De Rio à Orléans, l’importance des mathématiques

Du 1er au 9 août à Rio de Janeiro, s’est déroulé le Congrès international des mathématiciens, grand-messe de la discipline au cours de laquelle sont, entre autres, remises les médailles de Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques. Stéphane Cordier, chercheur en mathématique à l’Université d’Orléans, était présent à l’événement. Il revient sur le congrès ainsi que sur les enjeux actuels et locaux des mathématiques.

Ils étaient plus de 3000 à avoir participé au Congrès international des mathématiciens, qui s’est tenu du 1er au 9 août dernier Rio de Janeiro. C’est au cours de cette grand-messe des mathématiques, qui a lieu tous les quatre ans, que sont remises plusieurs récompenses en mathématiques, dont les fameuses médailles de Fields, qui récompensent un mathématicien de moins de 40 ans pour une avancée majeure dans la discipline. En plus du trophée, les récipiendaires de la médaille reçoivent 15 000 dollars canadiens (10 000 euros).

Une édition 2018 importante puisque c’est la première fois qu’un pays de l’hémisphère sud, en l’occurrence le Brésil, accueille le Congrès. Soulignons également que c’est la première fois depuis 1998 qu’aucun Français ne reçoit de prix durant l’événement, alors que la France est la seconde nation la plus récompensée derrière les États-Unis. De là à conjecturer que les Français ne puissent être champions du monde de football et médaillés Fields la même année, il n’y a qu’un pas.

La France sans médaille, mais bien présente

La France n’est pas pour autant totalement absente du Congrès, puisque quatre mathématiciens français ont été choisis pour présenter les conférences plénières. « Ces conférences sont très prestigieuses. C’est un véritable honneur d’y participer » insiste Stéphane Cordier, mathématicien à l’université d’Orléans et présent au Congrès. Parmi ces conférenciers, Vincent Lafforgue, directeur de recherche à Grenoble, a travaillé à l’université d’Orléans jusqu’en 2016, où il a reçu une médaille d’argent du CNRS (en 2015).

De plus, l’Italien Alexio Figali, l’un des quatre lauréats de cette édition, a fait sa thèse à l’ENS Lyon sous la direction de Cédric Villani, lui-même médaille Fields en 2010 et député LREM de l’Essone depuis 2017. Figali a également travaillé pendant un an au CNRS. Il a été récompensé pour ses travaux sur le transport optimal, « un sujet très intéressant qui compte de nombreuses applications potentielles » explique Stéphane Cordier.

Un palmarès international (et une médaille volée)

Les autres médaillés Fields sont l’Indo-australien Akshay Venkatesh, l’Allemand Peter Scholze, ainsi que le Britannique d’origine kurde Caucher Birkar, dont la médaille a été volée quelques minutes après qu’il l’ait reçue. Ces trois mathématiciens ont été récompensés sur leurs travaux autour de la géométrie algébrique. Si Stéphane Cordier note « une sélection qui illustre la qualité des mathématiques européennes », il déplore qu’aucune femme de soit présente dans le palmarès : « c’est une mauvaise surprise, car il y avait des collègues excellentes qui le méritaient tout autant ». À ce jour, l’Iranienne Maryam Mirzakhani est la seule femme lauréate de la médaille de Fields en 2014.

Outre les médailles Fields, quatre autres prix ont été remis durant le Congrès, dont le prix Leelavati, récompensant les actions de sensibilisation aux mathématiques auprès du public. Ce prix a été décerné cette année au mathématicien turc Ali Nesin et à son village des mathématiques, construit en 2007 près d’Izmir à l’ouest de la Turquie. Un lieu où lycéens et étudiants suivent des cours intensifs de mathématiques durant l’été.

Les maths, invisibles mais essentielles

Stéphane Cordier, mathématicien et porteur du projet ICON

Ce genre de projet est important pour Stéphane Cordier, au vu de l’importance croissante que prennent les maths dans la vie de tous les jours : « La révolution numérique a commencé et a déjà et continue d’avoir des conséquences énormes sur notre économie et notre société. Et les maths sont l’oxygène du monde numérique. Elles sont partout, vitales, mais on ne les voit pas ».

D’où l’importance pour le chercheur d’initiative comme le Centre Galois d’Orléans, qui depuis 10 ans propose à des élèves de seconde de passer un stage d’une semaine sur le thème des maths. « La désaffection des élèves pour les études scientifiques est un problème notamment en France. Pourtant il y a plein de boulots pour les étudiants en sciences et en maths ».

Rassembler chercheurs et entreprises

C’est ce constat qui a poussé Stéphane Cordier à lancer l’idée du projet ICON (Institut convergence Orléans numérique). Porté par l’université d’Orléans en partenariat avec le BRGM, le CHRO, l’Inra et le CNRS, mais aussi des entreprises comme par exemple Antea group ou ATOS et de nombreuses startup du Lab’O, l’objectif d’ICON est de rassembler chercheurs et entreprises afin de monter des projets transdisciplinaires autour du numérique. Depuis son lancement en mars 2017, l’ICON a de plus lancé en début d’année sa Graduate School (GSON), afin de former des étudiants orléanais de différents cursus (mathématiques, sciences sociales, linguistiques, etc.) au data science.

Le projet, soutenu par la métropole, fonctionne puisque 150 étudiants ont suivis les premiers modules, qui ont eu lieu en janvier dernier. « C’est important de changer l’image qu’ont les gens des mathématiques. De rappeler que non seulement elles sont utiles, mais qu’en plus elles peuvent être belles ».

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NPVS

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