Yilian Cañizares: la jeunesse d’une grande dame du jazz

Et dire que ce concert faillit ne pas avoir lieu ! Atteinte d’une pharyngite, son médecin lui demandait d’annuler, mais Yilian Cañizares a économisé sa voix en s’interdisant de parler pendant deux jours, pour être présente ce vendredi soir à Jazz à l’Evéché. Et quelle présence, qui enchanta un public subjugué !

Yilian Cañizares cl Marie Line Bonneau

“Invocacion”

Il parait que le violon a été inventé pour imiter la voix humaine, Yilian Cañizares nous en apporte sans doute la preuve avec ce merveilleux mélange chatoyant de sa voix et de son instrument qui s’installent étonnamment sur des chaleureuses rythmiques caribéennes. Mais sur ces racines cubaines pousse aussi une virtuosité nourrie par un professeur de violon russe qui ajoute Bach à un retour sur des origines africaines et un passage sud américain par le Vénézuela.

Avec son sourire enchanteur, cet enfant prodige a gardé une fraicheur poétique et une sensibilité qui sont indubitablement les signes d’une grande interprète de jazz, mais aussi d’une grande dame par son humanité, ouvrant son récital par une berceuse cubaine “Duerme negrito” émouvant hommage aux enfants migrants séparés de leurs parents aux frontières d’un monde oubliant la plus élémentaire dignité.

Citoyenne du monde

Parce que celle qui se définit comme citoyenne du monde, qui chante pour l’amour des peuples, sait aussi se souvenir de ses racines mapucha, de son aïeule qui fut la première femme de sa famille esclave a connaitre la liberté à qui elle dédie une chanson en remerciement du courage qu’elle lui donne, mais aussi de la déesse Oshun, déesse Yoruba de la beauté à qui Yilian Canizares peut sans conteste être reconnaissante, mais aussi déesse de l’amour qu’elle honorera avec ce magnifique poème “Lucero” du poète Vénézuélien Simon Diaz “Etoile brillante du matin, illumine les pas de mon amour qui s’en va…”, une note triste qui n’altérera pas la gaieté et la spontanéité d’un final chanté avec un public sous le charme.

Des instants de grâce musicale que l’on n’oublie pas, mais qui n’éclipsent pas non plus le saut musical du Raoul Jazz Clan, lauréats du dernier tremplin de Jazz or Jazz qui ont su parfaitement relever le défi de se retrouver sur la grande scène de Jazz à l’Evéché devant un public visiblement à l’écoute de ce jazz slamé qui avait séduit le jury en avril dernier. Sans oublier l’interlude décapant des filles du Qonicho Ah.

GP

HA ! QONICHO AH !

Qonicho Ah

Dans l’étroit réticule nommé ‘’caravane’’ se sont installées Morgane Carnet (aux saxophones) et Blanche Lafuente ( à la batterie).

Silence en instance de départ et elles sont parties, pas leurs corps trop utiles pour faire la musique mais leurs âmes qui soufflaient , battaient, géantes enveloppantes, galopant devant nous, les humains, entrainés vers le grand tout du monde.

La scène minuscule s’est remplie de chaos tumultueux : des cris modulés de molosses, des battements rythmés de bottes ‘’en marche’’, des explosions de portes fracturées, des gémissements d’enfants aux frontières de terres, expulsions, corps frappés, déchirures de vies, plaintes de misères en soi auxquels s’opposaient des hurlements de colère face à cette bêtise crasse des aveuglés de leur violence.

‘’En même temps’’, la scène devenue immense s’est remplie d’arborescences célestes, des voix qui clamaient la fragile et forte liberté d’être, de créer le plaisir d’un instant pérenne, des cascades d’échos graves et de notes fines humectant le soleil et le vent. Une poésie de la vie qui ouvre les bouches au sourire, enflamme les regards d’imaginaires, donne l’envie de créer.

D’un seul souffle Qinocho Ah ! a subjugué les nombreux auditeurs qui pendant une heure ont oublié…

Merci à elles deux.

 

Commentaires

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  1. Bof ! Qonicho Ah !
    Sons désincarnés et phrasé musical plutôt pauvre sombrant dans le répétitif, mais sans le souffle et l’inspiration d’un Guillaume Perret !
    Performance sans perspective dans une programmation “Jazz à l’ Évêché” ratatouille qui veut plaire à tout le monde et remplir à tout prix une jauge pour continuer à exister !
    Dans la même veine, Magcentre aurait pu encenser Électric Vocuhila si l’heure de passage en caravane n’avait pas été trop tardive !

    Pour ne pas laisser croire que tout était à l’avenant et que je serais négatif sur toute la programmation, je trouve très juste le billet de GP sur le concert d’ Yilian Canizares, tout en notant que c’était plus de la musique World de bonne qualité que du Jazz…même si on a maintenant tendance à mettre ce dernier à toutes les sauces !

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