable identité (Jeanne d’Arc ?) et sans véritable lieu ou monument pour capter la clientèle touristique, espère tirer une petite épingle du grand jeu économique d’un secteur en plein essor. Peut-être pas le plus écologique, mais en plein essor. Si ça ne marche pas, on pourra toujours se consoler autour d’une tasse de thé ou un bol de nouilles…

F.Sabourin

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