Meurtre de la petite Inass : « le temps n’a jamais couru contre nous »

Le procureur de la République de Blois Frédéric Chevallier a donné une conférence de presse dans la soirée du 14 juin, après la mise en examen des parents de la petite Inass, fillette retrouvée morte sur un talus de l’autoroute A10 à Suèvres près de Blois en août 1987. On ignorait jusqu’à aujourd’hui son identité. Le procureur a insisté sur des éléments factuels, et aussi sur l’importance du bon démarrage de l’enquête dès les premières constatations sur place il y a 31 ans, permettant la possible résolution de cette enquête au long cours.

Le colonel Thomas Andreu (section de recherche de la gendarmerie d’Orléans) et le procureur de la République de Blois Frédéric Chevallier.

« Le temps n’a jamais couru contre nous. Les enquêteurs ont toujours pensé que l’affaire serait élucidée un jour. Grâce au travail remarquable dès le début de l’enquête en août 1987, tout a été fait il y a 30 ans pour permettre le résultat d’aujourd’hui ». Frédéric Chevallier, procureur de la République de Blois, à ses côtés le colonel Thomas Andreu commandant de la Section de recherche de la gendarmerie d’Orléans, ont livré les premiers éléments factuels – tout en insistant sur la présomption d’innocence – liés à la mise en examen du couple Ahmed et Halima Touloub (66 et 64 ans), parents d’Inass, cette fillette retrouvée morte le long de l’autoroute A10 le 11 août 1987 et dont on ignorait jusqu’à ce jour l’identité. Les motifs de leur mise en examen sont les mêmes que ceux de leur garde à vue, commencée mardi 12 juin à Orléans jusqu’à leur présentation jeudi 14 juin devant un juge d’instruction du TGI de Blois : meurtre sur mineur de 15 ans ; recel de cadavre ; violence habituelle sur mineur de 15 ans. Les enquêteurs ont fini par retrouver leur trace grâce à l’ADN prélevé fin 2016 sur un homme se trouvant être le frère d’Inass, âgé de 6 mois à l’époque des faits et prélevé dans le cadre d’une enquête délictuelle sans lien avec la présente affaire. Inass Touloub, née le 3 juillet 1983 à Casablanca était la troisième d’une fratrie de 7 : deux sœurs aînées nées en 1978 et 1981 ; puis quatre frères nés en 1984, 1986, 1987 et 1991. “Elle a été inscrite en maternelle mais jamais scolarisée”, elle était aussi “déclarée dans les fichiers de la CAF” et avait “une existence légale et juridique” indique Frédéric Chevallier le procureur. Les parents étaient arrivés du Maroc à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en 1982 jusqu’en 1985 où ils emménagent à Puteaux (Hauts-de-Seine) pendant deux ans avant de s’installer à Villers-Cotterêts (Asine) où ils tiendront divers commerces. Depuis 2010 ils vivent séparément.

“Un soulagement”

La petite martyre de l’A.10 dont la photo du visage avait été diffusé par la gendarmerie

Sur les faits, le père a expliqué avoir « vécu un enfer avec son épouse, violente à son égard et à l’égard de ses trois filles » à l’époque des faits. « Il avait peur de sa femme, il vivait sous sa domination ». Le 10 août, il constate le décès de sa fille Inass en rentrant chez lui. « Il dit avoir été suffisamment lâche pour ne pas faire autre chose que de partir pour le Maroc ». Sur le chemin, alors qu’il y a dans la voiture ses deux grande sœurs et son petit frère de six mois, le corps de la petite Inass, vêtue d’un pyjama et d’une robe de chambre, « emmaillotée » dans une couverture, sur un talus derrière la glissière de sécurité de l’autoroute A10, dans le Loir-et-Cher sur la commune de Suèvres. « Il nous dit que pour lui c’est aujourd’hui un soulagement ».

Sa mère tient, selon le procureur de la République de Blois, « plusieurs discours », affirmant même « ne pas être la mère » de la victime. Devant le magistrat instructeur elle évoque la « violence de la part de son époux », et que si « elle pouvait être violente envers Inass, elle n’est pas responsable de sa mort ». Le médecin légiste suite à l’autopsie en août 1987 avait conclu sur les causes du décès : « des traumatismes tels qu’ils ont conduit à la mort de l’enfant », a froidement rappelé Frédéric Chevallier.

Le travail de base des premiers enquêteurs sur place a été déterminant

Le cimetière de Suèvres, où Inass repose depuis bientôt 31 ans.

« La mère ne comprend pratiquement pas pourquoi on l’interroge » précise encore le procureur de la République, avant d’ajouter : « les experts psychiatriques viendront nous éclairer sur des personnalités complexes. L’un et l’autre indiquent que l’un ou l’autre pouvait être violent ».
Le colonel de la Section Recherche de la gendarmerie d’Orléans salue pour sa part « tout le travail des enquêteurs, un travail colossal, la mobilisation totale, soutenue et constante de la gendarmerie dans cette affaire. Dès 1987 le travail de base des premiers arrivants sur place a été très bien fait, les prélèvements, les saisies etc. Ce furent de bonnes bases qui se sont ensuite ajoutées à l’élargissement des moyens d’enquête grâce à l’ADN ».

Les parents ont tous les deux été écroués dans la soirée du 14 juin.

F.Sabourin

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