Blois : entre foot et basket, mon cœur balance…

Au moment où l’ADA Blois Basket 41 s’apprête à plaider sa cause devant la chambre d’appel de la Fédération française de Basket, à Paris ce jeudi 12 juillet, il n’y a pas que l’accession en Pro A refusée qui agite le marigot blésois. François Jacob, charismatique président du Blois Foot 41 a jeté le pavé dans la mare : et si Blois n’avait pas les moyens sportifs de ses ambitions, tous sports confondus ? Manque d’infrastructures, financement inique des clubs, jeunes laissés sur le carreau : enquête sur deux sports à Blois, l’un populaire l’autre moins.

Le 19 mai dernier, lors de la victoire du Blois Foot 41 3-0 contre Saint-Cyr-sur-Loire assurant du même coup sa montée en Nationale 2, la 4e division du foot français

« Personne n’est autorisé à rouler à gauche au mépris du code de la route même si on connait bien le ministre des transports ! ». François Jacob, président du Blois Football 41 et chef d’entreprise dans le BTP, n’y va pas avec le dos de la cuillère. « À toute chose malheur est bon » ajoute-t-il même pour enfoncer le clou. De quoi parle-t-il ? De la non validation par la Ligue nationale de basket de la montée de l’ADA Blois Basket 41 en Pro A. Des propos qui ont été diversement appréciés sur le parquet du Jeu de Paume, et dans ses coulisses… Pourtant sportivement qualifiée – championne de Pro B lors de la saison qui s’est achevée – l’équipe blésoise s’est en effet fait retoquer l’agrément de son centre de formation par le ministère des Sports, condition sine qua non pour l’accession. Une équipe de U18 (18 ans) doit aussi voir le jour pour pouvoir accéder à l’élite.

Paul Seignolle (à d.) pdt de l’ADA, et Philippe Sudre, dirigeant du centre de formation.

Selon le président de l’ADA Paul Seignolle : « Depuis 2 ans, on interpelle la Fédé (son président Jean-Pierre Siutat) à travers la Ligue du Centre de basket pour avoir une équipe en U 18. C’est toujours un refus ». Le centre de formation pourtant, il existe, « avec 7 ou 8 jeunes et il est dirigé par Philippe Sudre. Il sera inauguré le 30 août prochain au Jeu de Paume (la salle polyvalente où évolue l’ADA, Ndlr) » ajoute-t-il. L’ADA semblait pourtant avoir fait le maximum, et avait communiqué tous azimuts : elle ne pouvait ignorer le règlement, depuis presque un an et les bons résultats en Pro B la saison 2016-2017. Complot ? Règlement de compte ? Favoritisme pour d’autres clubs comme Boulazac qui serait repêché ? Paul Seignolle se refuse à l’imaginer : « On a toujours été cité en exemple pour notre gestion financière. On a reçu des félicitations. On nous fait même intervenir pour témoigner ». L’ADA est financièrement soutenue par des « partenaires privés (220 entreprises) via le Basket club entreprises, qui représente 50 % du budget ». Et ça n’est pas tout : « Nous venons de recevoir le Label Bronze de la LNB, c’est la première fois qu’un club n’ayant jamais évolué en Pro A est ainsi labellisé pour sa gestion sportive, administrative, financière et marketing. Nous avons obtenu 256 points » (il en fallait 250). Sur les réseaux sociaux, l’affaire s’emballe, et la pétition lancée par l’ADA a déjà rassemblée plus de 7.200 signatures, assurant un soutien populaire, à défaut de vraiment médiatique.

Manque de stades et de parquets pour les jeunes footballeurs et basketteurs

Cela étant, l’affaire n’était probablement pas si entendue que cela : fin mai dernier, le maire de Blois, Marc Gricourt, avait envoyé un courrier à la ministre des Sports Laura Flessel, lui demandant d’examiner attentivement la candidature du centre de formation de l’ADA et de faire preuve de diligence. En bas de cette page d’union sacrée en faveur du club, en plus de sa signature, celles de Paul Seignolle, Christophe Degruelle (président d’Agglopolys) et Nicolas Perruchot (président du Conseil départemental). Jacqueline Gourault, sénatrice de Loir-et-Cher et adjointe au ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, a même été appelée à la rescousse, pour soutenir ce courrier de la dernière chance. Ça devait déjà sentir un peu le cramé, car le 2 juin autour d’une table face aux médias, les mêmes – plus Mohamed Moulay de la Région Centre-Val de Loire – ont sorti le carnet de chèques pour allonger le budget de l’ADA la saison prochaine. De 2,245 M€ celui-ci augmentera de 800.000 € dont 400.000 € de partenaires privés et… 400.000 € de la puissance publique, sans détailler qui donnerait quoi, « Nous n’avons pas de chiffres à donner concernant l’engagement de chacun », avait alors dit le maire de Blois. On savait juste qu’Agglopolys devait faire un chèque de 72.000 € pour la mise en conformité de l’éclairage de la fameuse salle du Jeu de Paume… inaugurée en grande pompe en septembre 2017. Toute neuve, mais déjà inadaptée pour la retransmission télé des matchs de Pro A… On a connu plus anticipateur. Quoi qu’il en soit ces 400.000 € sortiront bien de quelque part, et notamment de la poche du contribuable blésois, de son agglomération, du département et de la région.

François Jacob, pdt du Blois Foot 41.

Ce qui fait sortir de ses crampons le président du Blois Foot 41, qui tacle à tout va : « L’agglo, la Ville, le Département, la Région se sont mis autour de la table et ont allongé 200.000 € chacun. L’ADA s’est dit : « il y a du pognon ! ». Ce dernier regrette aussi que « depuis 15 ans on a supprimé 5 ou 6 stades à Blois. Or il y a des jeunes qui veulent jouer. Le Blois foot refuse chaque année environ 100 enfants par manque de stades. On favorise ainsi le foot communautaire… ». Un manque d’infrastructures que déplore également à sa manière Paul Seignolle, en citant les U13 et les U 15 (les 13 et 15 ans) qui ont – paradoxe – du mal à s’entraîner sur des parquets blésois…

L’agglo finance des manifestations sportives, pas les clubs

L’ex plaine de jeu de La Boire à Blois, où se trouvaient des terrains de football et de rugby. Désormais en friche, ils ne peuvent plus recevoir d’entrainements et vont servir d’aire de grands passages des gens du voyage.

En mai dernier, le Blois Foot 41 a décroché sa montée en Nationale 2 (la 4e division française) et les U17 (17 ans) accèdent au championnat national, l’équivalent de la Ligue 1 pour leur catégorie ! De bons résultats que François Jacob met en avant pour défendre son bifteck face à la « danseuse-basketteuse » des élus blésois et tenter de gratter quelques subsides quand beaucoup d’argent public va vers l’ADA. Il met notamment en cause l’agglo – Agglopolys – et son président Christophe Degruelle, pour lequel il a des mots peu amènes : « Il s’abrite derrière l’argument de dire : on n’a pas la compétence du sport. Mais le stade de Vienne a été supprimé. La plaine de la Boire aussi car en zone inondable. Ça ne coûterait pourtant pas cher au contribuable communautaire, une plaine de jeu avec des stades pour que les jeunes d’ici jouent au foot. Pourquoi on paierait des mercenaires avec de l’argent public ? » dit-il visant clairement les joueurs de baskets. « 70 % des jeunes au Blois Foot 41 viennent de la ZUP, ça n’est quand même pas rien non ? Et le Blois Foot est propriétaire de son foncier, lui » enfonce-t-il encore, visant l’équipement hors norme mis à disposition de l’ADA pour le basket en septembre dernier – certes contre un loyer – alors que le foot peine à trouver des stades pour jouer.

La salle du Jeu de Paume à Blois. 2.500 spectateurs en mode “basket”.

Interrogé sur le sujet, le président d’Agglopolys se défend de donner plus d’argent au basket qu’aux autres sports : « La question ne se pose pas en ces termes. Les communautés de communes ne sont pas des collectivités territoriales comme les autres. Elles n’ont pas la clause de compétence générale. Ce sont des EPIC (Établissements publics de coopération intercommunale), qui ont des statuts. Elles ont des compétences obligatoires, d’autres facultatives, d’autres optionnelles, ou supplémentaires. Par exemple, elles n’ont pas la compétence sportive, celle-ci est restée aux communes. Néanmoins nous avons pensé qu’un certain nombre de manifestations pouvaient être soutenues par Agglopolys. C’est pour cela que nous soutenons le Marathon de Cheverny, le Tour du Loir-et-Cher, les Internationaux de tennis de Blois, le tournoi de football jeunes de Chitenay/Cellettes, le trail de Molineuf, le trail de Saint-Gervais-la-Forêt. Ces 6 manifestations sont soutenues à travers le développement durable, par l’engagement des organisateurs au respect d’une charte d’organisation de manifestation éco-responsable ; la promotion d’Agglopolys sur les supports de communication de la manifestation ; la fourniture de prestations de places, repas, invitations. C’est une décision qui engage ce partenariat et qui est réglée via une facturation établie par le bénéficiaire. Il ne s’agit pas du versement d’une subvention ».

« Je ne suis pas dans la polémique »

D’accord, mais quand même, cette belle salle du Jeu de Paume, c’est un sacré équipement quasiment entièrement dédié au basket non ? « Avec l’ADA, nous avons un contrat réciproque : nous leur louons le Jeu de Paume pour 150.000 €/an, et nous leur achetons des places à hauteur de 100.000 €. Nous, avec Agglopolys, nous soutenons les manifestations, pas les clubs » martèle-t-il. Une salle du Jeu de Paume qui s’est du reste toujours présentée comme « polyvalente » – ce qu’elle est de fait – pouvant aussi servir à de (trop rares) concerts, des forums professionnels, des salons pour entreprises, la possibilité d’en louer une partie pour des manifestations privées ou associatives etc. « Concernant le Blois foot 41 et les propos de François Jacob (1), je n’ai jamais fermé la porte à cela, je ne suis pas dans la polémique comme F. Jacob. Ses déclarations sur l’ADA n’engagent que lui, mais il est maboule de dire cela comme ça. Posez-lui la question de savoir pourquoi il ne paie pas l’utilisation du stade des Allées par exemple ? », conclut le président de l’agglo qui claironne à qui veut l’entendre qu’il préfère le football au basket.

Les frères ennemis du sport blésois

L’équipe de l’AAJB (ancêtre du Blois Foot 41) en 1980-1981. L’âge d’or du foot à Blois.

Derrière cette apparente guerre des chefs, deux conceptions du sport, de son rôle éducatif, de son rayonnement sur un territoire et au-delà. Un point commun aussi, quand même : les deux présidents sont des chefs d’entreprises, avec leurs méthodes : l’un venant du BTP, brut de décoffrage, pragmatique au franc parler qui fait jaser (F. Jacob) ; l’autre est aussi président du Medef, avec lui aussi son franc-parler à l’accent chantant et qui a peut-être pensé que « ça passerait » en y allant au forceps (P. Seignolle). « On sait maintenant qu’il y a une bonne équipe de basket à Blois ; je ne suis pas certain que l’on sache qu’il y a une équipe de football », lâche le président de l’ADA Blois basket. « Dieu merci, la règle prévaut sur tout passage en force et/ou toutes autres combinassions qui seraient de nature à donner le mauvais exemple et à décourager tous les dirigeants de club qui sont dans les clous ! » s’exprimait F. Jacob sur le site Internet du Blois Foot fin juin dernier. C’est peut-être finalement un certain Kilian Mbappé qui pourrait les départager, lui qui disait récemment dans un article du Monde le 14 juin au moment où démarrait la coupe du monde en Russie : « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Dans le foot, il ne faut pas dire ce qu’on pense. Mieux vaut dire ce que tout le monde veut entendre ». Dans le basket aussi, probablement.

F.Sabourin, avec J-L. V.

(1) Christophe Degruelle est nommément visé par un éditorial signé du président du Blois Foot 41 posté sur leur site Internet : « La fête continue, la fête bat son plein ! »

Note : pour les besoins de cette enquête, l’avocat de l’ADA Blois Basket Me Thierry Braillard, député du Rhône et ancien secrétaire d’État chargé des sports (2014-2017) a été contacté. Ce dernier n’a pas répondu à nos sollicitations.

Commentaires

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  1. Quoi qu’il en soit, ce sont des sommes colossales qui sont versées aux clubs sportifs. Que dire des autres associations ? Des associations dites culturelles en particulier ?

    Une vingtaine d’association du centre-ville souhaitaient avoir un local partagé pour se réunir, faire des expos, des conférences, animer le centre-ville.
    Le lieu : les locaux de l’ancien observatoire Loire, situé quartier du Puits-Châtel, qui sont du 16e siècle et possède un petit jardin, qui aurait pu devenir un lieu pédagogique pour les enfants.
    Le coût selon la mairie : 40.000 € pour le mettre aux normes

    Réponse de la mairie : impossible, 40 000 € c’est beaucoup trop cher !!!
    Alors, le maire a prévu de vendre ce bâtiment du 16e siècle, ainsi que son petit jardin attenant…

    Ces 20 associations, qui ne reçoivent aucune subvention de la part de la ville, qui n’ont aucun local pour se réunir, et qui étaient prêtes à faire vivre ce lieu pour animer ce quartier, devront donc continuer à se réunir dans les bars ou chez les uns et les autres (quand c’est possible), et sont toujours dans la quasi-impossibilité de faire des expositions et des conférences à Blois (à moins de devoir payer 200 e à l’agglo pour louer un lieu pendant 3 heures).

  2. On peut aimer les deux.
    Le basket est professionnel, je trouve normal que l’agglopolys aide le club mais je trouve également que le Blois Foot 41 pourrait obtenir une aide dès cette année car il monte d’une division ( N 2 ).

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