Corrèze : découvrez des ardoises impayables…

Au nord de Brive (19), les Pans de Travassac offrent une visite hors du temps pour découvrir le monde peu connu de la fabrication d’ardoises. Des techniques uniques et centenaires utilisées dans un décor impressionnant qui ont permis récemment la réfection des toits du Mont St-Michel.

Si l’on peut apprécier un toit en ardoise plutôt qu’en tuiles ou en matériaux plus composites, qui sait d’où elles viennent, comment elles sont fabriquées, et quelles sont leurs qualités souvent négligées. Dans le cadre de sorties dites de « tourisme industriel », en développement depuis une dizaine d’années, celle de l’ardoisière des Pans de Travassac, en Corrèze, au nord de Brive, peut-être particulièrement édifiante. Surtout quand cette découverte a lieu dans un décor impressionnant, quasi insoupçonnable.

En Corrèze, la tradition ardoisière remonte au XVI siècle, date à laquelle on commence à exploiter les gisements de Travassac et d’Allassac (1685). Au début du XXe siècle, les ardoisières sont à leur apogée et emploient plusieurs centaines d’ouvriers. Mais la guerre de 39-45 interrompra tout, provoquant le début du déclin. En 1989, Jean Bugeat exploite seul une carrière à Travassac, quand il la transmet à Jean-François Bugeat, qui décide d’ouvrir un nouveau filon. En 2002, la demande d’ardoises neuves se faisant croissante, il réouvre la carrière voisine d’Allassac, fermée depuis 1976, pour y produire des ardoises modèle « tuile d’Auvergne », plus rondes . Différentes de celles de Travassac, elles répondent à des demandes importantes venant des régions limitrophes (Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées), pour la réfection d’habitations particulières comme pour des bâtiments classés.

Des œuvres uniques, incomparables

Aujourd’hui, l’ardoisière des Pans de Travassac ne compte que 2 salariés, qui partagent leur temps entre la fabrication des ardoises, et, de mars à septembre, l’accueil de groupes pour visiter le site. En arrivant au village, on aura apprécié les toits des maisons du village, faits en ardoises du pays, mais sans se rendre compte du travail qui a permis cela. Et sans se douter que c’est aussi de là que viennent les ardoises couvrant désormais l’Abbaye du Mont St-Michel, pour Travassac, ou l’église du Sacré-Cœur de Rodez, pour celles d’Allassac. Et quand on aura visité l’ardoisière, écoutant pendant une heure et demie les explications données par Laurence et Kevin, nos guides-ouvriers, on se demandera certainement si on n’a pas un peu rêvé. Eh oui, au XXIe siècle, il existe encore des personnes qui fabriquent leurs propres outils, comme les forgerons du XVIIe siècle, pour produire des pièces d’exception.

« Chaque ardoise est unique, et ne peut être autrement, vu le matériau utilisé. Certains ont essayé d’inventer des machines qui pourraient travailler l’ardoise de façon plus uniforme, presque industrielle, mais sans obtenir un résultat correct. C’est pourquoi nous continuons à fabriquer nous-même nos marteaux, burins, etc. », explique Kevin, qui apprend le métier auprès de Laurence. Et celle-ci n’oublie pas de rappeler que chaque ardoise fournie est unique, et signée de son auteur. « Un jour, il a fallu que notre employé aille sur le chantier du Mont St Michel. Et là, le couvreur lui a montré l’ardoise qu’il s’apprêtait à poser. Elle avait sa signature ».

Un métier peu connu

En se promenant sur le site, en empruntant la passerelle qui longe un filon de 100m de haut (50m apparents et 50m sous eau), on comprend qu’il méritait d’être rendu public, ce qui est fait depuis 1997. La carrière de Travassac comporte 7 filons, aux noms évocateurs, liés à l’histoire du lieu, mais un seul est aujourd’hui exploité, celui de la Fayotte. « Vous y rencontrerez des ardoisiers qui vous feront découvrir leur métier et ses secrets dans un site naturel unique et fascinant, façonné par l’homme au cours des siècles d’exploitation », nous indique la notice. C’est ce que l’on constate à chaque pas, écoutant des professionnels passionnés qui, on le comprend vite, n’ont pas choisi cette activité pour sa facilité, mais certainement pour son caractère exceptionnel, dans un cadre de pleine nature.

Ainsi, après une visite du site faite par Laurence, c’est Kevin qui nous apprend son métier, avec modestie, expliquant tout autant les techniques d’extraction que de façonnage, en termes très précis (rebillage, clivage, taille), dans un site aux installations rustiques, tel l’appentis de façonnage, ou le petit musée qui termine le parcours, installé dans l’ancien atelier, et montrant documents et outils centenaires.

Et, s’il n’y avait qu’un seul chiffre à retenir de tout cela, sachez que « chaque ouvrier consomme une tonne de pierre par jour pour obtenir 200 kilos de pierre utilisable à la fabrication de l’ardoise de toiture ou de dallage pour le sol ».

C’est sans conteste un gage de qualité qui explique sa réputation en dehors du temps. Et qui mérite la visite, pour mieux comprendre ce qui nous entoure quand on visite la région, aux richesses certaines, par exemple.

Jean-Luc Bouland.

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