24 Heures du Mans : l’écurie berruyère Signatech-Alpine tient parole

L’Alpine A470 du team avait pour objectif de monter sur le podium. Objectif atteint et de belle manière. Deuxième cette année, victorieuse en 2016, troisième en 2017, toujours dans la catégorie LMP2, l’écurie Signatech-Alpine, basée à Bourges, est donc d’une constance remarquable dans ce qui est considéré par les spécialistes comme la plus grande course du monde, 256.000 spectateurs ce week-end, les 24 Heures du Mans.

Un beau podium pour le trio de pilotes, Thiriet- Lapierre- Negrao et David Vincent -(c) DDPI – Renault-Media

Qui veut voyager loin ménage sa monture… Philippe Sinault, le bosse du team berruyer, a fait sien cet adage, souvent payant dans une course aussi éprouvante, tant pour les hommes que pour les autos, que les 24 Heures du Mans. On en a encore eu la preuve ce week-end dans la Sarthe où quelques-uns des rivaux directs des Bleus n’ont pas totalement tenu la distance. Au contraire de l’équipe berruyère qui, dès les qualifications, plutôt que chercher le chrono à tout prix, préféra déjà économiser ses pneumatiques en vue de la course, non sans avoir validé tout ce qui devait l’être.

L’Alpine n°36 de Signatech s’est maintenu dans le top 10 du classement scratch durant tout la course – (c) DDPI – Renault-Media

Idem en début de course. Dans une catégorie LMP2 – la plus fournie du plateau, avec une grosse vingtaine de voiture, et d’un niveau sans précédent, Signatech-Alpine opta pour une stratégie à l’économie : « Nous sommes une des seules équipes, parmi les leaders, à avoir effectué un triple relais avec les même pneumatiques tout en faisant un tour de plus que bon nombre de nos adversaires avec un même plein de carburant. Il faut continuer comme ça et respecter notre tableau de marche ; ça pourrait faire la différence sur la fin », se réjouissait ainsi Philippe Sinault, après le retour au stand de Nicolas Lapierre et alors que l’Alpine A470 n°36 pointait à la 3e place des LMP2 (9e scratch) après la deuxième heure de course.

Prudence toute relative

Lors des essais, les pilotes Alpine avaient déjà eu beaucoup de succès – (c) DDPI – Renault-Media

Une prudence toute relative car les Oreca n°26 du G-Drive Racing emmenée par l’ancien pilote de F1 Jean-Eric Vergne, et n°28 du TDS Racing de Loïc Duval, à la bagarre en tête, imposaient un train d’enfer en début de course. « Et il ne faut pas non plus trop se laisser distancer » faisait remarquer Nicolas Lapierre. Il n’empêche, certains, parmi les ténors du LMP2, à l’image de Berthon (Dragon Speed) laissaient des plumes dans ce début de course un peu fou où la notion d’endurance ne semblait pas toujours la préoccupation première. Toujours est-il que cela faisait le jeu des Bleus, oscillant entre les 2e et 3e places au gré des ravitaillements et arrêts au stand, au tiers de la course, à 23 heures. Et pourtant, plusieurs secteurs du circuit sous « slow zone » auraient pu ruiner leurs espoirs de podium, notamment quand Pierre Thiriet, le pilote Silver de l’équipe, partit en tête à queue à Arnage alors qu’il était dans le dernier tour de son relais. Heureusement, l’Alpine ne tapa pas mais le temps de redémarrer et la n°36 avait perdu une bonne trentaine de secondes. « Il n’empêche, tout se déroule conformément à nos prévisions, sauf ce tête-à-queue de Pierre (Thiriet). Mais avec toutes ces « slow zone » (secteurs où les concurrents doivent impérativement ralentir suite à des incidents de course, Ndlr), il est difficile de garder les pneus en température et Pierre s’est fait surprendre… » analysait alors le boss, bien conscient cependant que la nuit allait être longue et difficile pour tout le monde.

Une nuit riche en émotions

Dans le stand Alpine les mécanos n’ont pas ménagé leur peine – (c) DDPI – Renault-Media

Le fait est que la nuit fut riche en émotions pour Signatech-Alpine. Une première fois, Nicolas Lapierre dut repasser par le stand pour changer la partie avant de sa voiture qui avait été endommagée par un morceau d’échappement provenant d’une voiture qui était sortie de piste. Plusieurs autres « slows zones » eurent encore des conséquences défavorables, avec une perte de temps de 2 minutes environ, tout aussi dommageables que le problème de Hans (le harnais qui maintient la tête du pilote) rencontré par Lapierre alors qu’il s’apprêtait à passer le volant à Negrao. Ou que le nouveau passage obligé par le stand pour le même Nicolas Lapierre pour changer à nouveau la face avant de la voiture suite à une petite touchette par ailleurs sans gravité… Mais bon, pas de quoi non plus s’alarmer puisqu’au petit matin, à l’heure du café, aux deux-tiers de la course, la n°36 était toujours 3e des LMP2 et 7e au scratch. « Mais rien n’est fait pour le podium » tempérait Philippe Sinault. « Il reste encore plus de temps à tenir que pour une course normale du championnat du monde. Il peut encore se passer tellement de choses ». À cet instant, l’Oreca n°48 Idec Sport du Chartrain Paul-Loup Chatin et la Ligier n° 23 du team Panis-Barthez pouvaient elles-aussi viser le podium derrière la n°26 du G-Drive, « intouchable sur cette course. Les pilotes du G-Drive n’ont pas fait de faute, l’équipe a été très rapide lors des ravitaillements et les slows zones leur ont été plus favorables qu’à nous » selon Philippe Sinault. Mais si la fiabilité est toujours la marque de fabrique chez Signatech-Alpine, ce n’était pas le cas sur 48 (carte de boîte fendu) ni sur la 23 (panne de butée d’embrayage). Du coup, l’horizon s’éclaircissait sérieusement pour les Bleus qui n’avaient plus qu’à contrôler le retour de l’Oreca n°39 du Graff Racing pour préserver leur deuxième place (6e scratch).

Et voilà comment Signatech-Alpine a signé son troisième podium consécutif aux 24 Heures du Mans. L’année où Alpine fêtait le 40e anniversaire de sa victoire au scratch avec Jean-Pierre Jaussaud et Didier Pironi. Le tout agrémenté d’une place de leader au championnat du Monde WEC (World Endurance Championship)…

Fabrice Simoes (avec Christian Ragot)

Données techniques :

LMP 2 : poids minimum de 900 kg. Cylindrée maximale : 5.000 cm3 et 8 cylindres maximum pour les moteurs atmosphériques, 3.200 cm3 et 6 cylindres maximum pour les moteurs suralimentés (mono-turbo), ou 2.500 cm3 pour les diesels suralimentés. Le moteur doit être homologué et venir de la série.

 

Commentaires

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  1. 6ème du classement général et 2ème de sa catégorie, en lutte avec des “ORECA”.
    ORECA ce n’est pas n’importe quoi, c’est d’abord Hugues de Chaunac !
    Par ailleurs ORECA est le partenaire de TOYOTA Motorsport pour le projet Le Mans, et Hugues de Chaunac le conseiller de TOYOTA, dont l’objectif était la victoire au Mans avec le résultat que l’on connaît !
    Conclusion : Signatech-Alpine fait partie du “gratin” !
    A noter que TOYOTA n’avait pas vraiment de concurrence même si les REBELLION ont fait une belle course !

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