A Saint-Sauveur-en-Puisaye, (Yonne) une maison-livre

Elle a ouvert ses portes en mai 2016 par la volonté d’une poignée d’admirateurs de l’écrivain. La maison de Colette n’est pas un musée, mais une maison d’écrivain. Il n’y a ni barrière, ni dispositif muséographique. Tout était là, il suffisait de réveiller le passé, de recréer l’atmosphère. Ainsi était le projet : réaliser le vœu le plus secret de l’écrivain, fixer le décor d’une enfance heureuse.

La maison vue depuis le jardin

Elle se visite comme une maison-livre, selon l’expression de l’écrivain et journaliste Jérôme Garcin. Tout simplement parce qu’elle fait partie intime de son œuvre littéraire. La maison natale de Colette est plus qu’une maison d’illustres, c’est un véritable personnage que l’on retrouve dans ses livres, ainsi dans la Maison de Claudine, Claudine à l’école ou Ces dames anciennes. Sise au 8, rue de l’Hospice (l’actuelle rue Colette) à Saint-Sauveur, dans l’Yonne, cette grande bâtisse bourgeoise ne fut jamais pour elle un lieu d’écriture mais simplement l’endroit où elle vécut les dix huit premières années de sa vie.

Colette et son jeune frère Léo

C’est en effet là qu’est née en 1873 Gabrielle, fille d’Adèle Sidonie Landoy dite Sido née à Paris et mariée en seconde noces avec le capitaine Colette, puisque tel était son patronyme. Sa mère, originaire de Paris, avait suivi son premier mari, un certain Jules Robineau-Duclos, riche propriétaire de Saint-Sauveur dont elle eut deux enfants. Mais l’homme un tantinet ivrogne n’était pas de tout repos. Heureusement il eut le bon goût de mourir huit ans après leur mariage. Et la jeune Sido trouva le bonheur en seconde noces avec le capitaine Colette,un méridional originaire de Toulon et détenteur de la charge de percepteur en compensation de la perte de sa jambe lors de la guerre d’Italie. Choyée et aimée, Colette vécut une enfance bourgeoise heureuse dans cette grande maison de treize pièces au toit d’ardoise. Et c’est avec tristesse qu’elle dut la quitter avec sa famille pour raisons financières.

Un paradis perdu

Après avoir déménagé à Châtillon-Coligny, elle part s’installer à Paris à la suite de son mariage avec Willy. Le 30 décembre 1911, Sido écrivait à sa fille : “Je voudrais tant que vous gardiez la vieille maison, tes frères et toi. J’y ai été très malheureuse et ensuite très heureuse avec ton père. Ah s’il avait été plus prudent, que nous serions encore tous heureux… » La maison connaîtra trois propriétaires. Le dernier, un soyeux de Lyon grand admirateur de l’écrivain fit cadeau de l’usufruit à Colette. Mais elle n’y revint pas. La légende veut que les habitants du village n’apprécièrent pas la manière dont ils étaient décrits dans ses livres et que lors de la pose d’une plaque sur la maison à sa gloire en 1925, elle était attendue avec des pierres… En 2006, le dernier propriétaire mit en vente la maison inoccupée depuis une dizaine d’années. C’est alors que se mobilisa la Société des amis de Colette qui alertèrent les pouvoirs publics.

Le renouveau

Le salon

Une association « La Maison de Colette » fut créée, et en 2011, la maison fut acquise avec l’idée de la restaurer, de lui redonner la vie qu’elle avait à l’époque de la jeunesse de Colette. Après le lancement d’une souscription en 2015 pour financer sa réhabilitation, les travaux purent commencer. Un seul guide, l’œuvre de l’écrivain : il suffit de parcourir ses textes où elle décrit la couleur et les motifs des papiers peints, la forme et les tissus des fauteuils, l’emplacement des bibelots, le contenu de la bibliothèque… Vint alors le travail exceptionnel des spécialistes qui recréèrent les supports et les décors des pièces : enduits à la chaux, verres soufflés des fenêtres, faux marbre des plinthes. Les fragments de papiers peints  accrochés aux murs permirent de retrouver les motifs. Des planches de bois furent regravées, les couleurs réimprimées les unes après les autres. Il fallut retrouver le mobilier chez des particulier ou des antiquaires, ou chîner des objets d’époque conformes… Encore une fois, les textes de Colette furent consultés ainsi que les inventaires et les actes notariés. Au total 20% des meubles et objets retrouvèrent leur place.

Le royaume de Sido

Le jardin occupe une place essentiel dans l’œuvre de Colette, « Tout est encore devant mes yeux, le jardin aux murs chauds, les dernières cerises sombres pendues à l’arbre, le ciel palmé de longues nuées roses, tout sous mes doigts : révolte vigoureuse de la chenille, cuir épais et mouillé des feuilles d’hortensias, et la petite main durcie de ma mère… » (La maison de Claudine, 1922). Du jardin conçu amoureusement par sa mère, il restait peu de chose. Pour les restaurateurs, il fallut en plus relire les manuels de jardinage qu’utilisait Sido et s’inspirer des jardins du XIXe siècle. Ils recréèrent ainsi, selon Bernard Pivot, « le plus célèbre jardin des lettres françaises ».

Le 21 mai 2016, avait lieu l’inauguration de la maison de Colette dont les travaux de réhabilitation furent conduits par l’architecte Pascal Prunet et par Françoise Phiquepal, architecte-paysagiste.

La découverte

Le visiteur est accueilli dans le jardin « d’en face » qui offre un point de vue sur la maison. Il est conduit ensuite à l’intérieur après avoir franchi le perron avant de pénétrer dans la salle à manger.

« … Pour accompagner, au retour de l’école, les en-cas modestes, côtelette, cuisse de poulet froid ou l’un de ces fromages durs « passés » sous la cendre de bois , j’eus des Château-Larose, des Château-Lafite, des Chambertin et des Corton qui avaient échappé en 70 aux « Prussiens… Ma mère rebouchait la bouteille entamée, et contemplait sur les joues la gloire des vins français. » (Prisons et paradis 1932)

Le salon

La pièce la plus vaste de la maison, où se tient la famille la plupart du temps. Aux murs, un étonnant papier peint aux « paniers chinois ».

« Sur la grande table, on a simplement poussé un peu de côté les livres à tranche d’or, le jeu de jacquet et la boîte à dominos pour faire place au gâteau arrosé de rhum et au vieux frontignan décoloré… » (Cadeaux de Noël, L’Herbe).

La chambre de Sido

C’est dans cette pièce que Colette est née. Le décor lui était cher : les rideaux de Perse fleuris, le miroir doré avec la pendule en palissandre incrusté et la « magnifique armoire à glace en palissandre doublée de thuya satiné ». Parmi d’autres objets authentiques, le panier en osier de Sido et son cachemire jeté sur le fauteuil.

La chambre de Juliette

La chambre de Juliette

Au mariage de sa sœur Juliette, Colette occupa cette grande chambre lumineuse meublée d’un placard-cabinet de toilette et d’un lit en fer forgé. Au mur, un papier peint « étoilé de de bleuets sur un fond blanc gris ».

La chambre d’enfant

« Ma chambre d’enfant n’a connu aucun luxe, et même pas un confort élémentaire » (Mes apprentissages 1936). Et pourtant dans cette chambre glaciale et humide « suspendue au-dessus de l’entrée cochère », Colette n’a conservé que de charmants souvenirs dans sa « tanière enfantine à grosses poutres ».

Le jardin

Le jardin, vu depuis le premier étage

Ici nous voyons le jardin-du-haut, c’est le royaume de Sido, qui transmet son amour des plantes à sa fille pour qu’elle s’éveille à la découverte de la nature et de ses merveilles : géraniums, lupins bleus, reine-des-près… Au fond à droite, l’allée conduit au jardin-du-bas, « potager resserré et chaud »

André Degon. 

 

 

Pratique

– La maison de Colette 8-10 rue Colette, Saint-Sauveur-en-Puisaye. Réservations et renseignements 03 86 45 66 20. Visites guidées. Tarifs, sur place :  11 euros ; en ligne : 10 euros. www.maisondecolette.fr

– le musée Colette dans le château, projet de la fille de Colette  repris à son décès par son demi-frère et le fils de son autre demi-frère. Le fond du musée est constitué des meubles, livres et objets de l’appartement du Palais-Royal de l’auteur. 

Château musée de Colette, à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Renseignements et réservations : 03 86 45 61 95. Tarifs : 6 euros.

www.musee-colette.com

A voir également

– Du 26 au 30 juillet : Comme ça me chante, festival de musique et de mélodie française (Beethoven, Debussy, Frank, Ravel… et improvisations jazz. Le 30 juillet, François Zygel revisite la maison de Colette. Renseignements et réservations : 03 86 44 44 05. Le festival se déroule à l’orangerie dans la cour du château.

Pour en savoir plus :

– office de tourisme de Puisaye-Forterre, www.puisaye-tourisme.fr ou 03 86 45 61 31.
– Tourisme Yonne, www.tourisme-yonne.com

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