Bourges : le Smur sous respiration artificielle

Depuis plusieurs semaines, l’hôpital Jacques-Cœur de Bourges doit fermer tout ou partie, sur des durées limitées, son service Smur, faute de médecins urgentistes. Vingt-cinq médecins devraient être en poste à Bourges alors que le nombre actuel n’est que de 8… Ce sont les services de Vierzon et Saint-Amand-Montrond, pour deux tiers du département, Gien, Nevers, Cosnes, pour le dernier secteur, qui sont sollicités afin de palier aux problèmes berruyers.


Les fermetures à répétition du Smur (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation) de Bourges engendre une situation précaire des services hospitaliers dans le département du Cher. Une situation que les maires de Bourges et Vierzon appréhendent de manière bien différente. Le premier a rencontré le Premier ministre Édouard Philippe pour lui parler de ce problème qui devient récurrent. Le second a écrit à l’ARS (Agence régionale de santé) une lettre ouverte et réunit les personnels de santé de l’hôpital de Vierzon afin de trouver des solutions. Des divergences d’attitudes mais aussi de mode d’emploi ou le sentiment de précarisation de l’un au bénéfice de l’autre sont plus que sous-jacent dans les propos.

Le maire de Bourges, Pascal Blanc, a fait des propositions à Édouard Philippe

Pascal Blanc, le maire de Bourges, explique, sur sa page Facebook que « À l’occasion de ma rencontre avec le Premier Ministre aujourd’hui, j’ai rappelé l’extrême urgence de traiter les conséquences de la désertification médicale dans le Cher : engorgement des Urgences ; 8 postes de médecins urgentistes pourvus pour 25 postes ouverts ; suppression d’un équipe du SMUR ; recours à des médecins intérimaires donc inflation des coûts de fonctionnement et gestion très compliquée des gardes. Et pourtant le numerus clausus ayant été augmenté, la France a connu une augmentation de 30% du nombre de médecins entre 2007 et 2017. Mais, en même temps, la Région Centre Val de Loire n’a connu une augmentation que de 1,2% du nombre de praticiens ! » L’élu de la capitale des Bitturiges propose quelques directions pour combler les vides : « augmenter le nombre d’internes dans notre département ; étudier la possibilité d’une antenne de la Faculté de Médecine de Tours à Bourges (cours par vidéoconférence) ; inciter voire obliger les jeunes internes à pratiquer 2 ou 3 ans dans les territoires les plus diversifiés ; modifier la réglementation pour permettre, sur un bassin de population, une réorganisation des moyens des établissements publics de santé en ciblant les besoins prioritaires dans l’objectif de garantir une continuité de l’activité ; définir 2 niveaux de service d’accueil d’urgences en fonction de l’activité : un niveau d’établissement référent et un niveau d’établissement de proximité ; moduler la rémunération des praticiens selon le niveau d’activité du service d’accueil d’urgence dans lequel ils exercent afin de redonner de l’attractivité aux services ayant une activité soutenue ».

Nicolas Sansu, maire de Vierzon : « les hôpitaux de proximité ne sont pas à vendre »

Du côté de Nicolas Sansu, la situation est d’une part délicate et doit induire des actions pour la santé au niveau du département, et de la région, mais, d’autre part, ne doit pas occulter les problèmes structurels de Bourges. Il souhaite tout d’abord un soutien de la tutelle même si, pour le moment, il se trouve face à une « ministre sourde et une ARS muette. Je sais lire entre les lignes. L’une des propositions de Pascal Blanc est claire… Je ne suis pas d’accord pour qu’on déshabille Vierzon pour habiller Bourges » assène l’élu vierzonnais qui ajoute sans ambage que « Vierzon et Saint-Amand ont des équipes stables, pas pléthoriques, mais qui permettent que certains aillent à Bourges pour faire de l’intérim et on en vient à confondre GHT et hôpitaux à vendre. J’invite tout le monde à la prudence quand on se gausse du manque ailleurs que chez soi. À Bourges, il y a aussi des raisons internes à ces problèmes ». De fait la notion d’hôpital de référence ne passe pas vraiment chez le premier magistrat de la deuxième ville du Cher. « Il n’est pas question que l’hôpital de référence en profite pour déstabiliser les hôpitaux de proximité. Il serait temps de mettre des médecins là où ils sont nécessaires », et de poser la question des consultations ophtalmologiques qui ne sont réalisées qu’à Bourges par refus des spécialistes de venir à Vierzon pour les effectuer mais aussi du renoncement aux soins liés par les difficultés de transport. Le Vierzonnais conclu que « ce n’est pas Vierzon qui va sauver Bourges… ».

Nicolas Sansu, président du conseil de surveillance du centre hospitalier de Vierzon, comme Pascal Blanc l’est pour celui de Bourges ( ou au moins l’un de ses adjoints), a réuni, en milieu de semaine dernière, les médecins, le président de la commission médicale d’établissement et tous les syndicats de l’hôpital pour faire un mémorandum qu’il souhaite porter à la directrice de l’ARS.

Les réseaux sociaux ne sont pas tendres

Pour certains internautes qui semblent assez au fait des problèmes berruyers, avant de chercher des solutions extérieures, il conviendrait de balayer devant la porte de l’hôpital de Bourges. Par exemple, l’un d’entre eux assure que « C’est avant tout une situation plus ou moins artificielle (la pénurie de médecins résidents est réelle) créée par la décision financière de ne plus payer les intérimaires aux tarif demandés mais à un tarif « irréalistement » bas par rapport à la demande…( beaucoup d’hôpitaux ont recours à l’intérim médical et il y a beaucoup plus de demande que d’intérimaires…) Un peu comme la pseudo pénurie de beurre cette hiver … Les urgences se sont effondrées car elles étaient majoritairement tenues par les intérimaires. Ils ont décommandés leurs gardes prévues et se sont reportés sur des hôpitaux acceptant leurs tarifs ! Ajouter à cela le boycott de l’hôpital de Bourges par les internes… »

Hors la problématique berruyère, les deux élus se rejoignent cependant sur un point : la volonté que le droit à la santé et aux soins soit assuré dans le Cher !

Fabrice Simoes

Commentaires

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  1. Un seul mot : lamentable.
    Pendant ce temps, la démographie médicale explose dans les régions “ensoleillées”, les médecins “docteures remplaçantes intérimaires” sont de plus en plus nombreuses à exercer à temps partiel et de préférence comme salariées. Aux urgences, on remplit d’abord les fichiers informatiques, avant de voir un professionnel de santé, à la seule différence avec les Américains, c’est que l’on ne prend pas l’empreinte de votre carte bancaire. Encore que souvent, c’est la carte Vitale qui en tient lieu. Puis c’est l’interminable attente, bien souvent dans les couloirs, faute de box disponible et un va-et-vient incessant d’ambulanciers et de pompiers, brancardiers qui traversent ces mêmes couloirs avec leurs grosses bottes pleines de microbes.

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