La Fête de la Violette des Républicains en Sologne vire au temps des colchiques…

La 5e Fête de la Violette s’est déroulée samedi 22 septembre pour la deuxième fois à Souvigny-en-Sologne, dans une ferme équestre. Avec Jean Léonetti et Damien Abad en guest star, et Guillaume Peltier en chauffeur de salle, face à un parterre très majoritairement composé de retraités, survalorisant la valeur travail et les travailleurs. La violette se fanerait-elle un peu ?

Il est des signes des temps qui ne trompent personne en Sologne : sur le bas côté des routes à 80 km/h, les fougères ont pris leur teinte marron automnal, les châtaigniers se couvrent de feuilles d’or, on aperçoit au loin dans les allées des cervidés en rut aux aguets cherchant la femelle, et il faisait gris, un brin frisquet, samedi 22 septembre au matin. Il fallu se résoudre à mettre une petite laine pour rejoindre la ferme de la Maisonnette, à Souvigny-en-Sologne. L’automne est là donc, irrémédiablement. La saison des colchiques et des champignons, des sous bois humides et de la chasse, un peu moins des printanières violettes.

Est-ce aussi la saison pour la Fête de la Violette, ce « rassemblement de la droite » voulu et porté à bout de bras par le très Solognot Guillaume Peltier, depuis 2013 ? Peut-être, si on en juge par le nombre de participants à peine passable – 640 entrées prépayées, environ 700 personnes au total sur site samedi – majoritairement des têtes blanches et une cinquantaine de jeunes Républicains. Qu’il semble loin le temps de la même fête à La Ferté-Imbault, début juillet 2015 caniculaire, la chemise collant à la peau de sueur puis de pluie d’un orage tonitruant saluant l’arrivée du messie, Nicolas Sarkozy, au cœur d’une foule aussi électrique que les éclairs foudroyants les grands arbres solognots ! 2.500 personnes – au moins – en hystérie collective lors d’un point d’orgue qu’on n’a jamais revu depuis. Tout juste un peu l’année dernière avec le futur président de L.R Laurent Wauquiez, et encore…

Le malade n’est pas imaginaire

« On n’est pas guéri, mais on n’est pas mort » tente de rassurer l’ancien ministre et maire d’Antibes Jean Léonetti, invité cette année avec Damien Abad (député de l’Ain), à une fête de la Violette qui nous avait habitués, avouons-le, à plus fort question casting. « Une droite certes convalescente, mais debout ! » s’enthousiasmera pourtant le député de Loir-et-Cher et conseiller régional L.R Guillaume Peltier. Le vocabulaire est médical, quasiment celui des soins palliatifs, est-ce à cause de la présentation du plan santé mardi dernier par le Gouvernement d’Emmanuel Macron ? Les Républicains, crédités de 14 % pour l’instant aux prochaines élections européennes de mai 2019 (loin derrière les marcheurs et le Rassemblement national), ont bien du mal à se rassembler autour d’un projet, et davantage encore autour de la clivante figure de leur chef Laurent Wauquiez. « Ce rassemblement doit se faire sur un projet » insiste Jean Léonetti. « Nous devons être humbles, il est de bon ton de critiquer Laurent Wauquiez. Nous devons mener la bataille des idées pour redevenir crédibles ». On sait qu’en football une remontada même la plus improbable est toujours possible, mais en politique ?

Au premier rang, assis sur la paille, les élus locaux, dont une quarantaine de maires. Des conseillers départementaux : Nicolas Perruchot président de Loir-et-Cher, Christina Brown et Jacques Marié, Isabelle Gasselin venus en voisins ; des députés : Claude de Ganay, Marianne Dubois, Jean-Pierre Door. Quelques figures orléanaises : Serge Grouard, Olivier Geffroy. Derrière eux, un public à qui on ne fera pas injure de dire qu’il était essentiellement composé de séniors venus écouter la bonne parole du maître des lieux Guillaume Peltier. La voix un peu cassée – les petits matins frais de Sologne, ou les courants d’air des avenues de Paris-rive gauche ? – ce dernier a déroulé le thème du jour : le travail. « Le travail et sa récompense sont devenus le marqueur de la France. Je ne suis ni libéral, ni social libéral, je suis même travailliste. Avec une idée simple : défendre la France du travail et remettre la France au travail ! » lance-t-il devant un public qui, si pour la plupart ne travaille plus, subit pour certains la hausse macronienne de la CSG et autres taxes… « Je ne crois pas au socialisme. Le capital, d’accord, mais le travail d’abord ! ». La future politique économique, sociale, éducative, commerciale, budgétaire de la droite ? « Le travail » insiste Guillaume Peltier, avant de dérouler par cœur la fable de Jean de La Fontaine Le Laboureur et ses enfants.

“5 ans de Hollande,   5 ans de Macron : on a envie d’autre chose !”

Dans la ligne de mire, à demi-mots, les futures élections européennes : seul Jean Léonetti s’y attardera un peu, jurant que « pour une fois ça ne sera pas un pour ou contre le Président de la République ». Ambitieux. « Nous aimons l’Europe, et elle a des frontières. Une frontière, ça n’est pas un mur. C’est de dire à l’autre, j’ai mon identité, et j’en suis fière. La fierté d’être Français, ça n’est pas un obstacle à la construction européenne ». Le 3e vice-président de L.R Damien Abad, député de l’Ain dont la mère est née à quelques kilomètres du hangar à foin d’où il parle (à Salbris) a, dans un discours « estrosiste » de 45 mn, déroulé quelques éléments généraux sur l’actuelle politique d’Emmanuel Macron et Édouard Philippe. « La droite doit être le parti des milieux de cordée et des classes moyennes ». Mais sans en dire précisément plus sur le terrain des idées.

Une fois la Marseillaise envoyée, c’est à un « apéro solognot » que ce sont retrouvés les 700 Républicains dont certains venus d’Ile-de-France, comme Philippe et Viviane, qui n’ont pas manqué une seule Fête de la Violette depuis le début. « C’est vrai qu’on est un peu au creux de la vague, mais franchement, quand on sort de 5 ans d’Hollande et qu’on se coltine 5 ans de Macron, il y a de quoi avoir envie d’autre chose, vous ne croyez pas ? ». Comme quoi par exemple ? « Du boulot ! De l’ordre ! De l’éducation pour les jeunes ! Et mettre les assistés au travail ! » disent-ils entre deux bouchées de quiche froide. À la fin de son discours allégorique, Guillaume Peltier se prenant pour Jean de La Fontaine a clos par : « le travail est un trésor ; le trésor, c’est le travail » paraphrasant la fable du Laboureur. On commence par chercher lequel, alors ?

F.Sabourin

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