Séverine Chavrier (CDNO): retour sur une saison à venir

Séverine Chavrier

Avant l’ouverture de la saison, Séverine Chavrier, directrice du CDN d’Orléans souhaitait revenir, en invitant la presse ce mardi, sur les temps forts de cette nouvelle saison qui s’annonce riche de propositions tant en matière de programmation* qu’en actions vers les publics. Occasion pour elle de réaffirmer ce qui motive son action théâtrale et culturelle. Ainsi défend-elle une conception du plateau où “tout fait théatre” (Antoine Vitez), spectacle poétique autant que politique aux antipodes du divertissement “pascalien” et Séverine Chavrier explique ses choix d’une programmation ouverte sur le monde contemporain avec beaucoup d’invités étrangers mais aussi sa volonté de programmer une large majorité de femmes car le rôle d’un CDN, le rappelle-t-elle, est aussi de soutenir une création théâtrale où les auteures commencent seulement à trouver leur place.

Dès la semaine prochaine, à l’occasion du Parlement des Ecrivaines francophones organisé par la ville d’Orléans, Séverine Chavrier livrera sa première mise en scène ou plutôt la reprise en forme d’un assemblage de deux spectacles “Après-coups” et “Projet Un-Femme n°1” déjà donnés au Théâtre de la Bastille, réunissant cinq interprètes, cinq “princesses éclopées”, cinq femmes venues de cinq pays et d’univers artistiques très différents pour “tracer une carte du violent” comme les cartes du tendre d’une autre époque…

Après-coups  cl Patrick Berger

Cette création sera reprise au théâtre d’Orléans début octobre et sera suivie du spectacle “Imitation of life” du cinéaste et metteur en scène hongrois Kornel Mundruczo dont on pourra également voir aux Carmes le film “White God” présenté à Cannes en 2014. Dans une pièce très sombre, Kornel Mundruczo revient sur un fait divers qui s’est déroulé en 2005 à Budapest avec l’agression dans un bus d’un jeune rom par un garçon du même age membre d’un mouvement d’extrême droite, voyage dans “un pays à la croisée des ethnies habité par un profond malaise politique” par un auteur qui affirme “une provocation n’est pas forcément brutale […], elle s’adresse aussi à la pensée et à la beauté”.

Novembre verra une nouvelle création au CDN avec “My revolution is better than yours”, réflexion autour de mai 68 du metteur en scène serbe Sanja Mitovic qui parasite la trame narrative du film “Viva Maria” de Louis Malle (1964, qui sera également projeté aux Carmes) pour s’interroger sur la distance entre l’ampleur de l’expérience vécue et l’amnésie historique qui couvre les évènements contestataires, conviant au passage Deleuze et Guattari mais aussi Lacan pour éclairer son propos. “My revolution is better…” ou la révolution fantasmée.

Changement de décor pour “Génération Z”, terme générique pour trois spectacles (le quatrième aura lieu en février) qui invitent à découvrir autrement la pratique théâtrale. En entre libre, ces propositions se dérouleront à la médiathèque d’Orléans et en tournée régionale pour la première intitulé “Capuche” qui explore dans un solo de cirque de danse et de marionnette, cet accessoire qui dévoile le besoin de se cacher touchant les adolescents dans leur image sociale. La deuxième proposition, à l’atelier du CDN, sera la restitution d’un travail effectué par les élèves du cycle professionnel du Conservatoire d’Orléans sous la direction de Marijke Pinoy, actrice flamande du Conservatoire Royal de Gand, en collaboration avec Fabrice Pruvost, enseignant, travail qui posera l’envie de jouer du comédien face à la célébrissime pièce de Tchékhov, la Mouette. La troisième proposition “La gachette du bonheur” porte la question du comment être heureux auprès d’un groupe de jeunes (12 participants) que Ana Borralo et Joao Galante, venus du Portugal, souhaitent recruter parmi des non professionnels entre 18 et 23 ans (recrutement au CDN) pour créer une performance participative qui questionne l’intimité de la jeunesse.

Et pour finir un trimestre où les lignes du “théâtralement correct” auront déjà pas mal bougées, le CDN programme une première mondiale avec  “The Scarlet Letter” de l’espagnole Angelica Lidell, auteure, metteuse en scène, scénographe, comédienne pour un spectacle baroque où la “torera de la performance” “déplace la sauvagerie de certains dysfonctionnements collectifs sur l’intime de son propre corps” Une “expiation par le geste artistique” autour du roman américain du XIXe siècle dénonçant le puritanisme dans sa chasse aux sorcières de l’Adultère.

A suivre pour 2019…

GP

Tout le programme du CDN d’Orléans

* Sous la forme d’un programme papier pléthorique de 98 pages dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il devrait peser lourd dans le bilan carbone du CDNO…

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