Premières vendanges à Chambord depuis 200 ans

Les premiers coups de sécateurs ont donné le coup d’envoi des premières vendanges des vignes de Chambord lundi 10 septembre au matin. Les dernières remontaient à plus de 200 ans. Une future cuvée 2019 très attendue pour ces vignes plantées en juin 2015, et qui ont beaucoup souffert…


Certains s’en souviennent : en juin 2015, lors de la plantation des vignes de Chambord, sur une parcelle jouxtant le mur d’enceinte et la ferme de l’Ormetrou, il était tombé une petite nuée orageuse, semant la panique dans le protocole où élus et happy few, venus en nombre, avaient sali leurs mocassins… Trois ans et 3 mois plus tard, après pas mal d’aléas climatiques, les premières vendanges des vignes de Chambord se déroulent, pour l’instant, sous un soleil de plomb.

“Il fait ses 12,5°”

Une douzaine de vendangeurs – certains bénévoles, d’autres salariés bulgares appelés à la rescousse pour l’occasion – s’activent du sécateur afin de sélectionner les meilleurs grappes de pinot noir, l’un des deux cépages rouges replanté à Chambord (avec le gamay), en attendant le cépage romorantin (blanc), la semaine prochaine probablement. 6 hectares seront ainsi au total vendangés – soit la surface replantée en 2015 – dont 4 ha de pinot noir mais la rareté des grappes et les petits grains font que ce ne sont « que » 2,5 hectares vendangés réellement. Autant dire que si la qualité sera peut-être au rendez-vous, pour la quantité il faudra sûrement ne pas être trop assoiffé. « Il fait ses 12,5° », certifie Pascal Thévard, responsable de l’exploitation viticole de Chambord, en plein cagnard ce lundi après-midi 10 septembre.

De nombreux aléas climatiques se sont abattus sur ces jeunes vignes

 

Ces vignes n’auront d’ailleurs pas été épargnées par le climat, d’emblée rude pour les jeunes vignes à peine plantées en juin 2015 : les 15 premiers jours de juillet furent caniculaires (40° à l’ombre), et août guère moins chaud. « On avait arrosé tout ce qu’on a pu, mais… » se lamente Pascal Thévard, qui déroule les années qui ont suivi et dont personne n’a oublié les calamités qui les ont frappées. 2016 avec le gel fin avril, les inondations en juin et un été très chaud et très sec. 2017 avec encore du gel puis des périodes caniculaires dès la fin du mois de mai. Et voilà pour clore le tout 2018 et la sécheresse… Mais qu’on se le dise : tout est fait pour transformer ce jus en nectar le plus chic possible, et Chambord n’a pas lésiné sur les moyens ! Tours anti-gel installées dès 2016, vinification sur place, 100 % bio, cépages pinot noir venu de la pépinière Guillaume en Bourgogne, conseils œnologiques de la maison Marionnet (Soing-en-Sologne), les derniers pressoirs disponibles sur le marché… « Nous visons la qualité », ajoute encore Pascal Thévard, « on a surpris tout le monde il y a trois ans quand on a dit qu’on allait replanter de la vigne… ».

Quel nom pour ce vin ?

Très attendue, cette cuvée 2019 doit servir de fer de lance du 500e anniversaire de la pose de la première pierre du château, et des festivités qui s’en suivront. Même si personne ne peut dire encore aujourd’hui si la cuvée s’appellera bien « Chambord », le fabricant de spiritueux Brown-Forman ayant racheté en 2006 les Liqueurs de Chambord (fabriquées à Cour-Cheverny) pour la « modique » somme de… 255 millions de dollars. Et entretiennent depuis une confusion sur le nom et la marque. Or Jean d’Haussonville, directeur du Domaine national, et son équipe ont déposé la marque à l’INPI dans la classe 33 (boissons alcoolisées), ce qu’a contesté Brown-Forman devant le TGI de Paris au printemps dernier. « Pour l’instant, il y a une pause dans la procédure, car on attend le classement en AOP Cheverny (Appellation d’origine protégée), ce qui permettrait d’appeler le vin ‘Chambord’ puisqu’il est produit ici » explique Cécilie de Saint Venant, directrice de la communication du Domaine. P. Thévard se veut rassurant : « J’ai confiance en la législation française. C’est un vin qui sera produit à Chambord, il n’y a aucune raison que Brown-Forman fasse jurisprudence » insiste-t-il. Précisant que cette fameuse AOP Cheverny, attribuée par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité), devrait tomber « dans quelques semaines. Une commission nationale est venue inspecter les vignes, ils ont dit que la terre était bonne » (sic). 

Entre 50.000 et 60.000 bouteilles, vraiment ?

Pascal Thévard

Qui boira ce vin de Chambord première cuvée 2019 ? Là encore, bien malin qui pourra le dire. Entre la rareté de la production, le prestige de cette première cuvée, le futur sommet officiel franco-italien qui devrait se dérouler à Chambord l’année prochaine (si Macron et Salvini ne se crêpent pas trop le chignon d’ici là…), et la possible spéculation sur les premières étiquettes, il faudra peut-être attendre la vendange 2019 ou 2020 pour le consommateur lambda. Mais c’est promis : « Nous privilégierons le circuit court », insiste Pascal Thévard, « ah bien sûr ça ne sera peut-être pas à 7 € la bouteille, mais ça sera raisonnable ». Au moment du plantage de ces vignes il y a 3 ans, Jean d’Haussonville (directeur du Domaine national) et Guillaume Garot (président du conseil d’administration de l’époque) évoquaient « entre 50.000 et 60.000 bouteilles » qui devraient sortir des chais. Trois ans et pas mal d’aléas climatiques plus tard, on ne sait pas si ce sont ces chiffres qui feront tourner la tête, ou le vin lui-même. On a hâte cependant de gouter le résultat…

F.Sabourin

Les vignes à Chambord : toute une histoire !

Paraît-il que François Ier aimait beaucoup le cépage romorantin. Il n’a cependant pas dû en boire beaucoup à Chambord, n’ayant passé qu’une soixantaine de jours – et autant de nuits – sur place, et encore… Cependant, une ordonnance royale de 1519 demandait à ce que soient plantées des vignes à Chambord, avec des cépages bourguignons. Il en fut donc ainsi, puisque le roi le voulait. Une partie de la vigne provient de plants pré-phylloxériques, datant d’au moins 1840, appartenant à la famille Marionnet. D’autres furent plantées au XVIIIe siècle (en 1787) 6 hectares de pinot noir provenant de l’auvernat (cultivé à Chambord à l’époque) au lieu des 30 prévues au départ pour ce clos Chambord. La Révolution française vint stopper l’opération. C’est un viticulteur de Muides qui en avait la charge – Sylvain et Jacques Briou père et fils – et elles étaient plantées à quelques mètres de l’actuelle parcelle, issue de terres appartenant à la famille Fortin de la ferme de l’Ormetrou. C’est la redécouverte de l’acte notarié d’époque qui l’atteste. Les vignes apparaissent sur le cadastre napoléonien, et les dernières vendanges remonteraient donc au début XIXe siècle.

 

Commentaires

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  1. Même si le pinot noir bourguignon a ma préférence, je regrette que l’on ne cultive pas en ce lieu des cépages Altesse ou Régent ou encore, en l’honneur de Monseigneur Verrier récemment promu dans l’ordre de la légion d’honneur, Ermitage ou …Cardinal.
    Quant au nom de Chambord, comment l’INPI (ou tout autre institut de dépôt de marque) a-t-elle pu accepter une quelconque exclusivité du nom de Chambord, un nom du “domaine public” que nul ne peut revendiquer en exclusivité.
    Espérons que la justice donnera gain de cause au domaine et n’arbitrera pas …en vain.

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