Pologne : mémoire de l’histoire des Juifs et de la Shoah au CERCIL

La dernière conférence du mardi du CERCIL abordait, en partenariat avec l’association polonaise “Loire Vistule”, le difficile sujet de la mémoire de la Shoah en Pologne à la lumière des récentes décisions du gouvernement polonais qui, souhaitant faire disparaitre l’expression de “camps polonais”, expression qui confond géographie et responsabilité d’un pays dans la barbarie nazie, vise en fait à réécrire une version officielle et définitive du sort des juifs polonais durant la deuxième guerre mondiale.. La question soulevée par cette démarche nous rappelle qu’au delà du devoir de mémoire, il existe un travail de mémoire qui conduit à une évolution de la lecture des faits historiques par la recherche et la documentation, et le CERCIL est évidemment un bon exemple de l’importance de ce travail.
Le film de Claude Lanzmann, “Shoah”, a non seulement imposé une dénomination spécifique de cette tragédie mais a conduit sans nul doute, parmi bien d’autres travaux, a une prise de conscience qui débouchera sur la déclaration de la responsabilité de l’Etat Français de Jacques Chirac en 1995 .

Mille ans d’histoire juive en Pologne

La mémoire historique est donc évolutive et souvent non-dénuée d’une lecture politique, le cas de la Pologne en est un bon exemple avec son passé communiste où le régime imposa pendant des décennies une version très orientée de l’histoire de la deuxième guerre mondiale: on se souvient de l’affaire du massacre des officiers polonais de Katyn au printemps 1940 imputé aux allemands dans un mensonge d’état qui ne fut révisé qu’à l’effondrement du bloc soviétique.

Il est donc indispensable pour lire l’histoire et particulièrement celle de la Pologne ô combien complexe pour un pays aux frontières incertaines qui disparaitra à plusieurs reprises au fil des siècles, de documenter avec érudition l’évolution de ce pays et de ses populations. C’est ce à quoi va s’employer en première partie de cette conférence, l’historien Jacek Rewerski en s’appuyant sur son livre intitulé “La Pologne et les Juifs”, livre très documenté, qui retrace mille ans d’histoire juive en Pologne (en écho au musée Polin de Varsovie ouvert depuis peu) mettant en perspective les conditions particulières de la Shoah en Pologne, indissociables de son histoire.

Des pogroms à la Shoah

Les pogroms du début du XXe siècle en Pologne masquent la relation particulière avec le judaïsme de ce pays qui pendant des siècles accueillit la plus grande communauté juive d’Europe permettant un épanouissement et un développement culturel et religieux incomparable. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle avec la montée inéluctable de l’antisémitisme dans toute l’Europe et le rôle pour le moins trouble de  l’église catholique, spécifiquement en Pologne, pour qu’apparaissent les premiers signes de haine à l’égard d’une communauté dont l’histoire était pourtant profondément liée à celle du pays.

Cet éclairage du passé permit à l’historien et politologue Jean-Yves Potel, auteur notamment de “La fin de l’innocence – La Pologne face à son passé juif”, de poser son regard sur l’histoire contemporaine de la Pologne précisant l’évolution du discours de l’Etat polonais et celle d’une intelligentsia polonaise qui revint avec lucidité, dès les années post-communistes, sur ce nécessaire travail mémoriel. Il est par ailleurs vain et stérile de comparer cette évolution à celle de la France dont les rapports avec l’Allemagne nazie furent totalement différents: non seulement il n’y eut aucune collaboration d’un gouvernement polonais parti en exil à Londres, aucun policier polonais n’arrêta un juif polonais, et le peuple polonais paya lui aussi un très lourd tribut à l’occupant nazi (et soviétique) dans sa volonté de détruire toute trace de la Pologne au delà même de son importante communauté juive.

Connaitre pour combattre

Au travers d’un projet de loi gouvernemental révisant l’histoire de la Pologne (aujourd’hui bloqué au parlement), ce qui parait surtout inquiétant dans ce discours néo-populiste, c’est la libération d’une nouvelle parole antisémite en Pologne, l’apparition de statuettes à connotation ouvertement antisémite dans certains magasins de “souvenirs” semble en être un indice qui n’est pas qu’anecdotique… Ainsi le travail de mémoire ne sera jamais achevé, car connaitre l’histoire de la Shoah mais aussi l’histoire juive en Europe est sans nul doute le moyen le plus pertinent de combattre un antisémitisme toujours renaissant de ses cendres.

GP

http://www.cercil.fr/

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