Blois : Louis Buteau se voit retirer sa délégation au commerce

Lors du dernier conseil municipal de Blois, le 23 avril dernier, Marc Gricourt avait créé la surprise en annonçant sa décision de retirer la délégation au commerce de l’adjoint Louis Buteau. Au motif d’une « perte de loyauté vis-à-vis du maire » et « un manque de clarification ». Louis Buteau, qui a quitté en 2017 le PS pour rejoindre En Marche ! et soutenir Emmanuel Macron paie là sa liberté de pensée et d’expression. Le maire de Blois n’a pas désigné d’autre adjoint pour reprendre la délégation du commerce, qu’il prend en direct.

Louis Buteau.

Plusieurs fois Louis Buteau avait franchi la ligne jaune, exprimant son scepticisme sur le sujet du développement commercial du centre-ville de Blois. Lors de la campagne de l’élection présidentielle puis législatives en 2017, il avait même claqué la porte du PS pour se mettre En Marche ! Plusieurs fois, Marc Gricourt s’est montré agacé, en privé ou en public, par ces hors-jeux. Le 23 avril, la sanction était tombée : Louis Buteau allait perdre sa délégation au commerce et à l’artisanat.

Mais il fallait encore en passer par un vote de l’ensemble du conseil municipal. Avant, le futur ex-adjoint au commerce et à l’artisanat a pris la parole, expliquant qu’il s’abstiendrait au moment du vote, chose qu’il n’a jamais fait en 10 ans de vie municipale aux côtés de Marc Gricourt. Il a filé la métaphore de l’arme blanche, dans un silence à couper au couteau. « Un maire adjoint sans délibération, c’est comme un couteau sans lame. Cela confinerait à l’absurde. La décision, c’est vous qui l’avez prise le 23 avril dernier. Votre décision m’inspire trois images, un enterrement et un remerciement. Trois images : tristesse, fierté et loyauté. Tristesse car c’est la fin d’un compagnonnage avec vous et avec le PS depuis longtemps. Fierté du travail accompli auprès des commerçants et des artisans durant toutes ces années. L’un deux me disait récemment : Louis, tu n’as pas commis de faute professionnelle, mais un délit d’opinion certainement. Loyauté : elle a été sans faille depuis 2008, j’ai voté tous les budgets même quand les lignes budgétaires de 2014, 2015 et 2016 avaient supprimé le poste d’animateur commercial du centre-ville ; et même les délibérations sur l’extension de la vidéosurveillance ». Puis il a ajouté : « cette décision est un enterrement. Elle est demandée par votre comité politique auquel vous êtes lié, composé de membres de la France Insoumise, les communistes, les Verts et le PS. Ils sont minoritaires dans l’opinion, si l’on en croit les récents sondages ou les résultats d’élections partielles. Hier, votre majorité était plurielle, elle devient singulière. Je vous souhaite bien du plaisir, et je souhaite bien du courage aux Blésois qui souhaiteraient rejoindre votre majorité à l’horizon 2020 et qui seront balayés au premier vœu voté contre. Enfin, un remerciement : en me déliant vous me rendez ma liberté de penser et de m’exprimer. Je vous en remercie, et soyez sûr que j’en userai ».

Et une diffamation pour un blogueur, une ! 

Il n’était pas obligé d’y répondre, mais le maire de Blois a quand même tenu à préciser qu’il « n’a pas les mains liées par le comité politique… Votre éviction n’est pas liée à votre adhésion à LREM. D’ailleurs je vous ai proposé, à vous et à d’autres de constituer un groupe au sein de la majorité l’été dernier, ce que vous avez refusé. Ça sera pareil en 2020 : tous les Blésois et Blésoises seront les bienvenus pour composer une majorité plurielle. C’est la perte de loyauté vis-à-vis du maire qui a motivé ce retrait de délégation ».

En préambule de ce conseil municipal du 22 mai, une décision du maire avait déjà signifié que la liberté d’expression était une valeur républicaine avec laquelle Marc Gricourt, son cabinet et son comité politique n’aiment guère plaisanter. En sa qualité de “citoyen chargé d’un mandat public”, il intente une action en justice pour diffamation devant le tribunal correctionnel de Blois à l’encontre d’un urbaniste et responsable d’association très actif sur les réseaux sociaux, Nicolas Viault. Le 6 février dernier, ce commentateur compulsif sur Facebook avait commis l’outrage de lèse-majesté d’une insinuation de copinage dans l’attribution de marchés publics de bancs publics récemment installés à Blois lors des travaux ACVL (Aménagement cœur de ville Blois), et ne respectant pas, selon le commentateur, “les normes d’accessibilité ni les bases élémentaires d’ergonomie”. « Qu’il n’apprécie pas les choix validés par l’ABF (Architecte des bâtiments de France) en termes de mobilier urbain c’est son droit. Monsieur Viault confond je crois la liberté d’expression et celle d’insinuation. C’est en outre une insulte à nos agents qui font beaucoup pour l’amélioration de la ville. De toute façon c’est désormais au tribunal correctionnel de trancher ». Ce commentateur très actif sur les réseaux n’en est pas à sa première provocation et convocation devant le tribunal correctionnel : en 2013 et 2015 il a déjà été condamné pour des faits similaires. Alors c’est compris ? Avis aux amateurs…

F.Sabourin

Contacté par Magcentre.fr, Nicolas Viault indique qu’il « n’évoque même pas les marchés publics dans le commentaire dont le maire porte plainte (à titre personnel) ». Avant de préciser qu’un comité de soutien s’est constitué en sa faveur, évoquant « une procédure-bâillon », destiné à faire taire cette voix discordante. Il avait récemment déposé un recours devant le tribunal administratif d’Orléans au sujet d’un projet immobilier situé au clos Saint-Saturnin, dans le quartier Vienne rive gauche. « Clairement une tentative pour me museler », indique-t-il, pas totalement surpris par la nouvelle.

Capture écran Facebook.

 
 

 

Commentaires

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  1. Si sativa a remporté de nombreux appels d’offres, dont certains à plus de 100 000 € et que le directeur de cette entreprise était au PS et aux réunions de préparations pour les municipales du maire, c’est dû au pur hasard.

    Si si, puisque le maire le dit !

    Aucun problème de corruption ou de conflits d’intérêts bien sûr.
    Aucun problème d’éthique quand à attaquer un honnête citoyen qui critique ces bancs il est vrai inconfortables et qui pointe du doigt cette proximité.

    Et si ce procès n’était pas là juste pour faire taire un lanceur d’alerte ?
    Mais non, ce n’est pas possible ! le slogan du maire n’était-il pas “blois en toute confiance” ?

  2. C’est quand même étonnant d’intenter un procès contre un de ses administré qui défend fervemment le patrimoine et le cadre de vie.

    Lui, au moins, est droit. On ne peut pas en dire autant des élus.

    Quand aux liens d’amitiés entre Sativa et les élus, et leur connivence au PS, réelles ou supposée, si le maire voulait que cela soit déballé au grand jour, il ne s’y serait pas pris autrement.

    A mon avis, le maire se tire une balle dans le pied, mais bon. Il paiera son arrogance, c’est déjà ça.

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