Loi asile-immigration : les associations d’aide aux migrants indignées

Pourquoi un collectif de bénévoles d’aide aux migrants a-t-il déversé ce mardi 19 juin au matin des gilets de sauvetage devant le Sénat ? Pour alerter sur les naufrages en mer ? Pour protester contre le projet de loi asile-immigration dont l’examen, en version durcie a débuté dans l’après-midi au palais du Luxembourg.

RT @clairegallen

Arborant des pancartes “Centres de rétention = prisons” et “Morts en Méditerranée vous assumez”, les militants ont entassé en face du Sénat 348 gilets de sauvetage portant chacun le nom d’un sénateur, tel un « mémorial temporaire » en hommage au « 35.000 morts depuis 1993 » dans la traversée en mer vers l’Europe. « L’idée est de dire: ça pourrait être vous, et aussi de rappeler aux sénateurs qu’ils pourraient être ces gilets qui sauvent des vies », a expliqué Josselin, l’un des membres du collectif. Fortes de la vague d’indignation suscitée par la semaine d’errance de l’Aquarius, ce navire humanitaire ave 630 migrants refusés par l’Italie et qui a fini par trouver refuge en Espagne les associations d’aide aux migrants sont à nouveau vent debout.

Dans la nuit, peu après 1 heure du matin, Amnesty International avait projeté sur la façade du Palais Bourbon des slogans en faveur de l’accueil des migrants « parce que nous ne choisissons pas le pays où l’on nait », « parce que ça pourrait être nous un jour », « parce qu’il y a de la place pour tous ».

Par ailleurs, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) s’est dite «profondément choquée » par les traitements des migrants à la frontière franco-italienne « où la république bafoue les droits fondamentaux ».

Les deux motions ont été rejetées.

La droite sénatoriale veut durcir le texte de l’Assemblée

Le débat s’est ouvert sur le dépôt d’une motion irrecevabilité de la patronne du groupe CRCE, Eliane Assassi, à majorité communiste en reprochant au gouvernement de « s’attaquer à la solidarité des Français envers les étrangers » pour servir les intérêts d’une politique de libéralisation et de casse des valeurs républicaines » droit d’asile compris.  Le sénateur socialiste du Loiret a ensuite présenté au  nom de son groupe une motion d’irrecevabilité, demandant au gouvernement « de retirer  une loi inefficace par rapport à ses propres objectifs, négative, uniquement répressive, m »connaissant l’enjeu européen », « pourquoi défendez-vous un texte qui n’aura aucun effet, qui manque de souffle, de clarté, d’efficacité, de perspective, qui n’est pas assortie de moyens, même pas dans la loi de finance, de moyens y compris dans les préfectures ».

Jacqueline Gourault

Jean-Pierre Sueur a également regrété que le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb ne soit pas présent pour défendre un tel texte qu’il porte et qui engage le pays. La ministre Jacqueline Gourault qui le remplace a excusé ce dernier « retenu à  avec le président de la République par un Conseil des ministres franco-allemand à l’agenda duquel est inscrit le défi migratoire. Le contexte politique sur notre continent étant instable, voire critique avec le risque que l’Union européenne se disloque autour de la question de l’immigration, sa présence était indispensable, il sera  devant vous dès demain et pour la suite de vos travaux »

Le projet de loi a été adopté en première  lecture fin avril par les députés après des débats très enflammés, y compris au sein de la majorité. Les  Républicains avaient voté contre, déplorant un texte « laxiste ». La gauche avait fait de même  dénonçant au contraire un projet de loi « dangereux »

Philippe Bas, sénateur de la Manche

Au Sénat la majorité de droite entend durcir le texte adopté par l’Assemblée. La commission des lois a donc supprimé plusieurs mesures votées par les députés comme l’assouplissement du délit de solidarité ou l’extension du regroupement familial aux frères et sœurs mineurs « Tel qu’il nous est arrivé le texte ne comprend aucune mesure significative ni sur l’éloignement des migrants irréguliers, ni sur l’intégration de l’immigration régulière, ni sur la lutte contre le communautarisme » a explique son président le LR Philippe Bas. La commission s’est en revanche opposée à l’une des mesures phare du gouvernement, la réduction  de 30 jours à 15 du délai de recours en cas de rejet d’une demande d’asile, la considérant « attentatoire aux droits des demandeurs d’asile et inefficace pour lutter contre l’immigration irrégulière ». Elle a prévu que la décision de rejet définitif vaille obligation de quitter le territoire et le placement en rétention des mineurs isolés et encadré  celui des mineurs accompagnant leur famille. Le Sénat doit voter sur l’ensemble du texte le 26 juin après examen de 600 amendements. Une commission mixte paritaire tentera ensuite de trouver une version commune aux deux chambres.

F.C.

Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail