Luc Rosenzweig, une plume s’en est allée…par François Puyo

Merci à Christian de rappeler que Luc Rosenzweig a fait les beaux jours des Nouvelles d’Orléans, journal dont j’étais à l’époque (fin des années 70, début des années 80) un modeste rédacteur.

Luc Rosenzweig dans les années 80 aux Nouvelles d’Orléans.

Le visionnaire et débonnaire Etienne Verdier en était le directeur et le rédacteur en chef. C’est à lui que revenait la lourde mais exaltante tâche de manager son “équipe” composée de personnalités rebelles, dotées de plumes agiles. Je pense notamment à celles de Jean-Bernard Autin, de Dominique Prime, de Nanou Perdereau, d’Alain Grousset, de Jean-Pierre Calenge, des frères Derenne, de Jean-Michel Descroix et du dessinateur Philippe Bertrand (liste non exhaustive). Cette aventure journalistique avait pour dénominateur commun la volonté de jouer les poils à gratter et de porter la contradiction à la trop révérencieuse République du Centre que nous appelions “La Pravda”.

“On peut rire de tout…”

De Luc Rosenzweig, je me souviens de sa bruyante et capricieuse Rémington avec laquelle il noircissait ses feuillets, de ses éternelles clopes brunes dont la cendre tombait tantôt dans son clavier, tantôt sur ses chemises à carreaux et pantalons de velours.

Un peu plus âgé que la plupart d’entre nous, notoirement érudit, doté d’un humour décapant et d’un rire communicatif, Luc était pour nous un modèle, sa machine à écrire en imposait sachant que nous en étions encore à l’âge du stylo.

François Puyo.@Pages Publiques.

Adepte de la formule de Pierre Desproges “On peut rire de tout mais pas avec tout le monde”, Luc, fier de ses origines ashkénazes, était passé maître dans les histoires juives où les séfarades n’avaient jamais le beau rôle. Il cultivait avec gourmandise ce conflit de famille propre à sa communauté. Ainsi déclencha-t-il une guerre qui dura beaucoup que six jours en qualifiant, dans l’une de ses chroniques, de “jazz couscous” la musique jouée par le saxophoniste, ami des Nouvelles, Jean-Jacques Taïb. Les deux hommes ont failli en venir aux mains avant de se réconcilier autour d’une table du Caveau des Trois Maries.

Curieux de tout, il était capable d’enchaîner un papier plein de panache sur un fait divers en apparence anodin, de donner envie d’aller voir un film Art et Essais projeté au Martroi, une exposition de peinture abstraite de l’un de ses copains ou de faciliter la compréhension des conflits “picrocholin” du PS orléanais.

 

Les billets de Luc

Luc Rosenzweig.

Ses billets d’humeur, titrés ” Billet de Luc” étaient en Une des Nouvelles. Ils se relisent encore aujourd’hui avec un grand bonheur. Un facétieux metteur en page de Roto-Centre, Thierry Sagot, avait pris un jour l’initiative de modifier, à l’aide de son cutter, l’ordre des lettres de “Luc”. Ce verlan lui valu une belle engueulade d’Etienne Verdier mais en catimini,  les compliments complices de Luc.

Si son amie Elisabeth Lévy (Causeur) écrit dans son joli témoignage n’avoir jamais vu Luc s’énerver”, je me souviens pourtant de ses montées dans les tours lorsqu’il défendait ses idées qui pouvaient au yeux de certains, s’apparenter à des partis pris.

Pourquoi avait-il quitté l’Education Nationale ? je n’en sais trop rien, il devait pourtant être un prof passionnant. Là encore je me souviens de l’échange qu’il avait eu en ma présence avec une jeune fille dans un café proche du Journal. Elle portait un foulard alors à la mode, le “Kefié”, signe d’adhésion à la cause palestinienne.

L’élégante jeune fille ignorait tout de l’origine de ce tissu à damier et Luc a tenu, sans arrière pensée militante à lui en faire l’historique et ceci de façon très pédagogique…

Son éphémère carrière de  prof d’allemand dans le Loiret a fort mal commencé et explique peut-être sa brièveté. Sa première affectation l’a conduit au lycée de Phitiviers. Etablissement sans histoire, en apparence, sauf qu’il avait la particularité d’être construit non loin de l’un des deux camps d’internement du département, d’où partaient les convois de la mort. Ce passé était à l’époque encore très confidentiel mais Luc s’est chargé de donner un coup de projecteur sur cette période très sombre de l’histoire locale.

Autre télescopage, Orléans était devenue la ville d’adoption de ce haut savoyard. Il y était très attaché,  or la cité de Jeanne était aussi celle de la sale rumeur antisémite apparue en 1969. Il chercha longtemps (toujours ?) à comprendre les ressorts de cette folle cabale aux côtés notamment  de Pierre Müller ou de Jean-Bernard Autin.

Un amoureux du football

 

Luc adorait le football et on aurait apprécié ses commentaires sur la récente épopée des Bleus. En octobre 1981, dans l’un de ses derniers billets parus dans les Nouvelles, il commentait une récente décision de la FIFA visant à contenir les effusions de joie des joueurs après un but marqué.

 

Il ne comprenait pas ce rappel à l’ordre moral et se lamentait à l’idée de ne plus voir les joueurs s’embrasser et s’administrer de viriles caresses. Décision qui, soit dit en passant, n’est pas rentrée dans les mœurs.

Luc tempérait son point de vue en extrapolant cette mesure, suite à une question posée par un proche : “Serais-tu content si à chaque fois que tu écris un bon article tes collègues et ton rédacteur en chef se précipitent sur toi pour te faire des bises ?” et de conclure : “j’avoue que cet argument massue m’a convaincu !”.

Bises à toi quand même Luc !

 

François Puyo

Commentaires

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  1. Dans l’equipe des Nouvelles d’Orleans je me souviens des articles fort remarqués de Jean Bernard Autun , Historien et poête à ses heures sa poesie ” Ma Loire” fut lu lors de ses obseques en 1992 à la Cathedrale ste Croix d’Orleans je l’ai conservée dans le numero de “Reflets du Loiret” de Fevrier 92..dommage que je ne puisse le retranscrire ici celà prendrait trop de place …seulement le debut :
    ” Ivre de sable lourd
    En courbes assoupies
    Ivre lorsque tu sourds
    A Bouteille sur ton dhuit
    Ivre dans tes envours
    Ivre de nos espoirs
    Je te salue ma Loire ….
    la suite pour qui le demandera !

  2. Merci, cher François Puyo, pour ce beau témoignage. L’équipe des « Nouvelles d’Orléans » a grandement contribué, avec verve, au si nécessaire pluralisme de la presse, ici comme partout. J’ai eu le plaisir de dialoguer avec Luc Rosenzweig quand il était aux « Nouvelles d’Orléans », puis à « Libération », puis au « Monde ». Il était amical, engagé, très soucieux de la véracité de l’information. Il était un journaliste passionné et passionnant. Amitiés à ses proches !

    Jean-Pierre Sueur

  3. Très bel hommage de François Puyo. Je n’ai pas connu Luc Rosenzweig. J’ai découvert son “look un peu négligé volontaire” sur la photo d’illustration. Les Nouvelles d’Orléans ont accompagné mes deux années passées à l’Université d’Orléans et m’ont donné l’envie d’y revenir plus tard.

  4. Merci François pour cette juste et belle évocation de de Luc.
    Il aurait aimé le style de ton papier.
    Nanou

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