Au cœur d’un campement avec des jeunes migrants, à Saint-Pierre-des-Corps (37)

La question des mineurs non accompagnés, ces jeunes migrants arrivés en France dans l’espoir de recommencer une vie nouvelle, ne cesse d’alimenter l’actualité. En cause, un nombre toujours plus important de mineurs isolés qui arrivent en France mais aussi en Touraine, et l’incapacité des pouvoirs publics à faire face à cette question. Une situation d’urgence qui inquiète les associations qui viennent en aide à ces jeunes, à l’instar d’Utopia 56. Dernier exemple de cette crise humaine, avec l’installation au cœur de l’été d’un campement de mineurs isolés à Saint-Pierre-des-Corps. Reportage.

(c) Pascal Montagne 37°

Depuis la mi-juillet, ils sont plusieurs dizaines de jeunes hommes à s’être installés à Saint-Pierre-des-Corps, dans un campement de fortune, avec l’aide d’associations locales. Ces jeunes viennent pour la plupart d’Afrique de l’Ouest, du Mali ou encore de Guinée et sont arrivés en France par des moyens de fortune, à la recherche d’une vie meilleure. En attendant que les autorités statuent sur leur sort et la possibilité ou non de poursuivre leur vie en France, ils n’ont trouvé comme refuge que ce campement et ces tentes. De 25 jeunes au départ du campement mi-juillet, ils sont désormais 60, tandis que dans le même temps les délais d’évaluation aux services de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) sont passés de trois semaines à un mois-et-demi.

« Je remercie infiniment les bénévoles qui nous aident »

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Parmi ces jeunes, on retrouve Barry, arrivé début août ici. « Je viens de Guinée-Conakry, je suis arrivé à Tours, il y a trois semaines. Je me suis rendu à l’ASE et ils m’ont donné un rendez-vous pour le 24 septembre ». D’ici là, le Département ne faisant plus de mise à l’abri sauf pour les mineurs « les plus vulnérables », pour reprendre les propos de l’institution, Barry doit se débrouiller seul. C’est ici qu’interviennent les réseaux solidaires associatifs. Comme beaucoup de ces jeunes sans solutions dans l’attente de l’étude de leur dossier, Barry a en effet trouvé refuge à Saint-Pierre-des-Corps : « Je remercie infiniment les bénévoles qui nous aident, même si les conditions sont dures ».

Barry bénéficie d’une tente mais dort à même le sol depuis trois semaines, faute de matelas disponible. Malgré toute la bonne volonté dont font preuve les bénévoles, le matériel nécessaire au confort le plus sommaire manque parfois, si bien que régulièrement Utopia 56 lance des appels aux dons sur internet. Ce dimanche 1er septembre dans une des salles réquisitionnées, de nombreux vêtements, des dons de particuliers pour la plupart, sont ainsi étalés sur une table prêts à être distribués à ceux qui en ont besoin, tandis que des personnes extérieures continuent d’amener dans le même temps quelques affaires supplémentaires.

Le refuge chez les familles solidaires

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Pour Barry, cette vie de fortune prend un nouveau tournant ce dimanche. Ce soir il sera en effet recueilli par une famille volontaire jusqu’à son rendez-vous à l’ASE, de quoi améliorer considérablement ses conditions de vie pour quelques semaines. Parmi ces familles solidaires on retrouve Michèle et Philippe, un couple de cinquantenaires vivant avec leurs deux enfants. Ces derniers sont présents également sur le camp ce dimanche soir pour venir chercher un jeune et le ramener chez eux. « J’ai vu l’annonce d’Utopia 56 sur Internet qui faisait appel à des familles et je me suis dit qu’au lieu de râler dans mon coin, il fallait faire quelque chose. J’en ai parlé à mon mari et mes enfants et tous ont accepté qu’on accueille un jeune » explique Michèle. Grâce à eux, un mineur de plus dormira au chaud ce dimanche et les jours suivants.

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Un peu de réconfort après des mois de souffrance pour beaucoup. La quête de l’eldorado occidental vers lequel tendaient tous ces jeunes en quittant leur pays, ressemble en effet à un chemin de croix, comme en témoigne leur parcours que certains ont bien voulu nous raconter comme Naby, jeune guinéen de 15 ans. Ce dernier, orphelin nous raconte-t-il, a quitté la Guinée en mai 2017, après avoir économisé un peu d’argent via des petits boulots. Le début d’un périple qui l’a amené au Mali, en Lybie, en Algérie et au Maroc. Des pays traversés dans lesquels il est resté de 1 à 5 mois, obligé de travailler parfois pour refaire des économies et continuer son périple. « En Afrique du Nord ce fut très dur parce que les gens étaient vraiment méchants avec nous » explique-t-il avec une certaine retenue quand il évoque cette période. Naby rejoindra ensuite l’Europe via l’Espagne, après une traversée en Zodiac, pour arriver finalement en France en cette fin août, soit 15 mois après son départ de Guinée.

Malgré tout sur le camp, si la situation ne satisfait personne, la vie continue dans un calme apparent et une tranquillité surprenante. Il est 18h30 ce dimanche et certains s’affairent à dresser la grande table commune où tous prendront le repas, tandis que d’autres s’occupent avec des jeux ou en profitent pour se faire couper les cheveux. « Ici on est tous frères, nous sommes une famille et on s’aide tous, ces moments je ne pourrai jamais les oublier », raconte ainsi Naby qui pense déjà à l’après et à son rêve français : « Je veux rester en France et faire une formation de mécanicien pour pouvoir travailler ensuite et un jour fonder une famille ici ». Avant cela, il faudra d’abord passer par l’évaluation de sa minorité par les services du département. Pour lui le rendez-vous est fixé au 08 octobre.

Des pouvoirs publics dépassés

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Depuis l’an dernier, le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire peine ainsi à assumer sa mission d’accueil pour ces jeunes. Par la voix de son président Jean-Gérard Paumier, le Département tire régulièrement la sonnette d’alarme.

Et le président du Département de prendre des mesures fortes pour prouver ses dires, quitte à se mettre hors-la-loi. Fin avril il avait ainsi décidé que le service d’accueil des Mineurs Non Accompagnés serait désormais fermé dès lors que les demandes excèderont les capacités de réponses des services. Depuis, le délai légal de 5 jours de prise de rendez-vous pour les jeunes qui se présentent n’est plus tenu. De plus, ces derniers ne bénéficient plus de mise à l’abri pourtant obligatoire et se retrouvent donc à la rue en attendant leur évaluation.

Une situation que le président du Département assume et justifie par un manque de moyens et pour laquelle il réclame plus d’aides de l’État. Jean-Gérard Paumier, n’est pas le seul élu local à s’alarmer. En Gironde, en Isère, même problème et la gronde monte chez les élus départementaux, certains évoquant « un transfert de compétences déguisé ». Une gronde à laquelle le Premier Ministre Édouard Philippe a répondu en octroyant une prise en charge partielle du surplus financier lié aux mineurs non accompagnés sur l’année 2017. Pour l’Indre-et-Loire cela représente une enveloppe de 1,248 million d’euros sur un budget de 11 millions. En Indre-et-Loire, quelques mesures ont également été annoncées la semaine dernière par la préfecture et le Département comme l’ouverture de 25 places d’hébergement supplémentaires pour les mineurs isolés. Des places qui viennent compléter le dispositif de 250 places dont dispose déjà le département. Insuffisant en comparaison avec les 865 mineurs non accompagnés qui ont été recensés par le Département depuis le début de l’année.

De plus en plus de refus

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Sur les 865 mineurs recensés en 2018, 733 ont déjà été évalués à ce jour et seuls 307 ont été reconnus mineurs et ont donc pu bénéficier du dispositif d’accompagnement auquel ils ont le droit jusqu’à leur majorité. Un nombre élevé de refus qui interroge les militants associatifs. Pour Marine et Angelo d’Utopia 56 : « Il n’y a aucune bienveillance dans l’accueil des mineurs et le doute ne leur bénéficie jamais » affirmaient-ils il y a quelques semaines en nous montrant des résultats d’évaluation de minorité. Dans ces documents, il y était noté en effet que le doute persistant sur les personnes évaluées conduisait à un refus de reconnaissance de minorité et donc une absence de prise en charge.

Régulièrement, pour dénoncer ces refus, Utopia, avec son avocat, entame des recours juridiques. « Sur 18 recours l’an passé, 12 mineurs qui n’avaient pas été reconnus dans un premier temps par l’ASE l’ont été finalement par la suite » expliquaient alors nos interlocuteurs.

Mathieu Giua

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