François Bonneau en croisade contre la politique d’Emmanuel Macron

Le temps passe et on approche tranquillement de la mi-mandat de l’assemblée composant le Conseil Régional du Centre-Val de Loire. Presque 3 ans que le socialiste François Bonneau en a repris la présidence. Un élu qui revendique sa frustration depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République : il se plaint de voir ses marges de manœuvre réduites et agite donc son drapeau pour prouver son volontarisme.

On a toujours trouvé à François Bonneau des petits airs de François Hollande. Ainsi quand il prend la parole, il a souvent tendance à faire de longues tirades pour y glisser tranquillement des petites phrases révélant le fond de sa pensée. Il suffit alors d’aller à la pêche… On a lancé notre filet vendredi, à l’occasion de sa conférence de presse de rentrée à Tours.

Lors de ce rendez-vous, le président de la région Centre-Val de Loire a confirmé son état d’esprit : depuis plusieurs mois, il est en croisade contre le gouvernement d’Edouard Philippe et la politique globale d’Emmanuel Macron. En fait il leur reproche à mots encore à peu près polis de lui piquer son job via « une remise en cause de la décentralisation. » « Pour la réforme de l’apprentissage, il y a un refus absolu de prendre en compte ce que les régions apportent actuellement » regrette notamment l’élu PS en dénonçant la perspective « très libérale » de l’exécutif qu’il soupçonne de vouloir « soumettre l’apprentissage à la loi du marché » au risque de déstabiliser les CFA aux effectifs limités.

Un élu qui refuse d’être infantilisé

Comme d’autres élus locaux (à la métropole de Tours, à la ville ou au Conseil Départemental), François Bonneau a bien du mal à digérer la décision de l’État de limiter la hausse des dépenses de fonctionnement des grandes collectivités à 1,2% : « nous sommes contraints de réduire notre volume d’action et notre capacité à agir » alerte-t-il tout en espérant parvenir un de ces jours à « rétablir un climat de confiance » entre Paris et les collectivités locales. Le temps est court : l’association des régions de France a rendez-vous le 26 septembre à Marseille pour son congrès, une réunion qui s’annonce tendue après les propos du 1er ministre lors du dernier rendez-vous du genre à Orléans.

« Ce pays n’avancera pas si le gouvernement considère que les collectivités territoriales produisent un travail inutile et que ce qu’elles font est un gâchis de moyens. » – François Bonneau, Tours, 31 août 2018

« Nous ne sommes pas un sous-traitant de l’Etat, nos compétences ont toute leur légitimité. S’il y a la main du préfet au-dessus de celle du président de région il y a une remise en cause de la décentralisation », s’agace encore le socialiste, qui donne l’impression de se sentir infantilisé par l’Etat, lui l’élu d’expérience un peu trop bousculé par les méthodes abruptes d’un exécutif qui ne prend de gants avec personne.

Et voilà que François Bonneau tente d’organiser sa riposte. Plus à coups de mots que d’actes pour l’instant. Le président du Centre-Val de Loire le répète plusieurs fois en 30 secondes : il veut être « offensif », mener une politique « offensive ». En croisant les doigts pour que les résultats économiques soient là et que plus haut on finisse par le regarder avec un peu plus de reconnaissance.

La nécessité d’avoir des résultats pour se faire remarquer

Pour réussir son pari, le patron de la Région a plusieurs défis à mener à bien : d’abord il veut tisser un patchwork économique régional pertinent, innovant et dynamique en s’appuyant sur des secteurs précis comme l’agroalimentaire (prié de faire dans le local et le durable avec le soutien financier de la collectivité), le numérique, la pharmacie et la cosmétique. Ensuite, il ambitionne de réussir (enfin) à créer des liens solides entre Tours et Orléans, tout en mettant dans la boucle Blois, Bourges ou Châteauroux. Pour cela, il espère notamment la création de passerelles entre les universités (pas gagné du tout).

Et pour finir, il a intérêt à ne pas se rater sur les festivités des 500 ans de la Renaissance en 2019, sachant qu’il table sur le fait que les 500 événements annoncés sur le territoire régional aideront à booster le secteur du tourisme de 15% tout en mettant un coup de projecteur médiatique sur la région (l’idée étant que l’effet soit durable, pas juste éphémère) Les prochains mois seront donc décisifs pour François Bonneau qui reste – ne l’oublions pas – à la tête d’un poids plume à l’échelle des grandes collectivités françaises, le Centre-Val de Loire étant la deuxième plus petite région du pays depuis la recomposition de la carte nationale. Dans ce contexte, il ne suffit donc pas de parler fort pour se faire entendre, il faut être capable de montrer l’exemple.

Pour cela, l’élu s’appuie sur des mesures qu’il juge emblématiques comme la mise en place de la gratuité des transports scolaires interurbains (+10% de fréquentation des cars Rémi en un an) ou celle de son plan de formation (6 000 déjà réalisées cette année). Mais les difficultés ne sont jamais loin comme le montrent les chiffres moyens du chômage et de la croissance ou, dans le secteur de la santé, son combat pour maintenir la maternité du Blanc dans l’Indre (il manifestera pour la défendre le 15 septembre prochain). Sans oublier la complexité à financer les travaux pour rénover les petites lignes ferroviaires (Tours-Loches en particulier).

Bilan : la balance globale n’est pas forcément en sa défaveur mais l’équilibre est relativement instable. Sur le long terme ce sont donc l’habileté et la faculté à s’adapter qui permettront au président de parvenir à ses fins. Jusqu’ici il a plutôt eu ces qualités au point de se faire réélire à la surprise quasi-générale en 2015. Mais dans ce domaine l’apprentissage est permanent… et les fondations fragiles, une part non négligeable de sa majorité observant plutôt d’un bon œil l’action gouvernementale.

Olivier Collet pour 37°

Commentaires

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  1. C’est évident lorsque Mr Bonneau ouvre la bouche,le premier ministre,le président de la république,tremblent! Enfin exiger que Mr BONNEAU limite à 1,2 % l’augmentation de son budget relève du bon sens;Faire mieux à budget équivalent semble hors de portée de l’ancien conseiller d’orientation scolaire!ÊtreAmis obligé de “décortiquer “la pensée profonde de Mr BONNEAU à travers de longues itérations fumeuses comme le constate le rédacteur de cet article….révélerait-il le manque d’envergure du personnage?

  2. Ne pas accepter de limiter l’augmentation du budget (comme le demande l’état) c’est endetter la collectivité et recevoir moins de budget de l’état… est-ce si méritoire ?

  3. Amis – Ne soyez pas trop critique vis-à-vis de François Bonneau, il a montré qu’il est un excellent Président de Région, sinon, pourquoi les électeurs l’auront-ils reconduit. L’envergure, est-ce crier fort, avoir de la morgue ?

  4. Comme à son habitude, ce Président de région est bien en phase avec cette dernière et l’insignifiance qui la caractérise au niveau nationale.
    Concernant un rapprochement entre Tours et Orléans, il peut toujours rêver.
    Quand il aura compris que sa capitale aux petits pieds ne fait rêver personne, peut-être qu’il commencera à voir la lumière…

  5. Au delà des postures, j’avoue partager les craintes de François Bonneau en matière de Re-centralisation rampante, ce qui, pour la Marcheuse engagée que je suis, est un contresens absolu et une erreur grave du gouvernement Ed. Philippe.
    Le développement économique, la co-gestion de l’offre d’apprentissage (qui doit rester cohérente avec les besoins locaux), les mobilités locales et intra-régionales sont au coeur de l’action de la Région et au coeur du quotidien des citoyens.
    La redéfinition de pôles d’attractivités régionaux forts autour de filières clairement identifiées et accompagnées est capitale pour notre région. Notre avenir économique repose sur une densification du réseau : entreprises, formation continue, formation initiale, recherche et innovation, et une multiplication des clusters opérationnels.
    Il convient, je le crains, dans le cadre de l’Assemblée des Régions, de contraindre l’Etat à revoir sa politique territoriale, à supprimer les services en doublons, triplons…… et à remettre les prefets (Régions et départements) à la place qu’ils n’auraient jamais du quitter : celle de conseillers au services des Elus des territoires uniquement.
    Une partie des économies budgétaires demandées aux Régions seront ilà !
    Ceci dit, c’est un projet régional qu’il convient de porter, les financements suivront, publics ou privés, avec des DSP ou des PPP…. Imaginons les ensemble !

    A la dispo de François Bonneau pour en discuter avec grand plaisir.

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