Indre : tout un territoire pour une maternité

Déjà plusieurs fois menacée de fermeture, la maternité du Blanc (sud de l’Indre) ne pratique plus d’accouchements depuis la fin du mois de juin. La population s’est mobilisée tout l’été, jusqu’au week-end dernier où plusieurs milliers de personnes se sont réunis pour manifester, pour réclamer une réouverture.

Samedi, lors de la grande manifestation qui a réunit des milliers de personnes souhaitant la réouverture de la maternité.

Les Blancois voit rouge et leur colère est noire. Depuis le début de l’été, la gronde ne diminue pas dans ce secteur du sud de l’Indre. Et pour cause, le 5 juin, l’ARS (Agence régionale de santé) Centre-Val de Loire annonçait la décision prise par la directrice du centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc (qui réunit ces deux sites) Evelyne Poupet, de fermer « provisoirement » la maternité du Blanc, pour l’été, faute de personnels suffisants. « Ces plannings incomplets concernent à la fois les sages-femmes, les infirmiers-anesthésistes, les médecins gynéco-obstétriciens, les pédiatres et les anesthésistes. Cette situation va conduire l’établissement à n’avoir, certains jours ou nuits de garde, que des équipes incomplètes, parfois constituées seulement d’intérimaires, ce qui pose de véritables problèmes en termes de sécurité et de continuité des soins. » Pour le maintien de l’activité en toute sécurité, huit professionnels de santé manqueraient : trois sages-femmes, un gynécologue obstétricien au moins à 80 %, deux infirmiers anesthésistes, un médecin anesthésiste et un pédiatre. Une vingtaine de jours plus tard, l’annonce était effective, et une cinquantaine de futurs mamans, sensées accoucher en juillet et août, invitées à se rapprocher du service de Châteauroux ou de la maternité de Poitiers.

Un été de mobilisations

Dès lors, les initiatives et activités se sont multipliées sur le territoire pour s’opposer à cette décision et surtout, garantir la réouverture de l’établissement à l’automne. Car si la première annonce évoquait juste les deux mois d’été, la fermeture se prolonge désormais sur septembre, octobre et aucune annonce n’est pour le moment faite pour novembre.

Côté élus, les plus impliqués ont passé l’été à chercher des candidats aux postes vacants. Côté habitants et futures mamans, les militants, notamment ceux du collectif « C pas demain la veille », ont imaginé de quoi attirer l’attention du public et des médias – faux accouchement sur la voie public, préparation à l’accouchement en voiture, etc. Point d’orgue de ces mobilisations : la grande manifestation qui a rassemblé entre 3000 personnes (selon la police) et 6000 (selon les organisateurs) dans les rues du Blanc, samedi dernier, à l’appel de la municipalité, du comité de défense de la maternité du Blanc et le collectif « C pas demain la veille ». Élus, toute tendance politique confondue, organisations syndicales et professionnelles (dont des membres du personnels de l’hôpital de Vierzon), enfants, adultes et bébés avaient répondu à l’appel. Serge Descout, président du Conseil départemental de l’Indre, a rappelé une histoire similaire : « j’ai vécu la fermeture de la maternité de La Châtre [sud de l’Indre]. Cela se passe en trois actes : 1er acte, on surprend et on suspend, 2ème acte, on souffle le chaud et le froid, 3ème acte, et je le redoute, on nomme un « Monsieur Mission » et après c’est la technique de la patate chaude. Je n’accepte plus que des milliers d’Indriens n’aient plus de médecins référents et je dénonce l’insincérité des annonces faites. » François Bonneau, président du Conseil régional, avait fait le déplacement d’Orléans. « Le Blanc, c’est aussi la région et là où le territoire est en danger, c’est mon rôle d’être aux côtés de la population. Pour la sécurité des futures mamans, il faut maintenir ce service. »

Sécurité, argument pour tous

La sécurité, c’est bien cet élément qui est au cœur de toutes les revendications. Pour les Blancois et les habitants des environs, faire parcourir aux femmes parturientes entre 40 et 60 kilomètres, soit environ une heure de route, sur des petites départementales isolées, parfois hors réseau téléphonique, les met en danger, tout comme leur bébé. Pour les élus locaux, la raison d’une fermeture est ailleurs. « C’est un motif financier et non sécuritaire, accusait Annick Gombert, maire du Blanc, lors de la manifestation. Tout a été fait pour décourager les gens et créer de l’instabilité et du mal-être. Le remplacement de deux sages-femmes, dont le départ à la retraite est annoncé depuis plus de six mois, n’a pas été anticipé. Les offres d’emploi ont été publiées très tardivement… » A cette occasion, elle évoquait également des conditions financières réservées aux praticiens, loin d’être incitatives. Une crainte d’autant plus marquée que cette question financière avait déjà failli provoquer la fermeture de l’établissement en 2012, finalement « sauvé » grâce à une mutualisation des services castelroussins – aujourd’hui en charge des recrutements – et blancois.

« La direction et les équipes du CH se sont prioritairement attachées à ce que les femmes dont le terme de grossesse était cet été puissent accoucher dans des bonnes conditions de sécurité et d’accompagnement. Elle travaille en parallèle à examiner les conditions d’une reprise des accouchements, qui suppose d’avoir une équipe médicale et soignante complète qui exerce dans des conditions normales en terme de sécurité, 24h/24, 7j/7. A ce jour, ces conditions ne sont pas remplies », anticipait quelques semaines plus tôt un communiqué de l’ARS.

Candidats pour venir au Blanc ?

« Nous nous sommes tous mobilisés, médecins et personnels, élus, citoyens pour obtenir des candidatures solides de personnes compétentes. Elles ont été envoyés à la direction de Châteauroux » affirmait Annick Gombert ce samedi. Selon elle, quatre gynécologues-obstétriciens, deux pédiatres et quatre sages-femmes auraient fait part de leur volonté de collaborer avec l’établissement. Pour le moment, aucune annonce ne laisse penser que ces premières candidatures ont été prises en compte par Châteauroux et pourrait faire évoluer les positions de la direction et de l’ARS. En revanche, cette dernière a nommé une mission d’expertise externe, pluri-professionnelle « afin de disposer d’un avis objectif sur les conditions à réunir pour une reprise des accouchements dans un cadre de confiance pour les femmes concernées et des conditions de mesures spécifiques qui seraient à organiser du fait de l’éloignement géographique. » Leur arrivée était prévue ce jeudi matin. Une centaine de personnes, dont de nombreux élus, les attendait pour une fois de plus réclamer la réouverture. Ce comité d’accueil a investi les locaux, provoquant de vifs débats avec Evelyne Poupet, présente en tant que présidente de cette commission d’expertise. Les gendarmes ont du intervenir.

Alors, aujourd’hui, la maternité peut-elle rouvrir ? Les Blancois ne veulent pas se laisser aller à trop d’espoir. « On n’y croit plus, répondent d’une même voix Sophie, dont l’accouchement est prévu en novembre, et son mari. J’ai pu faire la préparation au Blanc, mais ça ne sert à rien de continuer. Pourtant, cette maternité était juste géniale, ma fille ainée y est née. La prise en charge, la proximité… si on avait n’importe quelle question, ici les gens prenaient le temps. Moi, j’irai accoucher à Châtellerault, à 45 km de chez moi, environ une heure, il est hors de question d’aller à Châteauroux. On ne comprend vraiment pas comment ils ont pu faire ça. » Malgré les doutes, tous sont déterminés, hors de question de relâcher la pression. La mobilisation risque d’encore occuper de longues semaines les habitants du sud de l’Indre.

Morgane Thimel.

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