Les faits et le ressenti

Cela nous aura pris du temps, cartésiens que nous sommes, adeptes de la réalité quantifiable, pour intégrer la mystérieuse notion de ressenti dont nous parlaient les présentateurs météo. Il allait faire 12° mais, selon le cas, la direction du vent, l’humidité ambiante et l’âge du capitaine, nous allions avoir une sensation printanière ou nous les Gérard Hocmardgeler, à chacun de choisir.

Par Gérard Hocmard

À la réflexion, cela collait assez bien avec l’impression que nous donnent certains interlocuteurs qui, comme Saint-Simon l’avait déjà remarqué à propos d’une certaine duchesse, vous « pompent l’air », où avec le froid dans le dos que nous font certains personnages bizarres croisés en chemin.

À l’inverse du grand public, il ne semble cependant pas que l’Olympe politique ni les spécialistes de marketing aient totalement intégré cette notion de ressenti. À preuve les campagnes publicitaires de Oui nous incitant à bous évader en profitant des ponts en plein milieu de la grève SNCF ou celle d’Air France-KLM invitant aux voyages lointains pendant que les pilotes campés sur leurs privilèges l’interdisaient. Le ressenti était plutôt bouillant et volcanique lorsque ces « pourriels » venaient encombrer nos écrans.

On peut dire la même chose de la décision d’imposer une limitation de vitesse à 80km/h sur les routes de campagne, dégagées ou non. On veut bien croire qu’elle n’a pas l’intention d’« emmerder le monde, mais de sauver des vies » et l’on pourrait peut-être aussi songer à sauver des vies en se préoccupant de l’alcool, des drogues ou du téléphone au volant, des routiers au long cours qui regardent la télévision en conduisant (si ! si !). Seulement les faits, les faits têtus, sont là : cette mesure emmerde le monde ! Chassez le ressenti, il passe au turbo !

N’y aurait-il pas également comme un problème de ressenti à propos de la nouvelle vaisselle de l’Élysée, dont la commande à la Manufacture de Sèvres se justifie peut-être en soi mais fait tache dans le climat de hausse des impôts et de limitation des dépenses ? Quid également de la piscine hors sol (ah, la fâcheuse expression !) de Brégançon, justifiée, semble-t-il, par des raisons de sécurité, mais insolite (pour ne pas dire plus) dans le contexte actuel ?

Il va falloir creuser ça. La notion de ressenti, bien sûr, pas la piscine, puisqu’elle est hors sol.

Gérard Hocmard

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