La métropole d’Orléans zéro déchet ? la question est posée au tribunal … citoyen

Le collectif CITLAB et le CRIJ Centre-Val de Loire avaient organisé fin juin un tribunal citoyen sur le thème du « zéro déchet ». Une audience qui permet aux témoins d’évoquer les initiatives régionales afin de réduire le volume de nos déchets.

« Orléans Métropole zéro déchet, est-ce possible en 2025 ? » Titre de conférence ? D’un débat public ? Ni l’un mais l’autre : il s’agit de la question au cœur de l’audience du 20 juin dernier au tribunal citoyen d’Orléans Métropole. Attention, si la forme ressemble à celle d’un tribunal – la juge et les magistrates sont bien en robe, les témoins viennent bien partager leur expertise, la décision finale est prise par un jury, – l’événement tend davantage « entre la conférence gesticulée et la pièce de théâtre », comme le précise Elise Chasle, membre du collectif CITLAB, ici dans le rôle de la Présidente du tribunal. D’un côté « une avocate qui vient défendre la faisabilité du projet », en l’occurrence la métropole d’Orléans qui passerait au zéro déchet d’ici 2025, de l’autre « une procureure qui la réfute ».

516 kg de déchets

Cette dernière commence son plaidoyer par quelques chiffres: 516 kg de déchets annuellement produits par les Orléanais, 17 % de refus de tri à Orléans. « Les déchets sont un problème » admet la procureure Justine Davasse, dans un rôle de composition (elle donne des conférences sur le zéro déchet et la transition écologique). Mais comment la métropole peut-elle « rattraper un laxisme vieux de 50 ans en six et demi ». Impossible pour la procureure. Outre ce problème logistique, celle-ci souligne surtout les problèmes engendrés par « la dictature du zéro déchet » : perte d’emploi, déclin de l’économie et surtout le manque de temps. « Chacun fait de son mieux et a une vie à gérer au-delà de sa poubelle ».

« Je déplore le peu de foi que vous avez pour la condition humaine » lui répond l’avocate Clémence Deback. Alors que « la planète bleue fait grise mine », cette dernière a cité bon nombre d’exemples qui ont permis de lutter contre l’accumulation de déchet, dont celui de la ville de San Francisco, qui recycle aujourd’hui 80 % de ses déchets. Elle prend aussi le cas de son foyer (2 adultes et 2 enfants), qui en pensant au zéro déchet a diminué de plus de 15 % son budget alimentation, entretien et hygiène. « Mieux qu’une vie au-delà de sa poubelle, c’est une vie sans poubelle qui est possible ».

Emballage en bois ou meubles en récup

Suite à au réquisitoire de la première et la plaidoirie de la seconde, c’est au tour des témoins de venir (métaphoriquement) à la barre, venus présenter des initiatives « zéro déchet ». Comme celle de Véronique Fouyou, qui avec d’autres copropriétaires de sa résidences à Olivet (45), a mis en place un compost collectif. Un succès puisqu’il est désormais largement sollicité par l’ensemble des habitants. Au point d’en mettre en place un second sous peu.

Autre exemple, cette fois-ci de la part d’une entreprise : CF-EMBAL conçoit des barquettes en bois naturel et compostable. En plus d’être bio-dégradables, ces emballages en bois ont une empreinte carbone bien moindre que le carton ou le plastique : 72 kg de CO2 sont émis pour 1 T d’emballage en bois conçue, contre 774 kg et 1 000 kg de CO2 pour 1T de carton ondulé et de plastique respectivement. Citons aussi l’atelier Tac, qui conçoit des meubles à partir de matériaux de récup à destination des particuliers ou des professionnels.

Si de plus en plus d’entreprises développent leurs actions en faveur de la réduction des déchets, c’est aussi le cas des collectivités. Comme à Châteauneuf-sur-Loire (45) qui a mis en place un système de redevance incitative pour la collecte des déchets. « C’est comme pour l’eau et l’électricité, c’est un principe d’utilisateur payeur. On paie pour ce qu’on consomme, ou dans ce cas, pour ce qu’on jette » explique Daniel Breton, président du Sitcom, syndicat en charge du traitement des déchets sur l’intercommunalité de Châteauneuf-sur-Loire.

Jeter, c’est payer

Le principe : au lieu de payer une taxe fixe pour l’ensemble des foyers, la redevance introduit une part de proportionnalité en fonction du volume d’ordures ramassées. Pour cela, les camions poubelles sont équipés de balance, permettant de mesurer la quantité de déchets produits pour chaque foyer. Ainsi, plus on jette, plus on paye. Introduit pour la première fois en 2013, cette redevance a permis de réduire de moitié le nombre de déchets produit par l’intercommunalité en quatre ans.

Mais Châteauneuf-sur-Loire n’est pas la seule collectivité qui s’investit dans le zéro déchet. En effet, les région  sont chargées, depuis la loi NOTRe, de la planification de la gestion des déchets. Elles doivent ainsi mettre en place un Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire, qui prévoit la prévention et la réduction des déchets d’ici 2025.

Mais la région Centre-Val de Loire a décidé d’aller plus loin que la loi, en proposant, suite à plusieurs mois de délibération, « le plan le plus ambitieux de France » selon Charles Fournier, vice-président au conseil régional, en charge de la transition écologique et citoyenne. Un plan qui prévoit entre autres de valoriser à 100 % les bio-déchets, de réduire de 10 % les déchets du BTP ou encore de interdire la construction de nouveau incinérateur de déchet dans la région. Un plan qui envisage également un scénario zéro déchet d’ici 2050. Pour cela, Charles Fournier compte également sur la mobilisation citoyenne : « les solutions ne viendront pas que d’en haut, mais aussi des citoyens. Le rôle d’un élu, c’est de faire en sorte que ces solutions réussissent ».

Après ces témoignages, c’est désormais au tour du jury de donner son verdict. A la question « Orléans Métropole zéro déchet, est-ce possible en 2025 ? », le jury répondra en deux temps : le zéro déchet à Orléans, c’est possible et souhaitable, mais juste « irréaliste à l’horizon 2025 ». Un verdict prudent, certes, mais qui, selon la Présidente du tribunal Elise Chasle, « invite à d’autres possibles ».

NPVS

C’est la seconde fois que le collectif citoyen CITLAB et le Centre Régional Information Jeunesse (CRIJ) Centre-Val de Loire propose ce format de tribunal citoyen à Orléans. La précédente audience, qui avait eu lieu en février dernier, portait alors sur la démocratie participative. « C’est un excellent format pour engager et sensibiliser les citoyens dans une démarche d’éducation populaire » note Philippe Rabier, membre du collectif. Un troisième tribunal, dont le sujet n’est pas encore fixé, devrait être prévu d’ici la fin de l’année.

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