Le Parlement des Écrivaines Francophones: ouverture de la première session à Orléans

Elles sont venues du monde entier, de 27 pays exactement, elles sont soixante dix femmes écrivaines (et ce mot est déjà une victoire dans la reconnaissance de la place des femmes dans la littérature si longtemps niée) francophones, pour ouvrir, ce mercredi dans l’hémicycle de la mairie d’Orléans, la première session d’un parlement qui donne la parole aux femmes pour débattre librement de leur écriture, de leur rapport à la francophonie mais aussi des grandes questions qui agitent le monde. Proposée en 2016 par Fawzia Zouari, écrivaine tunisienne, à l’issue des Voix d’Orléans, l’idée de ce parlement des écrivaines francophones à Orléans a aussitôt été validée par Olivier Carré, le maire d’Orléans, qui apporté le soutien total de la ville pour que ce parlement puisse se tenir dans la cité johannique cette année.

Le Parlement des Ecrivaines Francophones

Jeanne révisitée

Bien sûr, il a fallu un peu retailler l’image de Jeanne pour en faire une féministe pacifiste qui corresponde à la phrase de Sophocle: “Si les femmes faisaient la guerre, ce serait la paix”, mais peu importe la plasticité de notre héroïne en ce jour que l’on peut qualifier d’historique dans l’avancée des femmes dans leur combat égalitaire.
Que de chemin parcouru depuis les années 70 où quelques femmes militantes féministes fondaient à Paris les Editions des Femmes, pour donner un espace visible, dans une société alors totalement patriarcale, aux femmes qui écrivaient. Cinquante ans plus tard, on peut prendre conscience de l’enjeu de l’événement orléanais à la mesure de la transformation de nos sociétés par le combat des femmes, écrivaines ou simples lectrices d’une nouvelle écriture féminine jusque là marginalisée.

Leila Slimani et Fawzia Zouari lors de l’ouverture à écouter ci dessous

La voix des écrivaines

Ce premier après midi de débat public a immédiatement montré la richesse de la discussion de ces femmes qui nous firent parcourir un tour du monde de tous les combats à mener: contre la peur des femmes à écrire, contre l’analphabétisme et la difficulté de trouver des livres dans beaucoup de pays pauvres, mais aussi interrogeant la francophonie revendiquée et assumée dans l’exil parfois ou dans ces pays où la colonisation par la France n’est pas perçue comme un “bienfait”.
La langue française, enrichie de tous les apports du multilinguisme, offre aux écrivaines du monde francophone un espace d’échange irremplaçable pour avancer dans ce combat pour la reconnaissance de l’écriture des femmes, à la condition de ne pas faire de Paris le centre de ce monde éclaté.

Et puis, y-a-t-il une écriture féminine ? Bien sûr les femmes et les écrivaines en particulier revendiquent une regard différent de celui des hommes sur le monde, mais faut-il pour autant ressortir les vieilles lunes du sentimentalisme plus ou moins romantique féminin ? Il est sans doute temps d’affirmer comme plusieurs intervenantes le firent, qu’écrire est d’abord un acte de création, une passion qui transcende les genres, “un dédoublement de soi qui n’est ni homme ni femme”.

Un manifeste des Ecrivaines Francophones

Dès demain jeudi, le parlement des écrivaines se réunira à huis clos, en commissions, pour débattre de cinq thématiques:
-Quand la guerre sera faite par les femmes
-Le corps des femmes, théâtre de conflit
-Les femmes, un salut pour la Terre
-Pour qu’aucun enfant ne soit privé d’école
-La question migratoire nous intéresse aussi

Et le Parlement des Écrivaines présentera les conclusions de sa première session dans un manifeste qui sera rendu public ce vendredi matin à partir de 10 h dans l’hémicycle de la mairie d’Orléans.

Gérard Poitou

A écouter:

L’introduction d’Olivier Carré
“Qu’est-ce qui nous réunit” par Faouzia Zouari

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