Volontaire (sinon, rien)

Le film initiatique d’Hélène Fillières Volontaire offre une plongée dans l’univers des fusiliers marins et de l’École navale. Si les écoutilles de la marine lui ont été grandement ouvertes, il est cependant regrettable que la réalisatrice soit passée à côté de sa jeune actrice Diane Rouxel, au regard bleu marine à faire traverser à la nage la rade de Brest. Inquiétant, ce regard se mariait bien avec la mâchoire serrée de Lambert Wilson, en commandant de marine crédible.


Russophone, hypokhâgne, khâgne, sciences-po et institut de traduction. Que demander de mieux pour Laure Baer (Diane Rouxel), fille d’actrice à la conscience de gauche chevillée aux planches (Josiane Balasko, improbable) ? Et bien ce n’est pas encore assez, et « la miss » – comme elle sera surnommée dans l’univers salé aux 50 nuances bleues-grises de la base des fusiliers marins de Lorient – s’engage sans trop savoir où elle met ses charmants petits pieds. Cornaquée à son arrivée par le lieutenant Dumont (Corentin Fila, vu dans Quand on a 17 ans d’André Téchiné), elle est affectée en tant qu’officier tradition auprès du directeur des études, le commandant Rivière (Lambert Wilson). Ce dernier, mur de silence, de glace, aux mâchoires qui ne se décollent que pour grignoter les clémentines qui trônent sur son bureau (sa seule concession au désordre), commande cette jeune recrue qui la fixe d’un regard à cheval entre volonté farouche, et défiance. « La miss » ne veut pas se contenter d’être un gratte-papier, seulement chargée de faire les comptes rendus agrémentés de photos des activités de la base navale. Elle se met en tête de réussir une habilitation commando des fusiliers marins, pour être coiffée du fameux béret vert. Le premier maître Albertini (Alex Descas) sera chargé de ce stage où l’aspirant Baer se « sort les doigts » comme on dit dans l’armée, mais pas dans la marine car on est poli. À force d’opiniâtreté, elle finit par sauter le mur du parcours du combattant, faute de mieux…

“Sans élan, sinon rien”

Il faut reconnaître à Hélène Fillières un mérite : celui d’avoir pris soin de s’entourer de spécialistes de la chose militaire, et particulièrement navale. Car on ne plaisante pas avec le protocole chez les cols bleus, et on ne badine pas avec la devise Valeur et discipline. Sur la forme, Volontaire est crédible : tout ce qui bouge, on le salut ; tout ce qui ne bouge pas, on le repeint. La réalisatrice a eu portes ouvertes, et les écoutilles aussi si on en juge par les lieux de tournage eux-mêmes : l’École Navale de Brest et la base des fusiliers marins de Lorient, d’ordinaire peu enclin à ouvrir ses portes…

L’aspirant Baer aspire à la carrière d’officier, mais pas seulement. La façon dont elle plante le tranchant vif de son regard bleu outre-mer dans celui du commandant le trouble, et pas seulement lui. Cherche-t-elle un père ? Un amant plus âgé qu’elle, par goût du risque, de l’aventure et de l’exotisme ? Au début, on hésite, mais pas longtemps. Flanquée de l’ambigu lieutenant Dumont (Corentin Fila, qui joue là encore un rôle de garçon qui aime les garçons), « la miss » aurait mérité meilleur traitement de la part de sa réalisatrice. On se prend à songer au même film piloté par André Téchiné, maître en matière de valses hésitations des sentiments post-adolescents, jeunes adultes… Il en eut été tout autrement, à n’en pas douter.

N’atteignant pas non plus les sommets d’un film de Schoendoerffer (on songe souvent, devant le mutisme de Lambert Wilson, à celui de Jean Rochefort et ses douloureux secrets dans Le Crabe Tambour), Volontaire demeure un film tendu comme un arc, mais trop prévisible quant à son issue. Un peu comme le conseil que finit par lâcher entre ses dents le commandant Rivière/ Lambert Wilson à l’aspirant Baer qui s’échine à essayer de franchir le mur du parcours du combattant : « sans élan, sinon rien ». Bien pris ?

F.Sabourin

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