Bains de soleil en Loire pour les phoques veaux-marins !

Oui vous avez bien lu ! De mai à septembre, des phoques marins prennent leurs quartiers d’été en Loire où ils chassent et profitent des bancs de sable pour de tranquilles bains de soleil… Attention, espèce protégée, à observer donc de loin.

Phoque Veau-marin ©Bernard Anglaret, naturaliste de la SOBA Nature Nièvre

Entre sternes naines et pierregarin, mouettes rieuses, petits gravelots, chevaliers guignettes, mais aussi loutres et castors… L’été, sur la Loire, à chacun son mètre carré de sable et de berge ! Mais depuis quelques années, tout ce petit monde doit partager avec un nouveau-venu : Phoca vitulina ou phoque veau-marin.

Pelage moucheté sur corps gris clair, brun foncé, ou noir, silhouette rondelette, 100 à 150 km pour 1,50 m à 2 m, adorable petite tête concave et longues vibrisses claires au bout du museau : vous ne rêvez pas, c’est bien lui !

Une protection spour un retour 

« Cela n’a rien d’exceptionnel !, précise René Rosoux, Vice-Président du Conservatoire d’Espaces Naturels du Centre Val de Loire. Déjà au Moyen-Âge, on voyait des phoques remonter les fleuves jusqu’à 100 km de l’estuaire. Ici, dans la région, ils remontent jusqu’à 600 km ». Fréquentant surtout les côtes de la mer du Nord et de la Manche (Baie de Sommes, Baie du Mont Saint-Michel…), il arrive souvent que les phoques veaux-marins pénètrent dans les fleuves, comme la Loire où leur présence est attestée sur l’Orléanais et la Touraine à la fin du XIXe siècle. Malheureusement considéré comme une espèce nuisible et concurrente à la pêche industrielle, le phoque veau-marin sera progressivement éradiqué jusqu’à ce que sa trace disparaisse au début des années 1970*. Bénéficiant d’une protection depuis 1995, l’espèce refait surface, essaime, et les sites de reproduction se redéveloppent considérablement en Europe : « Ce développement démographique amplifie la pression de voisinage dans les colonies et provoque une plus grande mobilité des jeunes (…) qui ont tendance à émigrer et à prospecter d’autres zones de pêche », décrit l’article collectif de René Rosoux, Emmanuelle Sarat et Patrice Notteghem, Des Phoques sur la Loire : Chimère ou réalité ?

Une Loire riche en poissons

Données et carte de présence de l’espèce : Direction interrégionale Ile de France/Centre Val de Loire de l’Office de la Chasse et de la Faune Sauvage et du  Muséum des Sciences naturelles d’Orléans.

Ces jeunes d’un an arrivent ainsi en Loire, seuls, entre mai/juin et septembre. Certes, la rencontre n’est pas assurée à 100% : c’est comme voir un dauphin ou une baleine en pleine mer mais les occasions se multiplieraient ! « Leur présence est accidentelle, sporadique mais régulière », souligne René Rosoux. Alors, ouvrez l’œil ! « Les phoques aiment les bancs de sable : ils s’y retrouvent comme sur l’estran marin et s’y reproduisent, poursuit le Vice-président du CEN également Expert faune sauvage auprès du Conseil de l’Europe. Ici en Loire, on passe de 35g/l de sel à 0 et ça ne les gène pas ! De l’estuaire, ils suivent les bancs de mulets et les chassent, ainsi que tous les poissons blancs, poissons les moins pêchés par l’homme. Ils restent quelques semaines, quelques mois… Il y a assez de nourriture, ce qui est bon signe ! Car cela montre que la Loire est riche alors que la mer s’appauvrit… ». Repéré entre 2010 et 2013 sur la Loire, des phoques veaux-marins ont été vus notamment à La Chapelle-sur-Loire et La Riche (37) et Beaugency, Saint-Jean-de-Braye, Germigny-des-Près, Gien, Saint-brisson (45) ou encore Nevers (58). 

Frimousse attendrissante, vibrisses tombantes, tenter de s’approcher au plus près de Phoca vitulina est bien tentant ! Mais même s’il est loin d’être farouche avec l’homme tant qu’il ne se sent pas menacé, l’observer à une distance raisonnable est plus prudent si vous ne voulez pas le voir plonger et s’évanouir sous les eaux du fleuve…

Estelle Boutheloup.

*Source : Des Phoques sur la Loire : Chimère ou réalité ? Par René Rosoux, Emmanuelle Sarat et Patrice Notteghem.

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